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 Ce futur que l'on construit [Event]

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Kim
¦ Designeuse - Truc qui traîne
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MessageSujet: Ce futur que l'on construit [Event]   Ven 16 Aoû - 14:48


Partie II – ???


« Alors toi aussi tu veux sauver le monde ? »

Je fermai doucement les yeux, et me forçai à respirer calmement. La brise nocturne et le murmure rassurant des végétaux alentours sembla apaiser mon esprit, soudainement mis à mal par cette voix que je ne pensais plus entendre pendant au moins une décennie. Une voix méprisante, chargée d'une haine qui n'avait pas fini de se tarir. Une haine légitime, qu'il me fallait accepter, sans fuir, sans répliquer. Nonobstant la présence quasi hostile dans mon dos, je m'avançai vers le précipice, rouvrant les yeux et rivant mon regard sur la lune éclairant une nuit calme et paisible, accompagnée de multiples étoiles profitant d'un ciel dégagé pour se manifester aux yeux du monde. Je m'arrêtai à un mètre à peine du vide dans lequel je m'étais jeté des semaines plus tôt dans l'espoir de donner à ce monde un futur meilleur, sans me douter qu'il ne s'agissait là que d'un premier pas, l'enclenchement de cette machinerie grandiose qui nous amènerait à lutter nous-mêmes pour ce à quoi nous aspirions. Et pour éviter cette vision d'horreurs qui nous avait été imposée brièvement, avant que nous y soyons plongés encore plus longuement afin d'appréhender ce futur dont nous ne voulions plus. Du moins, nous, qui avions répondu présents aux appels des Maîtres du Temps. Quelque part, je ne pouvais m'empêcher de m'interroger sur les autres, sur ces hommes et femmes que j'avais vus dans le futur, qui partageaient le pouvoir afin de garder l'ascendant sur le monde lui-même. Ces êtres étaient-ils d'ores et déjà en train de comploter à l'avènement de cette ère funeste, ou n'avaient-ils guère eu le choix en voyant la ruine qui leur était promise s'ils ne se rangeaient pas du 'bon' côté ?

Je laissai échapper un soupir de lassitude. Penser à de telles choses ne résoudrait vraiment pas le problème, et ne servirait qu'à me faire des nœuds supplémentaires dans mon pauvre petit cerveau, qui n'avait pas besoin de ça. Déjà qu'il avait été fortement bouleversé de voir une image de moi-même agonisant dans une cage de fer, de magie et de douleurs... L'image de moi-même ayant abandonné tout espoir, n'attendant qu'une fin qui ne viendrait pas, vivant pour souffrir demeurait dans mon esprit, et je ne parvenais à m'en défaire. Etais-je si faible ? Oui, je savais que j'étais faible, que je n'étais ni un héros ni un grand de ce monde. Mais voir mon futur aussi désolant ne faisait qu'affirmer un peu plus ce complexe d'infériorité que je nourrissais depuis mon enfance passée dans un manoir habité d'enfants surdoués, partageant le même patronyme que moi. Et pourtant, malgré ce complexe, je ne voulais pas reculer. Je voulais essayer, essayer de faire quelque chose pour ce futur déplorable, car dans le fond, je savais que les petites actions de plusieurs pouvaient amener un résultat. Pas besoin d'être un héros ou quoi que ce soit. Et puis... Ce moi que j'avais rencontré dans le futur avait beau avoir abandonné l'espoir, j'avais senti une chose chez lui, chez moi : l'absence de regrets. Il n'attendait que sa mort, mais ne regrettait pas d'avoir résisté. Bien sûr, cela était bien peu par rapport à sa peine, mais je ne pouvais m'empêcher d'être un poil fier de ce constat. Quelle que soit l'issue, je ne regretterai pas. Même si j'espérais tout de même que nous parviendrions à changer le futur, quelle que soit la manière dont nous devions nous y prendre.

