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 De cendres et de neige [PV Elisha]

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Kim
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MessageSujet: De cendres et de neige [PV Elisha]   Dim 21 Juil - 2:01

« Comment va-t-elle ? »

La jeune femme rousse aux cheveux tressés étouffa un bâillement avant de poser son regard céruléen sur la joaillière, 'chef' de la petite famille Eren qui logeait dans cette petite maison montagnarde perdue entre deux mélèzes et trois rochers granitiques. La dame aux longs cheveux soyeux noirs, et aux traits légèrement bridés, semblait avoir passé de longues heures debout devant l'escalier menant au premier étage, tournant en rond entre le couloir, la porte d'entrée et le pied dudit escalier, ne trouvant pas d'autres moyens de calmer son hyperactivité. Au milieu de tout ça, elle était quand même parvenue à examiner les cristaux que son 'fils' et son amie avaient ramenés de son expédition, mais elle n'avait pu faire davantage, soit travailler sur les créations qu'elle devait à ses clients. Pour une fois, son esprit était trop encombré d'autres problèmes pour qu'elle puisse se concentrer uniquement sur son travail et laisser sa créativité prendre le relais, dans un état de plénitude qu'elle était plus qu'incapable d'atteindre ce soir-là. Il était bien rare qu'elle se ronge les ongles pour qui ou quoi que ce soit, mais peut-être que le caractère exceptionnel de la situation était passé outre les habitudes. Après tout, c'était bien la première fois depuis Eyaël que son 'fils' se montrait un tantinet social, et s'inquiétait pour une autre pomme que la sienne. Sinon, il ne serait pas parti en quatrième vitesse chercher le Magicien responsable de sa transformation en Elémental.

« Vous n'avez pas à vous en faire, répondit la guérisseuse avec lassitude. »

'Trop tard', voulut répliquer Yuan Eren, qui aurait parié quelques unes de ses créations que cette soirée lui avait fait gagner quelques cheveux blancs. Mais elle contint sa pique, lisant dans les yeux azur de la guérisseuse qu'elle n'en avait pas fini avec son rapport.

« Heureusement que vous courez vite, néanmoins. Et que vous vous y connaissez un minimum en premiers soins. »

Yuan se retint une nouvelle fois répliquer que ses premiers soins n'étaient pas que des soins premiers, qu'ils suffisaient généralement à régler le problème de ce genre de morsure. Seulement, l'amie de son 'fils' devait avoir un karma particulièrement mauvais pour que le serpent qu'elle avait dérangé ait vidé l'intégralité de ses glandes sécrétrices lors de la morsure. Sale bête. Et stupide, qui plus est. Quoique le venin qu'elle aurait pu économiser ne lui aurait de toute façon pas été utile ultérieurement sachant qu'elle avait rendu l'âme immédiatement après la morsure. Et elle se retint également de répliquer que si son idiot de fils avait eu un peu plus de neurones à disposition, il ne se serait pas écoulé autant de temps avant qu'une guérisseuse soit au chevet d'Elisha. Quand elle y repensait, elle avait dû passer la moitié de sa soirée à s'inquiéter, et l'autre à traiter mentalement de tous les noms son 'fils' qui n'avait pas repointé le bout de son nez depuis qu'il était parti pour Eärudien.

Non, en vérité, elle l'avait traité de tous les noms, mais s'était également inquiétée pour lui. Et s'inquiétait davantage, maintenant que le danger était passé pour Elisha. Qu'Ercan ne soit pas revenu depuis le moment où il avait quitté les montagnes pour chercher Eric n'était pas vraiment bon signe.

« Maintenant, il faut la laisser se reposer. Rien ne vaut une bonne nuit de sommeil. »

La joaillière acquiesça d'un mouvement du chef, avant de jeter un bref regard vers le salon. Au milieu duquel était allongée une licorne blanche, compagnon d'Elisha, qui avait également dû bénéficier de soins de la part de la guérisseuse. Décidément, celle-là avait bien gagné sa soirée. Mais devant le professionnalisme de la jeune femme rousse, Yuan n'hésitait pas à sacrifier une partie de ses revenus du mois pour retaper des os et éliminer du venin magiquement. Et elle ne put s'empêcher de sourire en posant son regard sur son mari Illian, avachi dans un fauteuil, qui avait veillé au chevet de la licorne une partie de la soirée, après avoir participer à son déménagement sportif – ben ouais, ils n'allaient quand même pas la laisser dehors.

« Vous aussi vous devriez vous reposer, fit la guérisseuse en posant un regard dubitatif sur la joaillière. »

Celle-ci poussa un nouveau soupir. Détourna son regard vers la fenêtre.

Il neigeait.


Il neigeait.

Flocons d'une blancheur immaculée tombant petit à petit sur ces monticules de cendres, balayés par le vent d'une douceur cruelle.

Le regard vide et écarlate se leva vers les cieux, délivrant avec tendresse ce cadeau d'une fantaisie irréelle.

Ses doigts fins se tendirent vers le firmament et éprouvèrent le contact froid dans une complète indifférence.

Ses lèvres s'entrouvrirent... Mais il se ravisa. Le murmure qu'il avait voulu laisser échapper avait échoué son épreuve d'existence. Resté coincé dan sa gorge, avant d'être abandonné avant même d'avoir vu le jour.

Les iris écarlates se baissèrent, reflétant l'obscurité alentour. Même la lueur blafarde de la lune, parvenant par rayons entre deux nuages ne parvenait à faire don de sa lumière à cet endroit.

Tout n'était que ruines. Destruction. Cendres. Rien ne demeurait, sinon les fragments de ce qui avait autrefois été Elfe, Magicien, Fée ou autre encore.

Rien. Pas même...

Ses paupières s'abaissèrent, chassant le soupçon de pensée trop lucide, trop perspicace, qui avait failli revenir dans son esprit n'aspirant qu'au repos.

Le repos. Il avait souhaité que le temps s'arrête, qu'on lui octroie une pause loin de la réalité, qui s'était faite encore plus complexe qu'elle ne l'était déjà. Mais le temps ne s'arrête pas pour un seul être.



Ses prunelles sombres comme l'abysse fixaient de manière absente le plafond de la chambre parentale, la fatigue la taraudant, mais le sommeil ne la trouvant pas. Yuan Eren avait dormi une heure à peine depuis le premier instant de cette soirée où elle avait vu la neige tomber du ciel. A son côté, elle sentit un mouvement de la part de son mari endormi, qui se retourna vers elle, sans pour autant se réveiller. Même jusque dans leur sommeil, les Eren étaient des hyperactifs.

La joaillière retint à grand peine un long soupir de lassitude avant de se redresser lentement, et le plus doucement possible afin de ne pas réveiller Ilian Eren, qu'elle avait dû monter à la force des bras jusqu'à la chambre à coucher afin qu'il ne passe pas la nuit dans un fauteuil inconfortable – qui lui aurait très certainement valu quelques douleurs de dos si il y était resté.

Son regard se riva vers la fenêtre, à travers laquelle elle pouvait encore apercevoir les flocons de neige tomber sous les rayons de l'astre sélenne. Etrange mélange orchestré par la Nature elle-même. Au sein des Montagnes de l'Edelweiss enneigé, vieilles légendes et folklore étaient légion. L'une d'entre elle parlait justement de ces cristaux si particuliers qui tombaient du ciel, remplaçant l'implacable grêle par de doux flocons d'une blancheur immaculée.

Certains disaient que ces flocons n'étaient nul autre que la peine des hommes et des Aetheri matérialisée, retombant avec une infinie tristesse sur les terres de ce monde. Une vieille légende qui faisait tragiquement écho à ses pensées.


Trois rangées de briques. Telle était la hauteur à laquelle culminait le plus haut vestige du bâtiment devant lequel il demeurait immobile. Debout, tel une statue, sa lance bleutée à double pointes dans la main, son regard écarlate rivé sur les ruines de ce qui avait autrefois été une demeure.

Aurait-il pu la qualifier de sienne, cette demeure ? Cette petite maison pittoresque dans laquelle vivait un Magicien qui avait perdu son Orine au cours d'un malencontreux incident impliquant un Ange et un humain devenu Elémental...

Un Magicien. Le Magicien qu'il était venu chercher. Il n'avait pas envie d'y penser. Tzariel avait eu raison, son plus grand défaut était sa lâcheté. Une lâcheté contre laquelle il avait souvent perdu. Et contre laquelle il perdait encore une fois, de nouveau.

Une fois n'était pas coutume. Ce n'était pas parce qu'il avait accepté sa nature d'Elémental qu'il avait arrêté de fuir. Toujours ce grand défaut.

Il fit un pas. Puis un autre. Franchit ce qui autrefois fut la porte de cette demeure. Son regard sanguinolent balaya les environs, son esprit partagé entre deux envies : celle d'oublier, et celle de se souvenir.



Les premiers rayons du soleil vinrent chatouiller avec douceur la peau nue de la dame aux longs cheveux noir de jais. Celle-ci émit un petit grognement à la fois de frustration et de plaisir avant d'ouvrir lentement les yeux. Son regard aussi noir que sa chevelure se posa sur le visage endormi qui lui faisait face, celui de son mari Ilian, encadré par une chevelure argentée dont son fils avait si merveilleusement hérité. Malgré elle, un petit sourire moqueur se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle repensa à la nuit qu'elle venait de vivre, laquelle débuté dans l'inquiétude s'était achevé par un repos agréable suite à un plaisir des plus... enchanteurs. Comme quoi, Ilian avait un certain don pour l'apaiser lorsque le besoin s'en faisait sentir. Pas seulement par l'acte charnel, mais aussi par l'esprit.

'Aie confiance', lui avait-il dit. Son sourire espiègle s'élargissant, elle se mit à jouer distraitement avec les mèches argentées de son mari, qui ne broncha pas, cette fois-ci plongé dans un sommeil beaucoup plus profond qu'en première partie de nuit la veille. Les exigences de son mari, lorsqu'il en avait – en principe, c'était surtout elle qui en avait – n'étaient pas aisées à contenter. Mais quelle femme serait-elle si elle ne parvenait pas à répondre aux rares souhaits de son âme sœur ?

Le sourire de la joaillière s'estompa quelque peu néanmoins lorsqu'elle songea à la manière dont elle pourrait avoir confiance. Pour elle, attendre un miracle ne fonctionnait guère. En provoquer un était bien plus efficace. Et de manière plus rationnelle, c'était là la seule possibilité qu'elle avait sous la main. En se frottant les yeux du bout des doigts, la dame s'extirpa doucement du lit conjugal afin de ne pas réveiller Ilian, se vêtit de son habituelle tunique sans manches et d'un pantalon de chanvre et sortit silencieusement de la chambre. Passant devant l'escalier, elle en descendit quelques marches afin de vérifier que la licorne et la guérisseuse qui s'était installée dans le canapé étaient toujours à leur aise, puis elle se dirigea vers le fond du couloir, s'arrêtant devant la chambre de son 'fils'. Elle y frappa doucement deux coups de l'index, et entrouvrit à peine la porte.

« Elisha ? Si t'es réveillée, te presse pas, mais... j'aurais b'soin que tu m'rende service. Ercan est parti à Eärudien hier. Il est pas r'venu. »

Elle marqua un léger temps de pause. Elle ne voulait pas inquiéter excessivement l'amie de son 'fils', mais elle s'était rendue compte un peu tardivement que son ton avait été plus sérieux qu'à son habitude. Elle retint un soupir et poursuivit :

« Si t'as b'soin de quelque chose, genre daller, j'suis dans la cuisine. »

Elle se détourna de la porte et descendit, ignorant si Elisha avait ou non entendu ses paroles, n'ayant même pas vérifié si la jeune Magicienne était réveillée. Comme annoncé, elle se dirigea vers la cuisine, et s'y affaira afin de préparer ce dont Elisha aurait éventuellement besoin si elle acceptait de lui concéder cette faveur.


La tête reposée contre les vestiges du mur de la salle à manger, assis dans un coin de ce qui avait autrefois été une pièce conviviale, ses yeux étaient clos, et son esprit s'était abandonné au monde des rêves.

Paisiblement, Ercan Eren dormait au milieu des cendres et des décombres de la cité elfique d'Eärudien, la pointe de sa lance reposant contre le reste de mur au-dessus de sa tête, telle une gardienne.


Spoiler:
 

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Elisha Akio



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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Jeu 25 Juil - 0:58

Je me frottai les yeux et jetai un regard autour de moi, presque étonnée d'être en vie. Si ma mémoire était bonne – une fois n'est pas coutume – je devais toujours me trouver chez les Eren, dans ce qui semblait être une chambre en bordel. Je m'assis lentement, et tentais de reconstituer mes souvenirs quant aux événements de la veille. Pas facile, évidemment... Ma mémoire étant déjà plutôt défectueuse en temps normal, un empoisonnement n'allait sans doute rien arranger à l'affaire. Parce que oui, tout de même, je me souvenais avoir été empoisonnée. Je me souvenais aussi du retour en quatrième vitesse plutôt loupé d'Ercan, de l'antidote pas très efficace administré par sa mère, et d'une jeune inconnue aux cheveux roux, qui avait passé une partie de la nuit auprès de moi. En dehors de ça, quelques bribes de paroles me revenaient, en vrac, sans que je sois capable de les replacer dans leur contexte. Étrangement, hormis le moment où il s'était retrouvé coincé sous Charlie en tentant de lui venir en aide, l'élémental était totalement absent de mes souvenirs de cette nuit-là. Je ne m'en étonnais malgré tout pas plus que cela : au vu de l'état dans lequel j'avais passé la nuit – et accessoirement, de peu de fiabilité que présentait ma mémoire – il était fort possible que mon esprit ait 'éludé' quelques épisode, aussi importants aient-ils pu être. Et puis, étant donné que j'étais vivante et en plutôt bonne santé, il fallait en déduire qu'il avait fini par trouver un guérisseur – enfin, en l'occurrence une guérisseuse.

Sans bouger d'un pouce, je jetai un coup d'oeil à ma main mordue, pour découvrir avec surprise que la blessure avait presque entièrement cicatrisé. J'avais eu de la chance, vraiment... Enfin, de la chance dans mon malheur, disons. Si Ercan n'avait pas réagi aussi rapidement, s'il ne s'était pas débrouillé pour me ramener entière chez lui avant que le poison ne fasse effet, j'y serais probablement restée. Il m'était déjà arrivé de frôler la mort ; en revanche, c'était bien la première fois que je devais la vie à quelqu'un. C'était plutôt gênant, d'autant plus que je n'avais pas grand-chose à offrir en échange... Mais il ne me semblait pas, de toute façon, que le jeune homme ait agi ainsi dans l'espoir d'obtenir quelque chose en retour. Même si sa manière de me le signifier était légèrement atypique, je me doutais qu'il m'appréciait, au moins un peu. Et, d'après ce que je parvenais à déduire de l'espèce de méli-mélo incompréhensible que constituaient mes sentiments, c'était réciproque. Au vu de mon caractère légèrement misanthrope, il était étrange que j'éprouve autant d'affection pour un être que je connaissais si peu ; mais puisque nous étions aussi fêlés l'un que l'autre, ce n'était au fond pas si étonnant que le courant passe...

Je scrutai une nouvelle fois la chambre, tentant vainement de me souvenir de la manière dont j'avais atterri ici. Je ne me souvenais ni qui m'y avais emmené, ni comment, ni même si j'étais consciente à ce moment-là. En définitive, je ne me souvenais pas de grand-chose... Dommage, ça m'aurait au moins permis d'avoir quelque chose à raconter à ma mère, elle s'y connaît en poison. Mais puisque je n'ai pas plus envie de lui adresser la parole qu'elle n'a envie de m'écouter, ça n'a pas grande importance, finalement. J'espérais cependant ne rien avoir oublié de grave ; si j'avais fait une connerie monumentale sans m'en souvenir, le moment où Ercan me le rappellerait risquait d'être délicat... Enfin, à part vomir au pied de sa maison, je ne pensais pas avoir fait quoi que ce soit de vraiment gênant. Remarquez, c'était suffisant... Sans oublier que, n'étant pas en état de m'en préoccuper, j'avais laissé Charlie – blessé, et donc probablement pénible – aux bons soins de sa famille. Rien que pour ça, ils étaient en droit de m'en vouloir éternellement... En parlant de Charlie, il y avait un moment que je ne l'avais pas entendu ; et j'avais beau observer les alentours de la maison par la fenêtre, je ne voyais pas trace que l'équidé. L'arbre, en revanche, était toujours là, ses branches saupoudrées de quelques flocons de neige qui avaient dû tomber pendant la nuit. Peut-être la licorne s'était-elle simplement montrée trop pénible, et avait été muselée. Ou mangée. Étrangement, cette dernière hypothèse ne me dérangeait pas plus que cela... Enfin, disons que sur le moment, elle me semblait plutôt acceptable.

Décidant qu'il était temps d'aller remercier mes hôtes pour tout ce qu'ils avaient fait pour moi, et éventuellement de vérifier si ma licorne de compagnie était toujours en vie, je me levais. Pour quelqu'un qui avait passé la moitié de la nuit à agoniser, je tenais plutôt bien sur mes jambes... En réalité, je me sentais même plutôt bien. Il y avait longtemps que je n'avais pas passé une nuit aussi paisible ; probablement parce que Charlie avait été suffisamment assommé par l'arbre qui lui était tombé sur la tronche pour la fermer. Ou moi assez dans les vapes pour ne pas l'entendre. Quoi qu'il en soit, j'avais plutôt bien dormi ; peut-être qu'en me voyant aussi en forme, la mère d'Ercan déciderait de nous renvoyer faire un tour dans les montagnes... J'esquissai un sourire à cette pensée, et attrapai mes bottes, qui traînaient dans un coin de la pièce, consciente que s'il me fallait escalader de nouvelles montagnes, j'aurais plus de mal pieds nus. L'intervention de la joaillière, qui frappa soudain à la porte, me fit cependant oublier cette idée ; pour cette fois, les montagnes attendaient. Interdite, je m'interrompis dans ma tâche, sans savoir que dire à la dame qui attendait ma réponse, derrière la porte. Eärudien ? Je savais, pour m'y être assez récemment rendue, qu'il ne restait plus grand-chose, là-bas. Comment était-il possible que le jeune homme n'ait pas été au courant ?

Je restai quelques secondes immobile, oscillant entre l'inquiétude et la surprise. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu Ercan partir. Et partir pour quoi, d'ailleurs ? Qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir à foutre dans une cité détruite des jours auparavant ? Je poussai un soupir, et sortis de la chambre pour descendre les escaliers à la suite de la joaillière. Finalement, l'inquiétude semblait avoir pris le dessus sur le reste ; généralement, c'est ce qui arrive quand une personne à laquelle on tient fout les pieds dans un endroit dangereux. Surtout si cette personne est légèrement inconsciente sur les bords. Je souris malgré tout à la mère de l'intéressé en arrivant dans la cuisine, et m'emparais de quelques-unes des victuailles posées sur la table pour les glisser dans les poches de ma veste. Je pouvais manger une fois là-bas, et il me semblait qu'il y avait pour le moment plus important que prendre un petit déjeuner complet.

-J'y vais, déclarai-je à la dame. Je... J'espère que j'vais l'retrouver entier. Merci pour tout. Elle est plutôt géniale, vot' famille, ajoutai-je en souriant. J'reviendrais ! Dites bonjour à vot' mari d'ma part...

J'adressai un dernier sourire à mon interlocutrice, avant de sortir de la maison – je n'aime pas tellement me téléporter depuis l'intérieur, j'ai peur de me coincer dans un mur. Au passage, je croisais un Charlie affalé dans le salon, roupillant de la manière la plus paisible qui soit – ce qui expliquait son silence – ainsi que la jeune femme rousse dont je me souvenais vaguement, allongée sur le canapé. Le plus discrètement possible, histoire de ne pas réveiller l'équidé, je sortis quelques pièces de ma poche avant de les poser près de la jeune femme, espérant que cela suffirait à payer une bonne partie des soins qu'elle nous avait administrés. Ceci fait, j'ouvris doucement la porte, et me téléportais vers Eärudien.

Ce n'est qu'en prenant contact avec le sol froid du paysage qui entourait la cité détruite que je remarquais un détail qui, jusqu'ici, m'avait échappé : dans ma précipitation, je n'avais enfilé qu'une seule botte. Marcher à cloche-pieds, voilà qui allait simplifier mes recherches... Comme si chercher quelqu'un au milieu d'une cité en ruines n'était pas assez compliqué. Fatiguée par avance par la tâche qui m'attendait, je soupirais, avant de me tourner vers les décombres qui se trouvaient à quelques dizaines de mètres de moi. Encore une fois, mon pouvoir d'empathie faisait des siennes, et je sentais sans le vouloir vraiment la souffrance des rescapés qui se trouvaient encore dans la ville, ou aux alentours. C'est ce qui m'avait d'ailleurs mené à Eärudien, la première fois : aider ceux qui avaient pu s'en sortir... J'aurais pu continuer, certes ; chercher les vivants, sauver ceux qui pouvaient encore l'être, ce genre de trucs. Sauf que cette fois, étrangement, jouer à la  pseudo-héroïne n'était pas la première de mes priorités. J'avais du mal à me l'avouer à moi-même, mais il y avait quelque part ici une personne que je voulais aider plus que toutes les autres. Quelles que soient les raisons qui avaient amenées Ercan à venir se perdre ici, il fallait que je le retrouve avant qu'il ne lui arrive des bricoles... Pas que je ne l'aie cru totalement abruti et incapable de se défendre ; seulement, les ruines sont généralement pleines de gens pas forcément bien intentionnés, qui tentent tant bien que mal de profiter de ce qu'il reste des lieux et des gens. Des voleurs, des assassins, des nécrophiles, ou je ne sais quoi d'autre... Bref, c'est pas vraiment le genre d'endroit où il fait bon s'aventurer seul. Enfin, c'était ce que je m'apprêtais à faire, cela dit ; mais je n'avais pas vraiment le choix.

Arrivée à une dizaine de mètres du début du champ de ruines, j'activais mon pouvoir d'invisibilité, jugeant qu'il serait inutile que je me fasse trucider avant d'avoir atteint mon but. En plus de cela, je risquais d'être un peu plus efficace dans mes recherches si je n'avais pas à m'assurer tous les deux pas qu'on ne me remarquait pas. Je vérifiais rapidement que j'étais intégralement invisible, et que je n'avais pas oublié quelques parties de mon corps, comme souvent, avant de pénétrer dans la cité – ou plutôt, ce qu'il en restait. Je m'en étais déjà approchée, mais c'était la première fois que je m'y aventurais ; et, décidément, ça n'avait rien de joyeux. Des cendres, des meubles carbonisés, et des restes de bâtiments, plus ou moins détruits. N'importe qui pouvait se planquer absolument n'importe où... Décidément, ça n'allait pas être de la tarte. D'autant plus que je n'avais aucune piste, aucune idée de l'endroit où il avait pu aller, rien. J'avançais au hasard, cherchant autour de moi un indice, quelque chose qui puisse m'indiquer où trouver l'élémental – voire même l'élémental lui-même, on ne sait jamais. Je ne voulais pas penser à ce qui arriverait si je ne le retrouvais pas, s'il restait perdu à jamais dans cette étendue de décombres qui semblait sans fin. Sans y prendre garde, je m'étais mise à marcher plus vite, tout en zigzaguant entre les plus ou moins gros débris éparpillés un peu partout. Je n'étais plus vraiment inquiète, plutôt dans une sorte d'état second, uniquement attachée à l'objectif qui m'avait amenée ici, sans me soucier du reste. Il n'y avait pas grand-chose d'autre à penser, cela dit : tout ce qu'il me restait à faire, c'était chercher, et espérer trouver l'aiguille qui devait être quelque part au milieu de cette botte de foin carbonisée...
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Kim
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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Sam 27 Juil - 17:07


Yuan lui rendit son sourire. Un sourire qui, sur les lèvres de la joaillière, se teinta d'amertume et de joie. Comme elle aurait aimé que les choses se soient passé différemment. Qu'Elisha n'ait pas eu à corriger les erreurs de son 'fils'. Et pour autant, elle n'était pas mécontente de constater qu'il y avait au moins une personne dans ce monde possédant assez de volonté pour retourner sur le champ de cendres d'Eärudien pour aller y chercher son idiot de 'fils'. Ce qui s'échappa des lèvres de la dame aux prunelles noir de jais ne fut qu'un murmure, véhiculant néanmoins espoir et soulagement.

« Bien sûr. »

Une vagua affirmation qui voulait tout et rien dire à la fois. Oui, elle passerait le bonjour à Ilian pour la Magicienne. Mais elle voulait également convaincre cette dernière qu'elle retrouverait Ercan. Et elle voulait également se convaincre elle-même. Il n'y avait pas à dire, Elisha était aussi géniale sinon plus que la famille Eren. Au moins aux yeux de Yuan Eren.