D'ailleurs... Je me retournai enfin, plongeant mon regard gris acier dans celui améthyste de l'homme qui n'avait cessé de me fixer depuis qu'il était parvenu au sommet du Rocher, quelques minutes après moi. Les Maîtres du Temps avaient prévu d'agir, et avaient besoin que nous nous regroupions. Probablement pas tous au même endroit, mais toujours était-il qu'il avait fallu que je gravisse à nouveau ce Rocher au Clair de Lune, et attendre que les autres convoqués nous rejoignes. La présence de cet homme que je ne pensais plus jamais revoir était-elle due à un simple hasard ? Je n'aurais su deviner toutes les choses qui se passaient dans l'esprit complexe des Maîtres du Temps. Et à vrai dire, je n'étais pas vraiment sûr de le vouloir. A présent que nous étions là dans un but commun, il aurait été ridicule de se raviser à cause de la simple présence de celui que j'avais autrefois considéré comme un frère, et qui me haïssait à présent de tout son être.

« Salut Feyd, finis-je par lui répondre, un poil ironique. Moi aussi j'suis ravi de t'voir. »

L'homme aux prunelles améthystes poussa un soupir, avant de s'adosser à un rocher, croisant les bras et semblant méditer distraitement sur un point. Et ce point devait probablement être moi, et il était quasiment certain qu'il était parvenu aux mêmes conclusions que moi vis-à-vis de notre différend. Si lui était là, c'est que les Maîtres du Temps lui avaient également montré ce futur bien plus terrible que notre querelle sur la mort d'un être qui nous était cher.

« Serait-ce là une tentative de te racheter ? demanda-t-il avec un certain mécontentement. »

Jamais content celui-là. Enfin, il y avait de quoi. Mais même de base, il n'était jamais très enthousiaste, contrairement à sa demi-soeur. Quelque part, j'étais à la fois irrité et ravi de voir que les années ne l'avaient pas changé.

« Va savoir, soupirai-je. »

C'était surtout dans ma nature de me précipiter au secours de ce qui avait besoin d'être secouru – ou pas d'ailleurs – et encore plus lorsqu'il s'agissait du monde. D'ailleurs, je devinais sans peine que les Maîtres du Temps s'étaient également tournés vers les peuples maléfiques pour obtenir leur aide, au vu du futur peu glorieux qui les attendait eux aussi.

« Toujours aussi indécis, grommela Feyd. Soit. Enterrons la hache de guerre pour ce soir, il y aura déjà suffisamment à faire.
- Heureux de l'entendre. »

Nos regards se rivèrent brusquement vers l'origine de cette voix, une voix qui nous était inconnue. Une voix aux accents mélodieux, mais également assurée, qui appartenait à un Elfe aux traits fins, qui venait de faire son silencieusement apparition, porté par une magie aussi gracieuse que lui. Rapidement, je détaillai celui qui semblait faire partie des volontaires pour sauver le futur. Son visage éclairé par deux prunelles émeraude était encadré par une longue chevelure argentée, dont les mèches les plus longues étaient assemblées en une queue de cheval tombant au creux de ses reins. Les mèches les plus courtes tombaient sur son visage avec légèreté, et derrière chacune de ses oreilles pointues tombaient deux fines tresses bercées par la brise nocturne. Mais malgré cette apparente coquetterie, l'homme était vêtu d'une armure de plates, finement ciselée, relevant très probablement de l'artisanat elfique, et à sa ceinture pendait une épée longue rangée dans un fourreau simple et léger. L'homme, en plus d'avoir la carrure parfaite du guerrier elfique, dégageait une aura de calme et de sérénité, forçant le respect. Nul doute qu'il était un guerrier reconnu par ses pairs. Ce qui n'était pas plus mal, étant donné qu'il allait combattre à nos côtés.

« Ravi de faire votre connaissance, poursuivit-il. Je suis Anàrion, guerrier du peuple elfique. »

Je m'apprêtai à lui rendre la politesse, mais une autre voix, qui nous était également inconnue, fusa dans la nuit, une voix aussi pressée qu'enjouée.

« Hep, hep, attendez-nous ! »

Sur cette exclamation, un rocher, qui était censé se trouver au moins deux mètres plus bas, s'éleva jusqu'à notre hauteur, duquel sauta une jeune femme au visage rond, aux prunelles et cheveux bruns, vêtue d'un hakama et dont la hanche était pourvue d'un katana de longueur moyenne. Elle fut suivie par un homme autrement plus grand qu'elle, vêtu plutôt légèrement, aux oreilles légèrement effilées et aux prunelles ambrées. Une fois délestés de ses passagers, le rocher retourna à sa place, quelques mètres plus bas, alors que la jeune femme s'inclinait devant nous.