Il laissa échapper un grognement lorsqu'il sentit les premiers rayons du soleil chatouiller sa peau gelée par la fraîcheur de la nuit, sur laquelle s'était déposée une fine couche de neige à laquelle il était indifférent. Le jeune 'homme' aux longs cheveux argent remua, changea de position, mais ne daigna pas d'ouvrir les yeux. Pourquoi poser un regard sur ce paysage désolé et empreint de tristesse et de souffrance ? Il n'avait aucune raison de précipiter son réveil. Aussi se laissa-t-il de nouveau emporter sans résistance au pays des songes, et ce malgré la réalité macabre qui l'entourait. La lance bleutée à double pointes produisit un léger raclement métallique lorsque la tête de l'Elémental bascula de l'autre côté de son corps. Mais elle ne chut pas, demeurant posée contre le mur, fidèle à sa position de gardienne au-dessus de la tête de l'hermaphrodite.


Il se souvenait. Du regard céruléen du Magicien, posé sur lui, derrière lequel se cachait la souffrance d'avoir perdu un être cher. Une perte qu'il acceptait néanmoins, après avoir versé les larmes qu'avait mérité sa mort. Non, leur mort. Il n'avait pas perdu qu'une seule personne chère à son cœur. Par sa faute. Rongé par les regrets, il aurait pu tout abandonner. Laisser au fond du gouffre ce jeune Elémental qui portait à jamais la marque de ses erreurs, aussi bien par son sceau magique que par le changement irréversible de tout son être.

« Eyaël est mort. »

Il n'avait pas peur de reconnaître ses erreurs. Ni d'assumer ses actes. Son regard, ce regard aussi bleu qu'un ciel d'été, ne savait mentir. Devant et homme, aussi meurtri que responsable, Ercan n'avait pu que rester coi. Paralysé par l'honnêteté et la maturité, par le courage d'un homme qui se sentirait à jamais responsable du malheur de trois êtres qu'il avait voulu aider. Le regard vide du nouvel Elémental avait cherché profondément dans cette étendue azurée les traces du doute, mais n'avait rien trouvé. Non, la seule chose qu'il avait trouvée était un écho de sa propre douleur, qu'il avait immédiatement préféré oublier, et enfermer dans cette boîte qui aurait dû rester enfouie profondément dans son cœur jusqu'à sa mort.

« Sans blagues, avait-il répliqué, ironique. »


...

Oublier pour se souvenir. Oublier la réalité présente sous ses yeux pour se replonger dans des souvenirs non moins difficiles à évoquer. Pourquoi ? Pourquoi faisait-il autant d'effort à chercher en son cœur ce qui ravivait ses blessures d'antan ? Il l'ignorait. Ou alors, c'était simplement pour retrouver ce qui avait fait qu'il était devenu l'être qu'il était à présent.


Ses paupières s'entrouvrirent. Ébloui par les rayons du soleil levant, il referma les yeux. Ses doigts gourds vinrent caresser maladroitement les vestiges du mur de pierre à sa droite. Avant de retomber, froids et dépourvus de volonté. Rien de ce qui l'entourait ne le motivait à ouvrir complètement les yeux à se lever. La présence de fine pellicule de neige sur ses bras et ses cheveux ne l'importait guère. En vérité, il n'était pas vraiment conscient de sa propre personne physique. La seule chose qu'il avait perçue était cette marque faite dans la pierre de la bâtisse, qui était restée là, malgré tous les malheurs subis par la demeure dévastée.


Les doigts du Magicien se posèrent délicatement sur la brèche qui marquait le mur, ses sourcils fins et dorés se fronçant légèrement. Un murmure quasiment inaudible s'échappa de ses lèvres, et la brèche commença à se colmater, petit à petit, sous l'effet de l'énergie magique de l'homme aux cheveux blonds. Et lorsqu'il ne resta qu'une petite trace de cette brèche qui aurait très bien pu se faire écrouler la maison, il se redressa en soupirant, et jeta un regard en biais au jeune Elémental assis quelques mètres plus loin sur un tabouret, avec la plus grande des nonchalances, comme si il était totalement indifférent à ce qui venait de se passer.

« Hé, Ercan, je sais que c'est pas facile, mais si tu pouvais éviter de détruire ma baraque dans le procédé, ce serait sympa. »

Jouant distraitement avec une fourchette posée sur la table, absorbé dans la contemplation du couvert en faux argent, le jeune Elémental haussa vaguement les épaules. Geste qui tira un soupir au Magicien, qui ne savait plus vraiment comment s'y prendre avec le cataclysme anciennement humain qu'il hébergeait dans sa demeure. L'homme au regard céruléen baissa les yeux, songeant avec peine que si son arrogance avait été moins grande, tout ceci ne serait pas arrivé. Pas un jour ne passait sans qu'il ne se prenne à imaginer ce qu'aurait pu être leur vie si il n'avait pas tenté de régler les choses par la force. Si seulement il avait fait confiance à l'ange gardien du jeune Eren...

« Hé, Eric, t'sais qu'elle est pas en argent, ta fourchette ? »

Interdit, non pas par la révélation, mais par l'intérêt complètement déplacé du jeune Elémental, le Magicien leva les yeux, son regard céruléen croisant celui vermeil du jeune Eren... Un regard vermeil qu'il vit traversé, un bref instant, par un éclat de gratitude. Un sourire s'étira sur les lèvres d'Eric, alors qu'il sentit le poids de son fardeau s'alléger quelque peu.

« Non, je savais pas, fit-il d'un ton léger. Merci de me le dire, même si ça va rien changer à ma vie. »

Le jeune Elémental fit tourner entre ses doigts ladite fourchette, laquelle fut immédiatement parcourue de plusieurs arcs électriques, faisant sursauter le jeune 'homme', qui lâcha le couvert avec un juron fleuri – qu'il ne tenait probablement pas de son Ange gardien. Dans un fracas métallique, la fourchette tomba sur le sol, rebondissant une fois avant de s'arrêter à distance équivalente entre les deux hommes, qui rivèrent instinctivement leurs regards sur l'objet.

« J'en ai marre, fit doucement l'Elémental, qui leva le premier les yeux.
- Je sais, répondit le Magicien avec compassion. »



Un fracas métallique. Suivi d'un juron. Cette fois-ci, le jeune 'homme' aux cheveux argent ouvrit brusquement les yeux, et sa main s'était refermée par réflexe sur la hampe de sa lance. Bondissant sur ses pieds, il balaya les ruines du regard, avant que ne s'évanouisse toute tension dans ses muscles lorsqu'il fut à nouveau frappé par la réalité qui l'entourait. La pointe de sa lance se baissa, tout comme son regard vermeil, qui vint trouver un profond intérêt dans les dernières planches survivantes du plancher qui avait autrefois constitué le sol de la demeure.

« Hé ! Qu'est-ce qu'il fout là lui ? »

Il ne prêta aucune attention à l'homme hirsute qui venait de passer les vestiges de la porte d'entrée, dont le regard noisette venait de se poser sur le jeune Eren, et qui venait d'adresser la parole à d'autres individus qui semblaient l'accompagner. L'Elémental laissa échapper un soupir avant de s'asseoir sur un vestige de mur ne faisant pas plus d'un mètre de hauteur, attendant sans vraiment réfléchir que la tranquillité lui revienne, tournant le dos à l'inconnu.

« Lui ? C'est pas un elle ? »

Apparemment, un autre homme venait de rentrer dans les ruines de la maison dénuée de toit, et d'aviser sa présence. Mais il n'en avait pas davantage cure. Qu'ils débattent du sexe des Anges ou d'autre chose et qu'ils s'en aillent, c'est tout ce qu'il leur demandait.

« On s'en fout, fit un troisième. Ils disaient qu'il y avait plus aucun survivants dans l'coin ! »

Plus aucun survivant. Sans aucune raison apparente, ces mots parvinrent à se frayer un chemin jusqu'à l'esprit pourtant lointain de l'Elémental, dont le corps entiers fut parcouru d'arcs électriques, crépitant autour de lui tels une aura menaçante. Lentement, il se leva, et riva son regard rouge sang sur les trois hommes qui eurent instinctivement un mouvement de recul. Des pilleurs. Des charognes qui profitaient que la tempête soit passée pour récupérer les richesses que les morts avaient laissé derrière eux. L'un d'eux amorça un mouvement de fuite, mais fut arrêté par celui qui se trouvait encore dans l'encadrement de la porte.

« Hé, on va quand même pas avoir peur d'une tarlouze ! »

Dégainant précipitamment son épée, l'homme fondit sur l'Elémental, et trancha l'air d'un puissant coup horizontal. Et seulement l'air. Car l'Elémental avait disparu, et était réapparu derrière les deux autres bandits. L'un d'entre eux ne tarda pas à être la proie de nombreux éclairs, brûlant sa chair à vif, tandis que l'autre ne vit même pas venir le fer qui détacha sa tête du reste de son corps dans un arc de cercle aussi rapide que meurtrier. Ercan ne jeta même pas un regard à l'homme qui était encore indemne, dont le regard s'était empli de frayeur, et qui avait laissé échapper sa lame sur les vestiges du parquet. Levant son regard écarlate vers l'horizon et le soleil levant, le jeune 'homme' laissa derrière lui un mort, un brûlé vif et un apeuré, marchant loin de cette demeure emplie de souvenirs et de souffrance.

« Eric. »

Accroché à sa nouvelle ancre, son esprit était revenu, et ses pas le portaient en avant, suivant son cœur et son instinct.

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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Dim 28 Juil - 5:31

- Bordel.

J'ôtais un énième machin pointu venu se planter dans mon pied gelé, et soupirai avant de reprendre ma route. Ça faisait un bon moment que je marchais, sans doute plus de deux heures, et je n'avais absolument rien trouvé qui puisse s'apparenter, de près ou de loin, à un Ercan Eren. Petit à petit, je m'étais enfoncée dans la ville détruite, à tel point que j'avais perdu de vue le paysage alentour. Que je le retrouve ou pas, le retour risquait d'être difficile, au vu de nos sens de l'orientation respectifs. Enfin, restait la téléportation, mais ce n'était pas beaucoup plus sûr. Chaque tas de gravats ressemblait à un autre tas de gravats, rien – ou presque – ne permettait de distinguer un lieu d'un autre... Il était d'ailleurs possible que je tourne en rond depuis un bon moment, au fond. J'en avais assez d'être là, de continuer d'évoluer dans cette atmosphère plus que lugubre sans savoir vraiment ce que je faisais ni ce que j'avais à faire. Retrouver l'élémental au milieu de ces décombres particulièrement dangereuses et le sortir de la galère dans laquelle il était vraisemblablement en train de se fourrer, très bien. Tout à fait le genre de mission qu'était à même d'accomplir une gamine haute comme trois pommes totalement dénuée de sens de l'orientation et de tact. Et avec un pied en passe de se transformer en glace aux échardes, en prime.

Assez absorbée par mes râleries mentales, je n'aperçus pas tout de suite l'homme qui gesticulait comme un imbécile, un peu à ma gauche. Je ne remarquais sa présence qu'une fois parvenue à une vingtaine de mètres de lui, c'est-à-dire assez près pour entendre ses murmures inquiets et inaudibles. Par réflexe, je me planquais derrière un tas de briques à moitié effondré, afin d'observer la scène – ce que j'aurais très bien pu faire sans me cacher, étant donné que j'étais invisible. Un homme, visiblement effrayé, se tenait donc aux côtés d'un autre mec plutôt mal en point, et d'un cadavre ; le tout agrémenté par une atroce odeur de chair brûlée. Immédiatement charmée par cette vision, je me demandais quelques secondes si je n'allais pas de nouveau vider mon estomac sur le sol, tout en réfléchissant vaguement à ce qui avait pu se passer ici. Je poussais un nouveau soupir et rivai mes yeux sur celui qui, allongé par terre, couinait comme un chaton que l'on aurait séparé de sa mère - enfin, un chaton à la voix un peu rauque, certes. Je me détournai, pensive. Je n'avais pas envie d'aller les aider. C'était inhabituel, j'en avais conscience, pour quelqu'un qui passait son temps à se prendre pour une héroïne pour se sentir exister – oui, j'ai plus ou moins conscience que je fais ça. J'aimais être utile aux autres, c'était une réalité ; mais malgré les 'principes' auxquels j'aurais aimé croire, la vie d'Ercan comptait à cet instant bien plus que celle de ces deux abrutis.

Je levai les yeux vers le ciel empli de nuages bas, espérant que des réponses dignes de ce nom voudraient bien en descendre. Après quelques secondes, j'étais seulement parvenue à déduire de mon observation qu'il allait sans doute se remettre à neiger sous peu, et ça me faisait une belle jambe. N'ayant de toute façon pas grand-chose de plus intelligent à faire puisque je ne savais pas où aller, je finis par désactiver mon sort d'invisibilité, pour m'approcher prudemment des hommes. Dès qu'il m’aperçut, le plus vivant d'entre eux se précipita vers moi, tout en brassant l'air comme un moulin à vent dégénéré. Immobile, j'attendis qu'il ait fini d'agiter ses bras et de bredouiller des paroles inaudibles, la main posée sur mon poignard – parce qu'on ne sait jamais. De temps à autre, il jetait un regard effaré à son compagnon étalé par terre, avant de recommencer à bégayer toutes sortes de trucs incompréhensibles à mi-voix.

- J'voudrais pas heurter ta sensibilité plus qu'elle ne l'est déjà, mais ta gueule, finis-je par lâcher élégamment. Je vais le soigner, ton pote cramé. Pour l'autre, je crois que je peux pas faire grand-chose, il paraît que c'est pas bon signe quand la tête est détachée du corps. Par contre, j'te préviens, tente de m'attaquer et je te fais bouffer tes dents.

Légèrement surpris par mon assurance, le type acquiesça, et s'écarta pour me laisser m'approcher du second mec. Sans mot dire, je m'accroupis près de lui et soignais sommairement ses blessures, histoire qu'il puisse au moins marcher et sortir de la forêt de décombres qui nous entourait pour aller se reposer chez lui. Ou dans la forêt, s'il n'avait pas de chez-lui ; je n'en avais pas grand-chose à carrer. Légèrement fatiguée par l'effort magique que j'avais fourni, je m'appuyai contre un petit mur en briques, et lançais un regard au cadavre qui gisait non loin.

- J'peux savoir c'qui vous est arrivé ?

- On f'sait rien de mal, répondit celui qui m'avait abordée d'un air quelque peu penaud. Vous voyez, nous, on récupère, on évite un p'tit peu le gaspillage... Les gens qui vivaient là d'dans se serviront plus de leurs affaires, autant qu'ce soit utile à quelqu'un, non ?

J'acquiesçai d'un geste las, peu désireuse d'entamer un débat à propos du pillage de ruines. La suite ne m'intéressait pas tellement non plus en elle-même, cela dit ; mais s'il se trouvait au milieu de ces décombres une personne assoiffée de sang et de vengeance et désireuse de buter tous ceux qui croisaient son passage, je préférais être au courant.

- Et puis y a c'type qu'était là, on sait pas trop pourquoi, un mec bizarre, style albinos. Enfin, un mec qui r'semblait un peu à une nana. Puis j'sais pas, il s'est mis à nous lancer des éclairs, comme ça, d'un coup, alors on a voulu s'défendre, et voilà...

Je me laissai glisser le long du mur, le cœur battant. Ercan. Un 'mec style albinos qui lance des éclairs', il doit pas vraiment y en avoir des nuées... Etait-il possible que cet homme dise vrai ? Certes, il tentait sans doute de tourner l'histoire en leur faveur, mais il lui aurait tout de même été difficile d'inventer une chose pareille. Et puis, il n'aurait eu aucune raison de le faire... Je me mordis la lèvre, réprimant tant bien que mal les larmes qui auraient sans nul doute dévoilé ma faiblesse aux deux pilleurs, qui ne semblaient pas franchement bien intentionnés non plus. Je  pris une profonde inspiration, tentant de ne pas songer à ce que l'acte d'Ercan pouvait signifier. Il fallait que je le trouve. J'aurais le temps de comprendre, ensuite, du moins l'espérai-je.

- Oh. Et, hem... Il est parti par où ?


- Bah euh, j'sais pas, vers là. Doit encore y avoir les traces de ses pas, j'pense. Pourquoi, v'voulez mourir ?

J'eus un haussement d'épaules qui voulait vaguement dire « j'fais c'que j'veux, et j't'emmerde »,  avant de me lever, de me rendre de nouveau invisible et de partir dans la direction indiquée. J'avais mal au pied, froid, et je commençais à avoir faim, mais le moment était plus propice à la course qu'à la pause. La course n'étant cependant pas mon fort, je décidai d'employer une méthode alternative : je me téléportais par tranche de dix mètres environ, histoire de ne pas me paumer, tout en suivant la piste laissée par les traces de pas du jeune homme. Peut-être pas très malin, comme technique, puisque ça me fatiguait plus qu'autre chose, mais au moins cela me permettait-il de ne pas trop utiliser mon pied déchaussé, et surtout de ne pas penser. Penser, c'était ce qu'il ne fallait pas faire, à ce moment, je le savais. Ne pas réfléchir à ce qu'avait fait Ercan. Ni aux raisons qui avaient motivé cet acte. Ni aux sentiments que cela éveillait en moi.

Je ne sais pas vraiment combien d'espace j'avais parcouru ainsi, avant d'apercevoir la silhouette de l'élémental qui marchait à quelques dizaines de mètres de moi. Sans penser une seule seconde qu'il aurait été plus simple de me téléporter devant lui pour lui barrer la route, je me contentais d'accélérer le pas pour le rejoindre, mon inquiétude grandissant de nouveau petit à petit. Je finis par ne plus me trouver qu'à quelques mètres de lui, et, sans me souvenir le moins du monde que je m'étais rendue invisible quelques minutes auparavant, je lui attrapais fermement le bras – bien qu'au vu de ma force inexistante, ma notion de fermeté soit sans doute quelque peu erronée.

- Ercan, qu'est-ce... Bordel merde, ça fait deux fois, lâchai-je en me rendant de nouveau visible. Et ouais, j'ai qu'une putain de chaussure, parce que je me suis barrée en quatrième vitesse de chez toi pour v'nir te chercher et que j'ai oublié de prendre la deuxième. Je... Mais qu'est-ce que tu fous là ? Et tu... ça t'arrive souvent de buter des gens comme ça, sur un coup de tête ? Je... J'me suis inquiétée, merde. Et pas que moi.

Je me détournais quelques secondes du jeune homme en continuant à jurer à mi-voix de la manière la moins raffinée qui soit, afin de tenter de camoufler les quelques larmes que l'inquiétude, l'incompréhension et le soulagement mélangés avaient fini par faire couler. Je reniflai, et m'essuyai les yeux avec la manche recouverte de cendres de ma veste trop grande, laissant ainsi deux traces noires symétriques sur mes joues humides. Sans me préoccuper outre mesure de mon apparence déplorable – après m'avoir vue gerber au pied de sa maison, les deux misérables traînées de cendre de j'avais sur le visage ne changeraient sans doute pas l'opinion qu'il pouvait avoir de moi – je me tournais de nouveau vers Ercan, tout en essayant désespérément de m'y retrouver dans le fouillis inextricable que formaient mes émotions et mes sentiments.

- J'suis contente d'voir que tu vas pas trop mal, finis-je par murmurer avant de baisser le regard, sans savoir quoi ajouter.
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Kim
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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Dim 28 Juil - 19:32

Sans but apparent, le jeune 'homme' aux cheveux argent avait poursuivi son errance entre ruines et cendres de ce qui autrefois fut la merveilleuse cité des Elfes, Eärudien. Des Elfes et des quelques autres races attirées par la splendeur et la quiétude passées de cette cité à présent réduite à l'état de ruines. Eric n'était pas un Elfe, mais l'un de ces individus dont l'intérêt avait été attisé par la cité elfique. Car si l'Elémental était effectivement perdu, et errait hasardeusement, et si ses pas semblaient n'avoir aucun objectif, il demeurait à la recherche de quelque chose. Ou plutôt, de quelqu'un. Fixé sur un seul nom, oubliant tout le reste, le jeune Eren l'esprit du lancier s'accrochait à cette image fugace de l'homme souriant, qui avait été en quelque sorte le remplaçant de son Ange gardien les mois suivants sa transformation en Elémental. Jamais il n'avait réalisé l'importance de cet être qui avait veillé sur lui, qui l'avait empêché de commettre davantage d'erreurs. Encore une fois, il avait fui ce que son cœur lui disait, il avait fui tous ces sentiments, et les avait enfermés dans cette boîte qui tardait à s'ouvrir. Non pas qu'il la laissait fermée. Il l'avait ouverte, et elle laissait échapper petit à petit son contenu, forçant l'Elémental à réaliser certaines choses. Mais certaines choses, encore enfouies, étaient sorties trop tard, par la force. Le regard vide du jeune 'homme' ne voyait pas le ciel couvert qu'il semblait pourtant fixer. Seule l'image rémanente de cet homme qu'il avait viscéralement besoin de revoir le hantait, le reste de la réalité lui important peu.

Tout du moins jusqu'à ce qu'il sente se refermer sur son bras des doigts invisibles. Il se figea brusquement, et faillit laisser une nouvelle fois le champ libre à son Elément, mais se retint de justesse lorsque, du vide, s'éleva une voix qui lui était vaguement familière. Il y eut un léger son de crépitement, mais aucun éclair ne fit son apparition, alors que le regard écarlate de l'Elémental se darda sur l'endroit où se tenait, à priori, celle qui venait d'interrompre sa marche. Aurait-il été moins distant, probablement aurait-il entendu le bruit des pas de la jeune femme dans la neige, et en temps normal, il se serait retourné en se demandant quelle créature jouait à cache-cache en faisant autant de bruit. Mais le temps n'était pas normal – ouais il avait neigé... nan, blague à part. Sous son regard pourpre se dévoila peu à peu la silhouette d'une jeune femme plus petite que lui, aux yeux bleu-gris, au visage presque enfantin. Qui ne pouvait pas venir sans être accompagnée de ses jurons habituels. Sans vraiment savoir pourquoi, le jeune 'homme' aux cheveux argent détourna son regard de celui de la jeune femme et jeta un coup d'oeil aux environs, cherchant une licorne. Mais non, il n'y avait pas de licorne. Seulement une jeune femme unibottée cramponnée à son bras, l'assaillant de propos insolites.

Insolites... Mouais, de son point de vue, ce qualificatif n'avait pas vraiment de valeur. Mais lorsque quelqu'un vous sautait dessus en mode invisible puis racontait la vie de sa chaussure en guise d'explication, il y avait quand même de quoi vaguement s'inquiéter. Enfin, la botte perdue était loin d'être le seul sujet d'inquiétude du moment. Cette jeune femme lui était familière. Il la connaissait, il en était quasiment certain, mais une partie de son esprit refusait de la reconnaître, de mettre un nom et un contexte sur ce visage qui ne lui était pas étranger. Comme si cette partie savait qu'il avait commis une faute, et qu'il tentait de s'en protéger en l'oubliant. Les yeux rubis dévisagèrent la jeune femme, dénués de toute expression, alors que la demoiselle poursuivait à toute allure, posant des questions à un esprit relié à la réalité uniquement par une pensée, une image. Elle parlait de morts. Elle parlait d'absence. Elle parlait d'inquiétude. Et lui comprenait sans comprendre. Comme si la fonction 'interprétation' de son cerveau était partie en vacances sur les îles tropicales. Et alors que l'Elémental demeurait silencieux, et impassible, la jeune femme se détourna, jurant à mi-voix et... pleurant ? Oui, avant qu'elle ne se détourne, c'étaient bien des larmes que le jeune 'homme' avait vu dans les yeux de la jeune femme. Des larmes qu'elle essuyait à présent, et qui, se mêlant avec la cendre, avaient formé deux marques sans équivoque sur son visage quasi enfantin. Elle se tourna une nouvelle fois vers lui, et lui murmura des mots, des mots qui vinrent se ficher dans son cœur, bien plus intensément que cette image rémanente qui le quittait plus depuis que ses doigts avaient effleuré les murs de la maison de son ami Magicien.

Malgré cet étau qui se mit à lui serrer le cœur, le jeune 'homme' demeura silencieux, et leva son regard vermeil vers le ciel, y cherchant une réponse qui n'y était pas. La seule chose qu'il vit là-haut, ce furent les premiers flocons de neige qui se mirent à nouveau à tomber du ciel, avec une douceur et une tristesse infinie. Son esprit était tel ces nuages chargés d'eau cristallisée. Il ne savait qu'y voir. Jamais il ne s'était perdu ainsi dans les méandres de son propre esprit. Pas même lorsqu'il n'avait pu pleurer la mort de son Ange gardien. Et il le devait à Eric. Il baissa les yeux. Posa son regard vermeil sur la jeune femme.