« Pardonnez le dérangement, fit-elle. Je suis Shanda, Elémentale de Terre. Et lui, c'est Skarest, Bélua de la sauterelle. »

Je ne pus m'empêcher de hausser les sourcils. Pourquoi les oreilles effilées alors ? Les mystères de la génétique... Par respect pour notre compagnon d'armes, je ne fis aucun commentaire, néanmoins. C'est redoutable une sauterelle, hein.

« Euhm, je sais que ça paye pas de mine, poursuivit Shanda en passant une main gênée dans ses cheveux, mais il est très utile, hein. »

Probablement que notre scepticisme avait dû être visible comme un nez au milieu d'une figure. Ou qu'elle était habituée à ce genre de réaction lorsqu'elle annonçait la nature de celui qui semblait être une de ses connaissances. Imperturbable, le Bélua sauterelle se contenta de nous saluer d'un signe de la tête. Rien dans son apparence n'aurait pu laisser imaginer que cet homme avait pour totem un petit insecte sauteur... Sentant le regard insistant d'Anàrion, je coupai court à mes réflexions, et pris à mon tour la parole.

« Enzel, en ce qui me concerne. Fé, ou Illuminae, comme vous préférez. »

La surprise se peignit sur les visages de l'Elfe, de l'Elémental et du Bélua. Ouais, moi aussi j'étais une bête rare. Et j'osais espérer que je servais également à quelque chose.

« Feyd, annonça simplement ma vieille connaissance, sans faire attention à la surprise qu'avait provoquée mon annonce. »

Tous les regards convergèrent vers l'homme aux cheveux bruns et aux prunelles améthystes, toujours adossé à son rocher et croisant les bras, tout aussi imperturbable que le Bélua sauterelle. Tous, sauf moi, semblaient attendre davantage, et je le comprenais. Mais voyant que Feyd n'avait pas l'intention d'en dire plus, je complétai, avec un sourire mi-figue mi-raisin :

« Tiregan. »

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Dim 18 Aoû - 12:08



Le fer croisa de nouveau le fer. Mais la lame de Shanda fut repoussée avec une facilité déconcertante, et la jeune femme, contrainte de laisser une ouverture suite à ce choc intense, aurait perdu un bras si le jian de Feyd n'était pas venu s'abattre sur le flanc de l'Ange déchu. Celui-ci vint cueillir nonchalamment de sa lame le fer du Tiregan, et je lus sur le visage de ce dernier que la force de notre adversaire dépassait l'entendement. Si la flèche d'Anàrion n'avait pas fusé droit vers le visage d'Ekiel, nul doute que Feyd aurait pâti de son bref échange avec l'Ange déchu. Le projectile fut de nouveau esquivé avec aisance, mais cette fois-ci, Skarest ne vint pas à sa suite. D'un bond dont j'attribuai la qualité exceptionnelle à son statut de Bélua sauterelle, l'homme aux prunelles ambrées vint griffer de son métal la cuisse de l'Ange déchu, qui ne parvint toutefois qu'à perdre l'intégrité de son vêtement, conservant celle de sa chair en pirouettant in extremis vers l'arrière. Où je l'attendais, ma lame blanche s'abattant impitoyablement sur le crâne de l'Ange déchu.

« Oula ! s'exclama celui-ci avec joyeuseté. »

Mon fer fut stoppé à mi-course par le sien, qui se mouvait à une vitesse prodigieuse. Je ne pus m'empêcher de grimacer en sentant l'onde de choc se propager dans les os de mon bras, et profitant de cette faiblesse passagère, l'Ange déchu fit voler hors de ma main ma lame d'un mouvement sec du poignet. Ma deuxième lame me sauva la vie, car je l'interposai in extremis entre l'acier de mon adversaire et mon flanc vulnérable, l'empoignant à deux mains afin de pouvoir rivaliser avec la force bien supérieure de mon adversaire. Je jurai intérieurement, sans pour autant me déconcentrer. Je savais qu'une opposition de force brute ne mènerait qu'à ma perte. Il fallait que je me serve de la force de mon adversaire, mais celui-ci ne m'en avait guère laissé l'occasion. Je me laissai chuter sur le côté, exécutant une roulade alors que la lame de l'Ange déchu, se retrouvant soudainement libérée de toute opposition, poursuivit son chemin, tranchant le vide où je m'étais trouvé un instant auparavant. Me redressant, je portai un coup d'estoc, encore à genoux, espérant atteindre les lombes de l'Ange déchu. Celui-ci pirouetta de nouveau, en avant cette fois, laissant la pointe de ma lame mordre le vide. Et pourtant, un instant plus tard à peine, le métal se fracassa contre le métal, par deux fois, et je ne compris ce qui venait de se passer que lorsque la pointe d'une flèche déviée traça sur mon visage une fine estafilade vermeille.