« Elisha ? »

Presque un murmure, le nom avait été prononcé à voix basse, comme des mots que l'on prononce au réveil en ignorant tout de ce qui nous entoure. Ses yeux se baissèrent, et son regard vint se river sur ce pied nu et rougi par le froid, qui semblait avoir été malmené par cailloux et divers débris autochtones – même les trucs inanimés s'y mettaient, à présent...

« Ton pied... »

Il s'accroupit, sa tête arrivant à hauteur du genou d'Elisha, examinant de plus prêt la chair nue, mise à mal par le froid mordant et le sol jonché de débris et de cailloux. La jeune femme n'était vraisemblablement pas de ceux qui avaient l'habitude de marcher pieds nus, aussi ne devait-il pas particulièrement apprécier l'expérience. Il planta de sa main droite la lance qu'il tenait toujours dans le sol à côté de lui et chercha de sa main gauche la petite bourse de premiers soins qu'il avait en permanence accrochée à sa ceinture. Mais il se figea avant même d'en atteindre les cordons, remarquant les traces de sang qui présents sur le dos de sa main gauche. Ce sang n'était pas le sien. Il demeura immobile, perdu dans la contemplation de cette tâche vermeil, comme si la vision du fluide vital avait fait planté le dernier neurone d'urgence sain de son cerveau.

Elle avait parlé de mort. Elle avait parlé de gens qu'il avait tué. Il ne s'en souvenait pas. Parce qu'il était encore perdu dans cette tempête silencieuse qui faisait rage à l'intérieur de lui-même.

Il sentit son cœur s'accélérer. Il leva son regard vermeil vers Elisha. Un regard dans lequel on pouvait percevoir un éclat de peur et une lueur d'incertitude. Le sourire qu'il esquissa ne fut qu'une pâle imitation de son sourire habituel.

« Tu veux que j'te file la mienne ? »

Peut-être avait-elle perçu ce léger tremblement dans sa voix. Peut-être avait-elle perçu que rien n'était normal dans le comportement du jeune 'homme' – ce qui en soi aurait été remarquable, au vu de la difficulté avec laquelle on pouvait définir une norme pour Ercan. Et peut-être percevrait-elle ce funambule qu'était le jeune Eren, oscillant entre la lucidité et la folie, entre la peur et le doute, entre la lâcheté et le courage, entre la tristesse et la haine. Peut-être saurait-elle déceler ce que même lui ne voulait pas voir, ce que lui voulait fuir.

Mais il n'attendait rien d'elle. Il ne savait même pas ce qu'il voulait d'elle. Dans ce maelström, l'existence d'Elisha était une variable inconnue, une présence qui pouvait être aussi désirable que détestable.

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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Lun 29 Juil - 4:42


Je restai muette et immobile, attendant une quelconque réaction d'un jeune homme qui me fixait, l'air perdu, comme si nous n'avions absolument pas parlé la même langue. Des dizaines de questions se bousculaient dans ma tête, sans que j'ose les lui poser, ni même me les poser à moi-même. Je ne comprenais rien ; et j'avais étrangement l'impression que, pour lui non plus, la situation n'était ni maîtrisée, ni vraiment expliquée. Comme si une partie de son esprit avait subitement décidé de se lancer dans cette charmante expédition, sans trop prévenir les autres. Restait à savoir où il avait semé les parties restantes de son cerveau, à les retrouver puis à les recoller sans trop mélanger les pièces, et peut-être pourrions-nous alors partir de ce foutu endroit. En attendant, je voyais bien que le moment n'était pas idéal pour brusquer l'élémental, ni pour tenter de le forcer à quoi que ce soit : le coup de jus que j'avais failli me prendre lorsque j'avais attrapé son bras était un avertissement suffisant. Je savais par avance qu'Ercan Eren n'était pas la personne la plus simple à piger qui soit ; et pour qu'il décide de s'aventurer seul dans un tel lieu, il avait fallu qu'un truc encore moins simple à piger se trame dans sa petite tête. Je ne savais pas s'il avait envie de parler de ce genre de trucs avec moi, ni si je pouvais lui être d'une quelconque aide, et je me demandais s'il le savait lui-même. A cet instant, il avait juste l'air de s'être gouré de réalité, style 'mec qui vient de tomber de son lit, et qui s'est fait plutôt mal en tombant'.

Après quelques secondes de silence, le jeune homme finit cependant par donner signe de vie – certes, il n'avait pas l'air mort à proprement parler, mais on ne sait jamais –, murmurant mon prénom comme s'il avait douté de la réalité de mon existence. Je cherchai vainement quelque chose à dire, quelque chose qui aurait pu, peut-être, réchauffer quelque peu l'atmosphère que l'attitude légèrement anormale d'Ercan semblait congeler plus encore qu'elle ne l'était déjà. Enfin, je ne sous-entends pas que son attitude est parfaitement normale d'ordinaire ; seulement, n'ayant moi-même pas vraiment toujours la lumière à tous les étages, j'arrive plus ou moins à le suivre. C'est peut-être ce qui explique d'ailleurs que je me sente proche de lui comme de peu d'autres personnes, malgré le peu de temps qu'on a passé ensemble. Et, à ce moment, je sentais confusément que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Au fond, le fait qu'il se retrouve dans cet endroit n'avait eu d'inquiétant que les risques qu'il courrait en s'y aventurant seul, puisqu'il était visiblement le genre de personne qui se paumait un peu n'importe où. Une visite touristique dans une cité détruite, pourquoi pas après tout... Seulement, il ne semblait pas être juste géographiquement paumé, cette fois. J'ai toujours été plutôt mauvaise psychologue, mais rien que le fait qu'il ne se soit pas foutu de ma gueule en me voyant m'étaler de la cendre partout sur le visage me semblait plutôt troublant.

Coupant court à mes réflexions improductives, l'élémental se pencha vers mon pied, l'air un peu plus lucide que précédemment. Sans trop y penser, j'y portais à mon tour mon regard, avant de grimacer en le découvrant. Effectivement, c'était pas vraiment beau à voir. Cela dit, maintenant que j'étais engourdie par la neige dans laquelle je marchais depuis tout à l'heure, je ne sentais plus la douleur causée par tous les machins qui s'étaient plantés dedans, ce qui n'était au fond pas une mauvaise chose. Il fallait juste espérer que je ne perde pas mon pied en route, mais je n'en étais pas encore à ce stade. Cela dit, Ercan n'ayant répondu à absolument aucune des questions confuses que je lui avais posées, je ne savais pas toujours pas ce qu'il foutait ici, et n'avais donc aucune idée de ce qu'il comptait faire à présent. Continuer à errer au milieu des décombres, sans doute... Et je me voyais mal repartir et le laisser tout seul ici. Probablement que mon pied allait encore un peu morfler, donc.

Toujours accroupi, le jeune homme leva les yeux vers moi, sans que j'y décèle la lueur de malice qui s'y trouvait habituellement. Sa voix, son sourire, tout en était dénué ; et c'était peut-être la chose la plus à même de m'inquiéter en cet instant. Le fait qu'il me propose une chaussure était en lui-même banalement étrange, mais je voyais bien que l'ensemble sonnait faux. Et puis, je suis certes plutôt naze en psychologie, mais mon pouvoir d'empathie se charge de se genre de choses pour moi, que j'en aie envie ou non. Je n'avais pas eu l'intention de l'utiliser sur Ercan, d'ailleurs, mais ce n'est apparemment pas le genre de pouvoir qui demande l'avis de son possesseur avant de s'activer de lui-même. Cela dit, il était également possible que je sois juste une grosse brelle incapable de maîtriser ses pouvoirs, mais ça ne faisait sur le moment pas grande différence. Ouais, un truc clochait chez l'élémental. Je ne savais pas quoi exactement, et je n'avais aucune envie de le découvrir à son insu ; toujours est-il que j'étais à peu près certaine maintenant qu'il n'était pas venu ici pour découvrir la région. Je secouai la tête, dans l'espoir de repousser ce pouvoir plus pénible que pratique, et rendit malgré tout son sourire à Ercan.

- T'en fais pas, va, c'est presque agréable comparé à une morsure d'serpent. Et garde ta botte, j'crois que mon pied a plus grand-chose à perdre, là.

Je lui souris de nouveau, sans me forcer, soulagée malgré tout de le voir toujours vivant, quelles que soient les choses plus ou moins bizarres qu'il traversait – ou qui le traversaient. Je baissai de nouveau mon regard vers lui, et lui tendis la main pour l'aider à se relever. Je me doutais qu'il n'avait pas besoin de moi pour ça – ce n'était pas lui qui avait un pied daubé, après tout – mais j'imagine qu'une main tendue, c'est pas désagréable quand on ne sait plus trop où on en est. Et parce que je ne savais pas tellement comment lui signifier que j'avais envie de l'aider autrement que par images subliminales inutiles et stupides. Je suis pleine de bonne volonté, c'est tout de même dommage que mon cerveau suive pas...

- Ercan... Qu'est-ce que tu fous là ? J'sais que je me répète, mais j'suis pas venue ici exprès pour transformer mon pied en compote d'échardes, tu sais. Ni pour admirer les ruines. Alors, quoi qu'tu sois venu glander ici, j'vais t'aider maint'nant que j'suis là. Et essaie pas d'me dégager, j'risque d'avoir l'air con quand faudra expliquer ça à ta mère.


Je n'avais pas jugé utile d'évoquer de nouveau le cadavre croisé précédemment, estimant que j'avais rempli mon quota de la journée dans la catégorie 'lourdingue qui insiste'. Et puis, il me semblait que le jeune homme était mentalement en assez mauvais état pour ne pas avoir à affronter en plus une hypothétique culpabilité. Et ce n'était de toute manière pas à moi de tenter de lui imposer ladite culpabilité, peu importe ce que j'en pensais personnellement. Et puis, tenter de faire la morale à Ercan Eren était probablement plus insensé qu'autre chose, en particulier si c'était moi qui tentait l'expérience.

- J'imagine qu'on va r'partir, ça aurait pas trop d'intérêt de pique-niquer là, lâchai-je pensivement en contemplant avec désolation mon pied meurtri. Hem, dis voir... Tu veux pas m'filer tes chaussettes ?
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Kim
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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Lun 29 Juil - 21:28

Le corps entier du jeune 'homme' aux cheveux argent se figea. Son cœur rata un battement, et il ne put s'empêcher de retenir sa respiration pendant un court instant. Qu'Elisha soit là était une chose, il pouvait l'admettre, le considérer sans que tout ne bascule. Dans l'univers où il se trouvait à présent, la logique n'était plus que relative, et les questions de conséquences étaient absentes. Il ne pouvait se permettre de se poser de questions. Il ne le pouvait, car à ce moment-là, ce qui restait de sa lucidité s'évanouirait comme la flamme d'une chandelle soufflée par le vent. Mais il ne pouvait contrôler ce qui n'était pas de son ressort. Il ne pouvait pas faire abstraction des paroles de la jeune femme, qui le forçaient à naviguer davantage dans cette tempête intérieure, alors qu'il ne demandait qu'à se raccrocher à un repère certain, qui n'ébranlerait en rien ses fondations. Il avait cru que ce repère serait l'image rémanente de cet homme et ami qu'il ne voulait voir disparaître. Mais les visions d'antan étaient impitoyablement chassées par la réalité présente. Elisha. Cette jeune femme était une connaissance. Voire même plus qu'une connaissance. Un être qui ne lui aurait probablement pas voulu de mal, car dans le fond, il n'était certain que la Magicienne puisse vouloir du mal à qui que ce soit, pas même à une mouche. Mais à présent, il n'était plus sûr de rien, tant les choses lui paraissaient soudainement incertaines.

Sous le coup d'une impulsion, la main de l'Elémental vint brusquement saisir celle d'Elisha, la tournant légèrement afin qu'il puisse voir ce qu'il était advenu de la morsure de serpent. Ce événement, qui s'était perdu dans les méandres de l'esprit du jeune Eren, comme tout le reste, venait subitement de lui être rappelé, involontairement sans doute, par les paroles légères de la jeune femme. Mais qu'elles aient été légères ou non, elles avait fait mouche, amenant un nouveau changement dans l'esprit du jeune 'homme', telles une bourrasque violente qui aurait aussi bien pu chasser la tempête que l'aggraver. Le regard vermeil d'Ercan se posa sur les deux fines cicatrices, qui étaient tout ce qui restait de l'incident qui avait failli coûter la vie à la Magicienne. Deux marques fines et propres. Qui n'auraient pu dire à un inconnu que l'incident ne datait que du jour d'avant. Tout signe d'inflammation avait disparu, et ne restait qu'un mauvais souvenir pour celle qui avait failli périr d'une rencontre malencontreuse avec une bête plus petite qu'elle – ouais, d'habitude c'est l'inverse, mais bon. Mais davantage pour l'Elémental, dont le bras perdit toute tension, ses doigts s'ouvrant et sa main retombant mollement sur sa propre cuisse, étant toujours accroupi. Tout ce qu'il n'avait voulu considérer, tout ce qu'il avait fui le rattrapait brusquement, alors que son regard vermeil se perdit dans la contemplation du sol, saupoudré de flocons de neige.

Aller de l'avant. Il s'était toujours dit que, dans la vie, il fallait aller de l'avant. Ne rien regretter. Ne pas se morfondre. Ceux qui croisaient son chemin en tentant d'attirer l'attention du monde entier sur le poids de leur fardeau n'avaient reçu de sa part qu'indifférence ou mépris. Aussi ne regardait-il pas en arrière, sous prétexte que cela serait une faiblesse de sa part, qu'il serait vain de revenir sur ce qui avait été fait. C'était pour cela que ce matin même, il s'était relevé, et poursuivant une image et un fugace espoir, il était de nouveau allé de l'avant. Nonobstant ce qu'il avait laissé derrière lui. Manque de bol, ce qu'il avait laissé derrière lui l'avait rattrapé, en jouant à la femme invisible unibottée qui plus est. Manque de bol... ou pas. Il ne savait toujours pas s'il était heureux ou non de la présence de la Magicienne. La seule chose qu'il percevait à présent était cette douleur sourde qui étreignait son cœur, qui ne lui laissait aucun répit, qu'il regarde en avant ou en arrière. En avant, cet homme et ami dont la survie relèverait du miracle. En arrière, cette jeune femme qu'il avait délaissée alors qu'elle était aux portes de la mort. Et entre les deux... Lui, et la raison à présent obsolète de sa venue dans ces terres désolées.

Cette raison qu'Elisha voulait connaître. Cette raison qui lui paraissait si dérisoire à présent. Il était venu pour elle. Et était resté pour lui. Et maintenant, tout lui semblait être d'une futilité monstre. Il aurait presque pu en rire. Presque. D'un rire fou et brisé, un rire aussi triste que vain. Mais il n'en fit rien. Il ne s'en sentait même pas la volonté. A quoi bon rire de ses propres malheurs ? Cela n'avait rien de drôle. Lui, il riait des excentricités de la vie des autres et du monde. Pas de la sienne. Toujours silencieux, il finit par s'asseoir, et entreprit de défaire les boucles de sa botte droite, son regard demeurant éloigné de celui de la jeune femme. Doute. Culpabilité. Désorientation. Il en était à un stade où peu lui importait qu'Elisha remarque tout ceci dans son regard. S'il évitait celui de la Magicienne, c'était pour éviter que tous ces sentiments ne prennent encore plus d'ampleur, et qu'ils surpassent son détachement apparent et son dernier rempart, qui avaient déjà cédé une fois sans qu'il ne s'en soit souvenu.

En temps normal, il aurait déjà répliqué quelque chose à Elisha, à propos de l'état de son pied. Mais se souvenir de l'empoisonnement ne faisait que remuer le couteau dans une plaie béante, creusée un peu plus profondément à chaque fois que la culpabilité s'ajoutait à la lâcheté. Dans un silence pesant, il ôta sa botte et retira sa chaussette, avant de la tendre à la jeune femme. Croisant de nouveau son regard. Et esquissant une nouvelle fois cet ersatz de sourire dénué de sens.

« Prends en soin. T'es sûr qu'tu veux pas la botte ? »

Déjà, la moitié des propos qu'Elisha avait prononcé s'était évanouie de l'esprit de l'Elémental. La Magicienne aurait pu lui dire trois fois qu'il puait des pieds – ce qui n'était pas spécialement vrai au passage – il ne s'en serait pas rendu compte. Et si l'évocation de sa génitrice, Yuan Eren, avait bousculé les quelques neurones restant du jeune 'homme', celui-ci s'était empressé d'oublier. L'évocation de l'empoisonnement était déjà trop cuisante.

« J'reste, fit-il dans un murmure, son regard se perdant soudainement dans le vide. J'suis v'nu chercher un Magicien. »

Entre lucidité et monde à part, son esprit faisait des allers-retours, sans jamais s'abandonner à l'une ou à l'autre.

Aller de l'avant. En supportant ou en oubliant cette douleur sourde et cette plaie béante.

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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Mar 30 Juil - 4:23

Je me mordis la lèvre en observant la réaction que l'évocation de la morsure avait provoqué chez l'élémental. Décidément, j'étais fine psychologue... Je n'avais eu aucun désir de lui rappeler des souvenirs pénibles, pas plus que de lui reprocher quoi que ce soit vis-à-vis de ce qui s'était passé. J'étais vivante, en bon état – hormis mon pied congelé – et je n'avais pas de raison valable de lui en vouloir non plus. J'aurais aimé être capable de dire quelque chose, à cet instant, n'importe quoi de rassurant permettant d'annuler ma connerie monumentale. Un truc qui aurait permit à l'esprit déjà selon moi suffisamment embrumé du jeune homme de ne pas s'encombrer d’événements qui n'avaient après tout plus d'importance. Il y a des fois où, malgré tout, j'aimerais être une vraie magicienne, pleine de tact et de douceur, et tout ce qui va avec. Être au moins capable, si je ne pouvais guérir les plaies, de ne pas les ouvrir encore plus. A ce moment, j'aurais voulu plus ressembler à mon père, et posséder cette capacité qu'il avait de calmer n'importe qui uniquement grâce à cette sorte d'aura paisible et douce qui émanait de lui. Ça n'a jamais eu vraiment d'effet sur moi, cela dit ; je m'exaspérais bien trop rapidement de sa gentillesse et de sa sollicitude poussées à l'extrême. Je le regrette à présent, évidemment. Parce que j'aurais aimé savoir mieux profiter de la présence de mon père de son vivant, naturellement, mais aussi parce que, finalement, j'aurais eu beaucoup à apprendre de lui. Peut-être que si je l'avais pris un peu plus au sérieux, je n'aurais pas été aussi impuissante face à la détresse d'Ercan. Enfin, 'détresse'... Je ne sais pas si l'on pouvait réellement appeler ça comme ça. Je ne savais pas s'il était possible de donner un nom à l'état dans lequel se trouvait l'élémental. Et, bien évidemment, je ne savais pas comment l'en sortir. Ni même si c'était possible.

Sans y penser, je fixai à mon tour les deux minuscules blessures présentes sur ma main, à présent guéries et cicatrisées. Je baissai les yeux vers le jeune homme qui venait de s’asseoir pour ôter sa botte, l'air quelque peu amorphe, et entrouvris la bouche, cherchant vainement ce qu'il me faudrait dire pour qu'il reprenne pied dans la réalité. Je finis par abandonner, cependant, et me contentai de laisser passer un soupir entre mes lèvres ouvertes inutilement, désolée de mon impuissance à aider mon 'ami'. C'était toujours un peu comme ça, au fond. Je voulais aider, mais je n'avais ni les moyens, ni la manière de le faire efficacement. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle j'avais fini par rejoindre les protecteurs du bonheur, malgré mon désir initial de jouer à l'héroïne solitaire : seule, je n'étais pas capable de grand-chose. Sauf que cette fois, j'étais bel et bien seule. Seule avec mon incapacité à dire ou faire quoi que ce soit d'intelligent pour aider le jeune homme à se sortir de la mélasse mentale dans laquelle il semblait patauger.

Il avait fini par me tendre sa chaussette, que j'avais attrapée tout en refusant d'un signe de tête la botte qu'il me proposait à nouveau. Sans mot dire, j'écoutais sa voix basse, qui semblait presque creuse tant elle était dénuée de conviction, m'expliquer qu'il était venu chercher un magicien. Rien de plus. Des magiciens, il y en avait à peu près partout, et je me doutais qu'il ne s'était pas barré à des kilomètres de sa maison uniquement pour y dégoter un quelconque inconnu doué de pouvoirs magiques. Non,vraisemblablement, il était venu chercher quelqu'un en particulier ; une connaissance, un ami, un proche, un truc du genre. Et, s'il s'attendait à trouver ce mec en train de glander je ne sais quoi dans sa maison d'Eärudien, il était assez logique que la vue de la cité détruite lui ait fait oubliet le reste du monde – ainsi qu'éventuellement une partie de lui-même.

Je baissai de nouveau les yeux vers le jeune homme, gardant pour moi les réalités cruelles que j'aurais peut-être osé avouer à n'importe qui d'autre. Je savais à quel point il était peu probable que celui qu'il était venu chercher soit toujours vivant, et la difficulté que nous aurions à le retrouver si jamais c'était le cas. A quel point les espoirs d'Ercan – si espoirs il y avaient – risquaient d'être brisés, à quel point sa démarche était vouée à l'échec. Je savais qu'il était ridiculement inutile de continuer à chercher dans ce tas de ruines un homme qui n'était probablement plus depuis longtemps. Et, pour cette fois, je décidai de garder ma franchise pour moi, désireuse de préserver les quelques repères auxquels l'élémental pouvait encore se cramponner. Préserver ce qui restait du Ercan que je connaissais dans ce jeune homme aux airs désorientés. C'était sans doute lâche et faible, surtout de la part de quelqu'un qui n'avait pas pour habitude d'épargner ceux qu'elle tentait d'aider, mais je refusais de le voir sombrer. Ou du moins d'y contribuer plus que je ne l'avais déjà fait.

Je ne fis donc aucun commentaire et me contentais d'acquiescer, avant de m'asseoir près du jeune homme pour enfiler la chaussette gentiment prêtée. Il était rare que je ne sache pas quoi dire. Ce n'était pourtant pas la première fois que je me trouvais face à une situation semblable : après une catastrophe, il est assez courant que les gens soient paumés, désorientés, anéantis, tout ce que vous voulez... Et c'était bien la première fois que je me retrouvais aussi conne, sans aucun début d'idée qui m'aurait permit de me rendre un minimum utile à celui qui se trouvait en face de moi. Tout ce que j'avais fait pour l'instant vraisemblablement fait qu'accentuer son malaise, et ça ne me donnait pas tellement envie de retenter ma chance... C'est sans doute plus facile de venir en aide – enfin, de tenter de le faire – à des inconnus, au fond. Je me sentais bien trop proche d'Ercan pour pouvoir le traiter comme n'importe qui d'autre ; mais, d'un autre côté, je ne le connaissais pas assez bien pour savoir comment j'étais censée réagir face à son état légèrement inquiétant. J'hésitais entre l'envie de le secouer, de le ménager, et de lui coller une tarte histoire de lui remettre les idées en place, sans parvenir vraiment à savoir quelle technique pouvait avoir un effet positif sur lui. Aucune des trois, probablement.

- Si tu restes, j'reste aussi, finis-je par murmurer sans le regarder. Et, euh... J'cherchais pas à te faire culpabiliser, avec l'histoire du serpent. J'vais bien, merde. J'sais que j'suis un peu maladroite, mais je t'reproche rien, j'voulais quand même que tu l'sache. J'serais morte au moins deux ou trois fois, sans toi, en plus. Alors j'te remercie plus qu'autre chose.

Je lui jetai un regard en coin, avant de passer une main dans mes cheveux pour en dégager la neige qui s'y déposait lentement. J'hésitai à faire de même pour Ercan avant de me raviser, consciente que ce geste un peu trop familier n'avait sans doute pas sa place ici. Ou peut-être que si. Mais, encore une fois, tout était bien trop incertain pour que j'ose tenter quoi que ce soit. J'avais le sentiment que, depuis que j'avais retrouvé le jeune homme, tout était figé en une sorte d'équilibre particulièrement précaire. Un équilibre que j'hésitais à briser ; qui sans doute permettait à l'élémental de ne pas s'effondrer, mais l'empêchait d'avancer réellement. Avancer... Oui, mais vers où ? La question se posait, géographiquement autant que psychologiquement. Si l'on ne retrouvait pas le magicien – ce qui avait de très fortes chances d'arriver – que ferait-on alors ? Une mort ne s'affronte pas de la même manière qu'une disparition. Une disparition laisse les choses en suspens ; et, contrairement à la mort, ne détruit pas tous les 'peut-être' qui permettent encore d'y croire, d'espérer un miracle ou je ne sais quoi d'autre. Je saurais pas dire si c'est une bonne chose ou non, mais j'imagine que rester dans l'incertitude rend forcément les choses plus compliquées...