Je me relevai d'un bond, m'écartant de justesse afin de laisser le champ libre à Feyd, qui chargeait de nouveau, son jian dans sa main droite, et Valeria dans sa main gauche. L'Ange déchu et le Tiregan ne tardèrent pas à être pris dans une passe d'arme que nous ne pouvions qu'observer, attendant la moindre ouverture de la part d'Ekiel. Revenue dans une position stable, prête à bondir à la moindre occasion, Shanda avait légèrement levé son katana. Mes appuis fléchis, mes deux mains tenant fermement la poignée d'Erys, mon regard observait chacun des mouvements de l'Ange déchu, visiblement expert dans le maniement de l'épée.

« Skarest ! »

L'interpellé échangea un regard avec Anàrion, qui lui adressa un simple signe de la tête. Puis il jeta un bref regard à Shanda, nous envoyant un message implicite, avant de bondir, non pas vers l'adversaire, mais vers les marches montantes, les gravissant deux par deux et s'efforçant de ne pas se retourner. Anàrion avait raison, nous n'étions pas là pour nous confronter à Ekiel, mais pour déterminer si cette tour renfermait bien le cristal maître, faisant éventuellement de l'Ange déchu son détenteur. Même si cela nous paraissait improbable, au vu du niveau de ce dernier. Aurait-il été en possession du cristal maître, il n'aurait même pas eu à lever le doigt pour nous terrasser, au vu de notre faiblesse actuelle. Et pourtant, nous parvenions, tant bien que mal à nous maintenir à son niveau, palliant notre défaut par un travail d'équipe de qualité.

Décelant non pas une ouverture de la part de l'Ange déchu, mais la difficulté dans laquelle se trouvait Feyd, Shanda finit par briser la distance qui la séparait de l'Ange déchu, et, profitant d'une demi-seconde de pause entre deux passes d'arme, elle s'engagea à son tour dans une danse de fer, son katana virevoltant dans les airs, assaillant l'Ange déchu de tous côtés, et permettant au Tiregan de se soustraire à la lame d'Ekiel. J'échangeai un bref regard avec Feyd, qui raffermit sa prise sur son jian et sur Valeria après avoir essuyé d'un revers de main la sueur coulant le long de sa joue. Anàrion, que nous avions quasiment oublié, profita d'un instant de flottement entre Ekiel et Shanda pour tirer une nouvelle flèche, forçant l'Ange déchu à reculer en déviant le projectile de sa lame. L'Elémentale sauta sur l'occasion et accrut la pression sur son adversaire, l'assaillant sans répit de sa lame, le forçant une nouvelle fois à reculer. Il me suffit d'un pas pour avaler la distance me séparant de l'Ange déchu, et porter de nouveau un coup d'estoc dans son dos. Mais celui-ci disparut, purement et simplement.

« Dommage. »

Une main se posa sur mon épaule. Une poigne de fer qui m'entraîna vers l'arrière, et qui m'aurait indubitablement fait chuter si je ne m'étais pas heurté au corps de l'Ange déchu, derrière moi. Instinctivement, je levai ma main et tentai de le poignarder par-dessus mon épaule gauche, mais ma lame s'arrêta à quelques centimètres de son épaule, mon bras stoppé par la deuxième main du déchu qui s'était refermée sur mon poignet. Elle ne tarda d'ailleurs pas à accentuer sa pression, forçant mes doigts à s'ouvrir, laissant choir Erys, qui heurta le sol avec un fracas métallique en même temps que je laissai échapper un cri de douleur en sentant les os de mon poignet se briser.