- ça sert p'têtre à rien de rester par là, tu sais. A part des charognards, y a plus grand-monde, ici. Les rescapés sont presque tous planqués autour de la ville, on aura sans doute plus de chances de r'trouver ton magicien là-bas. Enfin, j'espère.


J'avais beau tenter de parler sur un ton léger, je n'avais pu empêcher ma voix de trembler un peu. Je ne voulais pas flancher, ni avouer à l'élémental à quel point il était peu probable que nous parvenions à nos fins. Je sentais que, puisque je ne m'étais pas décidée à le briser, c'était à présent aussi à moi de maintenir cet espèce d'équilibre fragile et précaire qui permettait peut-être à Ercan d'être toujours debout. Je me tournai de nouveau vers lui, cherchant son regard pour y planter le mien, d'une douceur inhabituelle mais non feinte. Et, nonobstant les risques d'électrocution auxquels je m'exposais, je glissai délicatement ma main dans la sienne, en un geste irréfléchi tout autant que spontané. Après tout, si je ne pouvais lui apporter un quelconque soutien moral, peut-être un soutien physique serait-il le bienvenu...
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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Mer 31 Juil - 13:19

Un silence pesant. Auquel était totalement indifférent l'Elémental de Foudre, tant il était perdu dans les méandres de son esprit se trouvant dans un état déplorable. En temps normal, il aurait fait un commentaire un peu naze du style 'on enterre quelqu'un ou quoi ?' - naze et de mauvais goût, tiens – mais à présent, il se rendait à peine compte du malaise de la jeune Magicienne. Jamais dans sa vie n'avait-il cherché à ménager qui que ce soit, jamais il n'avait fait preuve de réelle empathie envers un autre. Peut-être était-ce parce qu'avant, il avait un emplumé à ses côtés qui savait très bien le faire – et deux fois trop de guimauve, ça rendait malade. Mais à présent il était seul et stupide, à la recherche de repères qu'il avait perdu avec une facilité monstre. Aux yeux d'autrui, Ercan Eren était certes un être étrange, aux lubies singulières, mais tous auraient été à eu près d'accord pour affirmer que la confiance en soi n'était pas une chose qui manquait à cet 'homme'. On ne pouvait être d'une telle désinvolture lorsque l'on ne croyait pas un minimum en soi-même et en ses capacités. Mais même cela s'était évanoui dans cette tempête intérieure et silencieuse, qui ne laissait apparent aux yeux du monde qu'un être apathique et deux de tension – voire même un de tension, tellement c'était pas fameux.

Lorsque Elisha eut prit la chaussette que lui tendait l'Elémental, celui-ci entreprit de renfiler sa botte, son regard de nouveau rivé vers le sol, alors que les flocons de neige se déposaient avec douceur et fraîcheur sur son pied nu. Mais à cela aussi, il était indifférent. En réalité, si il avait insisté pour que la jeune femme prenne sa botte, c'était parce que sa propre réalité physique lui était devenue si étrangère qu'il était devenu insensible au baiser froid et mordant du gel et de la neige. Ce corps et la magie qui le traversaient lui étaient devenus si accessoires... Ils ne réagissaient que d'instinct, et c'était probablement pour cela qu'il avait failli électrocuter Elisha lorsqu'elle avait empoigné son bras en sortant de nulle part. Tout était si étrange. Si inhabituel. Il avait fini par considérer sa magie et son Elément comme parties de lui-mêmes, alors qu'il n'avait pu le faire immédiatement après sa transformation, et à présent, il leur abandonnait même une partie de son contrôle, comme si s'occuper de son esprit perdu était bien trop prenant pour qu'il puisse également se concentrer sur tout le reste. Et c'était probablement le cas. Occupé à courir après des images et des chimères, à tenter de se raccrocher mentalement à quelque chose, il en avait oublié une partie de lui-même, qui réagissait plus par automatisme qu'autre chose.

Une fois les boucles de sa bottes refermées, le jeune 'homme' aux cheveux argent demeura immobile et silencieux, son regard toujours rivé sur ce sol saupoudré de blanc. Si auparavant, il s'était en allé, marchant mécaniquement vers un but fixé, sans s'arrêter une seule fois, à présent, il trouvait bien plus difficile de se relever pour continuer. Difficile... ou inutile. Il sentait, quelque part, que la présence d'Elisha était peut-être bien assez, que chercher davantage dans ce lieu dénué de vie était vain. Mais il ne pouvait également abandonner cette image rémanente, il ne pouvait se résoudre à laisser encore une chose derrière lui, alors qu'elle pouvait se trouver bien avant. Un murmure finit par franchir les lèvres de la jeune femme, un murmure qui, cette fois-ci, fit entièrement son chemin jusqu'à la case 'interprétation' de l'Elémental – ouais, la case... si on disait qu'il manquait des cases à Ercan, ce n'était pas pour rien. Mais il ne sut qu'y répondre. Car, bien qu'il ait entendu l'intégralité des propos de la jeune femme, il ne sut comment y réagir. L'honnêteté était l'un des traits principaux de la Magicienne, aussi pouvait-il déduire, quelque part au fin fond de son esprit perdu, que son interlocutrice était honnête. Et il ne sut si ses paroles furent un soulagement ou une peine. Une part de lui-même se sentait plus légère de ne pas avoir à porter davantage le fardeau de la culpabilité. Mais une autre lui disait qu'elle avait tort, qu'elle avait tort de pardonner aussi aisément. Tort d'encourager la lâcheté dont il faisait constamment preuve.

Aussi demeura-t-il silencieux, le regard encore et toujours fixé sur le sol. Il avait beau être habituellement franc, il l'était déjà beaucoup moins en ce qui concernait sa propre personne. Jamais n'avait-il aimé évoquer les sentiments qui le rongeaient et l'habitaient. Il ne s'était confié qu'une seule fois dans sa vie. Par la suite, ses proches avaient toujours su voir à travers lui sans qu'il ne dise rien, et cela lui avait à la fois toujours convenu et toujours dérangé. Oui, au fond, Ercan était un type qui ne savait pas ce qui voulait.

Une nouvelle fois, la voix de la jeune femme s'éleva. Une tentative d'entretenir ce vague espoir auquel il se raccrochait, un vague espoir qu'il savait à la fois vain et salvateur. Et, malgré cette contradiction, dont s'était peut-être rendu compte Elisha, il ne put s'empêcher de ressentir un soupçon de gratitude, venant vers la tempête afin d'en ralentir vents et turbulences. Et pas seulement de la gratitude. Il y avait autre chose, qu'il ne pouvait nommer, qui semblait également amener une once de quiétude dans son cœur agité. Et alors qu'il bataillait de nouveau pour trouver ses repères dans un océan un peu moins troublé, il sentit la main de la Magicienne se glisser dans la sienne.

« J'sais bien, fit-il à mi-voix. »

La main du jeune 'homme' se referma doucement sur celle d'Elisha, sans aucune brutalité. Il n'aurait pu la blesser de toute façon. Il n'aurait pu blesser cette main à la fois froide et chaleureuse, dénuée d'hostilité physique ou psychique. Les yeux du jeune 'homme' se fermèrent avec lenteur, tandis qu'il profitait de ce nouveau contact, cherchant son chemin entre désespoir et résignation. Les quelques mots qu'il venait de prononcer répondaient tout aussi bien à la tentative de remerciement d'Elisha qu'à son conseil. Au fond, il savait bien que la Magicienne ne pourrait pas le blâmer. Et au fond, il savait bien que tout ce qu'il faisait à présent était d'une inutilité monstre. Il le savait bien...

« Pourquoi... »

La fin de la question tomba dans le silence, l'oubli et l'incertitude. Pourquoi était-elle là ? Pourquoi était-ce arrivé ? Pourquoi est-ce que le sort s'acharnait ? Son esprit fragile oscillait entre la lucidité... et tout le reste. Ses doigts fins se refermèrent davantage sur ceux de la Magicienne, sans pour autant les lui broyer, comme s'il tentait à présent de se raccrocher à ce repère matériel. Il finit par tourner la tête vers la Magicienne, et la dévisager, comme si il la découvrait une énième fois.

« Tu veux ma deuxième chaussette ? »

Du grand n'importe quoi. Mais peut-être était-ce le signe d'un léger changement. Positif ou négatif, rien ne pouvait encore le déterminer.

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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Mer 31 Juil - 21:28

Je sentis, lorsque les doigts d'Ercan se refermèrent sur les miens, que le moment légèrement gênant que nous traversions venait de se terminer. Non, il n'allait pas mieux, et je n'avais trouvé aucune formule magique capable de l'aider. Seulement, je n'étais plus une étrangère, contrainte à me morfondre dans mon impuissance. En un sens, il me semblait que l'élémental, en plus d'accepter ma main, venait d'accepter ma présence, et éventuellement l'aide que j'avais à lui offrir –  même si je n'étais moi-même pas tout à fait certaine d'être capable de faire quelque chose pour lui. D'un côté, peut-être que ce n'était pas si bon signe, qu'un type indépendant comme il l'était s'abandonne, rien qu'un peu, à quelqu'un comme moi. Et pourtant, j'en étais heureuse, presque autant que surprise. Je ne savais pas vraiment s'il s'agissait de la marque d'une certaine confiance, ou simplement le signe qu'il était encore plus paumé que je ne me l'imaginais ; mais quoi qu'il en soit, j'étais contente qu'il ne tente pas de se dégager. D'ailleurs, c'était plutôt étrange aussi, étant donné que je n'aime en général pas tellement tout ce qui s'apparente au contact physique. Avec Ercan, c'était différent, cependant, et je me rendais compte, de manière confuse, que cela n'était pas uniquement dû aux circonstances. Mais, le moment n'étant pas particulièrement bien choisi pour une introspection qui risquait de toute façon de ne pas aboutir à grand-chose, je choisis de ne pas m'en préoccuper outre mesure.

Je posai un regard désabusé sur le paysage alentour, me demandant ce que nous allions faire ensuite. Même si je parvenais momentanément à apaiser un peu l'élémental – ce qui n'était pas non plus garanti – je ne pouvais le dissuader de partir à la recherche de son ami. Je ne le voulais pas non plus. J'ai beau être nulle en psychologie humaine – oui, je me débrouille mieux avec les licornes – je me rendais compte qu'avant de savoir ce qu'il était advenu de l'homme qu'il cherchait, aucune paix réelle ne serait envisageable pour Ercan. C'était logique, en soi, et je n'avais ni le désir, ni la force de le dissuader de se lancer dans cette entreprise qui s'avérerait presque à coup sûr vaine. Enfin, qui sait... Il y avait des survivants, après tout, même si je ne savais exactement combien. Mais, pour survivre, il avait bien fallu qu'ils fuient la ville à un moment où à un autre, et il était peu probable qu'ils soient ensuite revenus dans cet endroit détruit qui n'avait plus rien d'accueillant... Ils pouvaient se planquer n'importe où, à présent, attendant qu'on leur vienne en aide ou espérant simplement qu'on leur foute la paix jusqu'à la fin de leur vie. Malgré cela, et même si cet espoir était bien trop ténu pour que l'on puisse se raccrocher à lui, il était possible que nous ayons de la chance. Enfin, de la chance... Je savais à quel point il était cruel de penser ainsi. Trop de personnes avaient été tuées pour que la survie d'un seul être puisse réellement être considérée comme une chance, au  fond. S'il avait survécu, alors cela signifiait, en un sens, que quelqu'un d'autre était mort à sa place, et l'on ne pouvait qu'égoïstement s'en réjouir. Mais j'imagine qu'il s'avère difficile de penser autrement, lorsque l'on perd un proche dans un événement comme celui-ci.

Absorbée par mes pensées, je sursautai presque en entendant de nouveau la voix d'Ercan. Un début de question, rien de plus. Je ne tentais pas de deviner ce qu'il avait voulu demander ; ça avait finalement peu d'importance. Quelle que puisse être la question, je n'avais probablement pas la réponse. Je ne savais même pas pour quelle raison cette ville paisible avait été détruite, pas plus que je ne comprenais la violence des hommes en général. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais là, ni d'où me venait cette volonté constante mais pratiquement irréalisable d'aider ceux que je rencontrais. Et je savais encore moins d'où me venait cette affection toute particulière pour l'élémental, qui m'avait poussée à le chercher au milieu de ses ruines, et qui  à présent ne me laissait d'autre choix que de l'aider dans ce qu'il avait entreprit. Mais mes sentiments pour Ercan, bien que pas très définis, étaient à peu près la seule chose certaine et stable au milieu de toute cette incertitude, et peut-être leur simple présence suffisait-elle à apporter un peu de logique à cette situation bancale.

Sans tenter de répondre à la question muette du jeune homme, je me contentais de serrer à mon tour sa main un peu plus fort. Une manière un peu détournée de lui dire ce que je ne pouvais réellement prononcer à haute voix : "je suis là, et je te laisserais pas tomber." Une façon comme une autre de l'accompagner dans ce qu'il traversait. J'aurais aimé avoir plus à lui offrir qu'un simple contact physique, ou au moins être capable d'exprimer tous les sentiments confus qui se mêlaient en moi à cet instant ; mais, comme toujours, je les gardais pour moi, consciente qu'ils ne feraient qu'embrouiller encore plus son esprit, et le mien avec. La douceur du contact de nos deux mains suffirait, peut-être, à apaiser la douleur qui le rongeait comme elle apaisait mon inquiétude. Je n'en savais rien, à vrai dire. Mais espérer ne coûte pas grand-chose.

Je ne pus m'empêcher d'esquisser un sourire lorsqu'Ercan me proposa un second don de chaussette. Même dans son état à la limite de l'apathie, il restait égal à lui-même. Ou faisait semblant. Mais, étrangement, ce ton légèrement faux et incertain qu'il avait eu précédemment semblait avoir disparu, momentanément du moins. Mais je n'aurais su dire s'il allait un peu mieux, ou s'il faisait simplement mieux semblant. Peut-être n'avait-il plus vraiment de raison de faire semblant, cela dit, étant donné qu'il y avait belle lurette que j'avais deviné qu'il n'était pas dans son état normal. Cela dit, se mettre à parler chaussettes dans un moment comme celui-ci n'était habituellement pas un signe de très bonne santé mentale ; mais, au vu de ce que je connaissais de mon interlocuteur, ça me semblait plus être une amélioration qu'autre chose.

- Ouais, j'veux bien, c'est gentil. J'recommence à m'les geler,
lâchai-je avec dépit.

En effet, à présent que mon pied avait un peu décongelé, j'avais de nouveau froid. Et pas qu'au pied... Il allait falloir qu'on finisse par repartir, quoi que l'on fasse ensuite, s'il l'on ne voulait pas finir par rester ici en mode statues de glace. Je me secouai un peu pour faire tomber la neige qui se déposait lentement sur mes épaules, puis passai doucement ma main libre sur celles du jeune homme, qui semblait décidé à se laisser stoïquement ensevelir. On aurait l'air malins, s'il choppait une pneumonie en plus du reste... Une pneumonie que je serais incapable de soigner, tout comme le 'reste' en question, d'ailleurs. Rien que pour ça, j'imagine qu'être élémental doit être plutôt pénible.

- Faudrait qu'on bouge tant qu'on en est encore capable, avant d'être transformés en tas d'neige, déclarai-je doucement. Oh, et euh... J'imagine que même si tu t'en rends p't'être pas compte, tu dois avoir un peu la dalle. Moi aussi, d'ailleurs. J'ai pris deux-trois trucs en partant de chez toi, ça s'rait pas mal que t’avales quelque chose.

Sur ces mots, j'extirpai de mes poches un morceau de pain, cinq ou six machins qui semblaient être des gâteaux secs, et deux pommes – ou l'avantage d'avoir de grandes poches. Sans lâcher la main du jeune homme, je posai les quelques victuailles entre nous, espérant qu'il accepterait de manger un truc. Je ne m'en rendais compte que maintenant, mais, pour ma part, je crevais de faim - ce qui n'avait rien d'étonnant, puisque j'avais gerbé mon dernier repas devant la maison des Eren. Je m'emparai d'un des biscuits, que je grignotai lentement, considérant que me jeter sur la bouffe comme une dégénérée n'aurait pas été très malin au vu de la petite quantité que nous avions à disposition.

- C'est pas mauvais, c'truc, mais c'est sec. 'Faudrait du thé pour accompagner,
glissai-je avec un léger sourire. Remarque, sans doute que j'le foutrais encore par terre, j'ai les doigts congelés. Enfin, juste ceux-là, fis-je en désignant d'un mouvement de tête ma main 'libre'.

Oui, ma main droite, qui tenait toujours celle du jeune homme, devait bien être un des seuls endroits où je n'avais pas froid. Et, bien entendu, il n'y avait – enfin, n'y avait plus – ici aucun endroit qui aurait pu nous permettre de nous abriter un tant soit peu. D'un point de vue extérieur, j'imagine qu'on devait avoir l'ait assez bizarre, main dans la main, à se les geler l'un à côté de l'autre sans bouger d'un poil. Mais, de toute façon, il n'y avait personne ici pour observer l'étrange duo enneigé que nous formions...
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Kim
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MessageSujet: Re: De cendres et de neige [PV Elisha]   Ven 2 Aoû - 23:21

Une esquisse de sourire, sincère cette fois-ci, fit un bref passage sur les lèvres du jeune Eren. Et il ne savait pas vraiment pourquoi, parce qu'en soi, qu'Elisha se gèle les pieds à attendre sous la neige n'était pas franchement des plus drôles. Il ne savait pas pourquoi le contact de cette main, pas si chaude que cela, lui faisait un tel effet, alors qu'il avait touché des centaines de mains durant sa vingtaine années de vie, sans que cela ne provoque en lui cette sensation d'apaisement et de quiétude. Le jeune 'homme' aux cheveux argent laissa échapper un soupir, de lassitude et de soulagement mêlés. Il ignorait pour quelle raison le poids qui semblait avoir pesé sur ses épaules jusqu'à présent semblait s'alléger. Sans pour autant disparaître, mais il sentait là un changement, pas des plus désagréables. Ce vent nouveau, qui avait soufflé avec douceur sur son esprit tumultueux, était parvenu à en apaiser quelque peu les remous et instabilités. Cette main petite et froide était un repère, un repère bien plus concret que cette image rémanente qui l'avait autant sauvé que désespéré. Mais il ne pouvait laisser cette image derrière lui. Car si à présent il pouvait sentir à ses côtés la présence d'un soutien, l'espoir, lui, demeurait ailleurs. Loin, et quasiment inatteignable. Et pour son propre salut, il devait faire quelque chose de cet espoir. Le poursuivre. Ou le briser lui-même. Mais il n'avait pas la force de l'abandonner, car cela aurait signifié que sa vie deviendrait encore plus dénuée de sens qu'elle ne l'était auparavant.

Après tout, pourquoi avait-il vécu ? Tzariel lui avait dit de faire quelque chose de cette vie que son Ange gardien avait sauvée au mépris de la sienne. Lui avait dit de donner un sens à sa vie. Peu à peu, il s'était ouvert à cette nouvelle existence non humaine, imprégnée d'une magie étrange pour l'être qu'il avait été. Peu à peu, en tâtonnant, il avait cherché, alors qu'il poursuivait ses errances, à la fois par plaisir et par nécessité. Il avait cherché, et en un sens, trouver une raison à son existence était devenu la raison même de son existence. Mais une concept aussi bancal ne pouvait survivre éternellement, et avait de ce fait succombé à cette violente agression mentale qu'avait constitué la vision d'une Eärudien en cendres, dénuée de vie et de survivants. Alors il avait dû trouver une nouvelle raison. Aussi illusoire, aussi chimérique soit-elle. Et il ne pouvait l'abandonner à présent. Car au fond de lui, il sentait que s'il l'abandonnait, il serait hanté à jamais par ses propres regrets, et par les reproches d'un autre spectre le hantant – celui de son Ange gardien. Peut-être était-ce le fait même de devoir sa vie à un autre, qui était mort pour cela, qui avait donné naissance à cette existence tordue et en partie illogique d'Ercan. Sa vie n'était pas la sienne. Et cela, quoi qu'il en dise, l'avait toujours perturbé au plus haut point.

Les yeux de l'Elémental se fermèrent un instant, alors que son esprit se tendait vers cet Elément qui l'habitait, pour une raison inconnue. En vérité, même si la raison semblait l'emporter peu à peu sur la folie, la plupart des actions présentes du jeune Eren n'avaient aucun fondement logique, et chacun de ses actes étaient soit guidés par l'instinct, soit par des sentiments confus et inextricables les unes des autres – peine, tristesse, désespoir, attente, et autres encore. Mais de tout ce qu'il avait entrepris ce jour-là, une seule raison claire et précise demeurerait, telle qu'il l'avait énoncée précédemment : il était venu chercher un Magicien à Eärudien. Ce bref contact psychique avec son Elément, avec cette Foudre qui faisait partie de lui-même, suscita dans son esprit désorienté de nouvelles questions, qu'il préféra passer sous silence, préférant se raccrocher à cette main qui lui servait de repère et de soutien. Tant de choses incomprises, perdues ou bouleversées se trouvaient encore dans son esprit...

Elisha, égale à elle-même, ne tarda pas à accepter la proposition de l'Elémental. Enfin, le don de chaussette de l'Elémental. Qui se figea à nouveau lorsque le terme 'gentil' sortit des lèvres de son interlocutrice. Son regard vermeil se baissa de nouveau vers le sol enneigé, fixant absentément les flocons qui avaient commencé à s'accumuler sur la terre et les débris. Un nouveau contact physique le fit toutefois sortir de son apathie, bien plus aisément que la première fois que la Magicienne lui avait agrippé le bras. Comme si le jeune 'homme' avait accepté la présence d'Elisha dans ce monde particulier qui était le sien.

« Je n'suis pas gentil... lâcha à mi-voix le jeune Eren. »

Ce n'était pas vraiment une plainte. Ni un apitoiement. Mais une simple remarque. Un constat, lâché dans le vent alors que la Magicienne s'était mise à fouiller dans ses poches pour en sortir quelques victuailles, que le jeune 'homme' aux cheveux argent considéra sans vraiment s'extasier. Il n'avait pas faim. Car la faim faisait partie de ses dernières préoccupations, des dernières choses qui traversaient son esprit perturbé. Machinalement, la main du jeune Eren vint toutefois se refermer sur l'une des pommes sorties des poches géantes de la jeune femme. Et, sans grande surprise, il se perdit de nouveau dans la contemplation du fruit, comme il se serait perdu dans la contemplation d'une pelle ou d'une cuillère dans les mêmes circonstances. Il réussit tout de même à prêter une oreille distraite aux propos de la Magicienne, remarquant du coin de l'oeil son sourire. Il leva la pomme à hauteur d'yeux, semblant poursuivre sa contemplation totalement inutile, puis finit par lâcher, distraitement :

« Eric aime les pommes. Et l'thé. »

Le jeune 'homme' continua à observer la fameuse pomme pendant une demi-seconde supplémentaire, puis finit par croquer dedans, se servant de sa main libre pour manger, laissant délibérément l'autre en contact avec celle d'Elisha. Il avala sa première bouchée, puis rajouta :

« Et l'thé à la pomme. »

En vérité, il y avait bien plus à cela. Il aurait pu ajouter que c'était également Eric qui lui avait appris à faire correctement le thé. Qu'en dépit des apparences, le Magicien était un cuisinier hors norme. Mais tout ces souvenirs étaient encore pris dans cette tempête intérieure, qui, si rappelée brusquement à l'Elémental, risquait de nouveau de l'emporter loin de la réalité. Voire de le briser. L'Elémental posa sa pomme entamée sur son genou, et entreprit, toujours de sa main libre, de défaire les attaches de sa deuxième botte – en galérant un peu, parce qu'avec une seule main, c'est toujours moins facile. Si bien que la pomme finit par choir dans la neige, roulant sur un centimètre.

« Et les pommes givrées, compléta-t-il en jetant un regard perplexe au fruit. »

Il rattrapa la pomme, et nonobstant la neige qui la maculait à présent, croqua une nouvelle fois dedans. Et la garda entre ses dents, le temps de finir d'enlever sa botte et de tendre sa chaussette à Elisha.

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