« Enzel ! »

L'Elémentale de Terre s'était élancée, prête à trancher le flanc d'un adversaire qui était allé jusqu'à remettre son épée au fourreau, presque en guise de provocation. Le regard ambré de l'Ange déchu se darda sur la jeune femme brune, devant laquelle apparurent une multitude de flèches sombres, crées par magie noire. La demoiselle fut forcée de s'arrêter, déviant de son katana les projectiles magiques, avant de reculer, débordée par le nombre, forçant Feyd à la couvrir afin qu'elle ne subisse aucune blessure. Je sentis la satisfaction de l'Ange déchu, qui me tenait toujours de sa poigne de fer, grandir en même temps que mon effroi.

« Tire donc, Elfe. Mais ne penses-tu pas qu'il serait inconvenant que ta flèche transperce le corps de ton ami ? »

Le regard de l'Ange déchu s'était posé sur Anàrion, dont l'arc bandé était prêt à relâcher sa flèche meurtrière. L'Elfe ne bougea pas, mais n'ouvrit pas les doigts. Lui comme moi savions que le déchu avait raison, que si il relâchait sa flèche, j'aurais été le seul à en pâtir, au vu de la facilité déconcertante avec laquelle Ekiel avait tourné le combat à son avantage. Parvenu à cette conclusion, le guerrier baissa son arc, s'efforçant de garder un visage impassible, malgré l'éclair de colère qui avait traversé ses prunelles émeraude. Avant qeu ne tombe sur lui une épée de ténèbres, qu'il ne put esquiver complètement, et qui vint se ficher dans son épaule, traversant comme du beurre la spalière qui la protégeait. Et sans même prêter attention au cri de douleur de l'Elfe et à Shanda qui accourait vers lui, Ekiel posa son regard sur moi, et je pus sans aucune peine deviner la cruauté du sourire se dessinant sur ses lèvres.

« Enzel, dis-tu... ? Comme c'est amusant. Je me disais bien que ton visage m'était familier. Enzel Taiji, je présume. »

Je ne répondis pas, luttant de toutes mes forces pour me libérer de la poigne de fer de l'Ange déchu. Qui se baissa, sans crier gare, m'entraînant vers le sol, que je heurtai violemment sans, miraculeusement, perdre de dents au passage. La main qui emprisonnait mon poignet relâcha son étreinte et vint frapper vers le haut, maniant une lame apparue comme par magie entre ses doigts. Et alors que je tentai de m'éloigner en roulant sur le côté, il se déversa sur nous une pluie de sang vermeil. Dans un bruit sourd, le corps de Feyd tomba à quelques mètres de là, un corps que je fixai avec horreur après avoir pu me soustraire de l'emprise de l'Ange déchu. Baignant dans son propre sang, le Tiregan gisait sur le sol, face contre terre, et semblait lutter de toutes ses forces pour ne pas perdre conscience. Je jetai un coup d'oeil à Shanda et Anàrion. Ce dernier avait tiré sa lame de son fourreau malgré sa blessure, et l'Elémentale se précipitait vers moi afin de m'offrir une protection, à présent que j'étais désarmé. Le déchu, qui essuya nonchalamment sa maculée de sang leva les yeux, son sourire cruel ne quittant pas ses lèvres.

« Et bien, il semblerait que notre ami soit enfin parvenu en haut. Dommage pour lui qu'il soit monté pour rien. »

Instinctivement, nous levâmes les yeux vers le sommet de la tour. D'où il semblait choir un corps, à grande vitesse. Le sang de Shanda ne fit qu'un tour, et sans même réfléchir, elle quitta sa position protectrice pour s'élancer vers l'endroit où devait atterrir le corps en question. Un corps qui ne semblait pas être totalement dénué de vie, puisque dans sa chute, le Bélua se retourna pour darder vers nous son regard ambré et s'emplir d'effroi devant la vision du Tiregan baignant dans son sang. Et surtout devant la vision de son amie tournant le dos à un adversaire.

« SHANDA ! Non ! »

Anàrion et Skarest avaient crié en même temps. Un instant trop tard. Car lorsque la jeune femme voulut se retourner, elle ne put le faire, la lame du déchu ayant percé impitoyablement le dos de la guerrière. Anàrion, qui s'était élancé pour protéger l'Elémental fut quant à lui fauché littéralement par une vague de ténèbres, et s'écrasa au sol en laissant échapper sa lame. Poussant un cri de rage, le Bélua sauterelle atterrit en effectuant une roulade, se brisant probablement quelques os au passage, et se jeta toutes griffes dehors sur l'Ange aux ailes noires, qui retira sa lame du corps de l'Elémentale pour parer les attaques furieuses mais irréfléchies de Skarest.

« Skarest ! Recule ! criai-je en récupérant mon épée dans ma main gauche. »

A l'instant où je le mis en garde, la lame du déchu passa outre la garde du Bélua, mordant la chair de son épaule. Jurant à voix haute, je me précipitai vers les deux combattants, et me jetai à corps perdu contre le Bélua, le bousculant de mon épaule afin qu'il s'écarte et prenant sa place dans la mêlée. Jamais la colère ne devait aveugler le combattant. Nous avions déjà suffisamment subi pour ne pas rajouter de pertes. La lame du déchu dansa impitoyablement avec la mienne, me forçant à empoigner mon arme à deux mains et me tirant des grimaces de douleur à chaque fois que l'onde de choc se propageait dans mes os brisés. J'entendais à peine la voix d'Anàrion, derrière moi, qui tentait de ramener le Bélua à la raison. Pas plus que je ne vis Feyd se redresser avec un grognement de douleur, sa main appuyée sur la plaie lui barrant le torse en diagonale. Pris dans une confrontation dans laquelle j'étais clairement désavantagé, je tentai de briser le contact, mais le déchu s'amusait à me poursuivre de sa lame, ne me laissant aucun répit.

« Amusant, disais-je, fit le déchu, comme si l'échange n'était pour lui qu'une balade de santé. Que se présente à nouveau devant moi celui qui m'a tant distrait par le passé. »

Je ne répondis pas. Comme je m'efforçai de ne pas penser au sens de ces propos, afin de ne pas me déconcentrer. Même si, au final, le déchu me fit choir de nouveau avec une facilité frustrante, par un simple balayage tirant partie d'un léger déséquilibre au retour de ma lame ébranlée. Et avant même que je ne puisse réagir, le fer d'Ekiel mordit ma chair. Ou plutôt, la transperça, son épée clouant impitoyablement ma main gauche au sol, m'arrachant un hurlement de douleur. Qui trouva son écho dans celui de Skarest, transpercé par une multitude d'aiguilles de magie noire, avant même qu'il ne puisse me porter secours. La botte de l'Ange déchu vint écraser mon autre main, qui tenait mon épée, et ses mains vinrent se poser sur le pommeau de son arme, dont la lame traversait ma chair.

« Soyons conciliant, fit joyeusement l'Ange déchu. Que tu ne souffres pas du sort que tu as déjà subi serait un effroyable paradoxe. »

Son pied s'appuyant davantage sur mon poignet brisé, je sentais la douleur affluer dans mes deux bras mais m'efforçais de la soutenir, et tentai d'envoyer mon pied droit dans les parties sensibles de l'anatomie de mon adversaire. Lequel poussa un petit soupir exaspéré créant sans même se retourner une lame de magie noire clouant mon pied au sol. Et avant même que je ne puisse réagir avec l'autre, je sentis la magie du déchu m'investir brutalement, par le biais de l'arme plantée dans ma main gauche. Une magie vicieuse qui ne tarda pas à s'insinuer dans chacun de mes nerfs, m'immobilisant, avant de se mettre cruellement à l’œuvre. Et avec effroi, je réalisai les intentions de cet homme.

C'était lui, l'auteur du sort qui rongeait le moi du futur que j'avais vu dans les profondeurs du palais d'Orae. C'était lui, le responsable de toutes mes souffrances à venir. Et, non content de s'être acharné sur mon être futur, il comptait à présent me faire subir le même sort, prenant un malin plaisir à torturer le même être deux fois de la même façon.

La magie ne tarda pas à brûler mes nerfs, scarifier la chair de ma main droite, y gravant son sceau, m'arrachant hurlement et pleurs de douleur. Je sentais les doigts de cette main transpercée me brûler, tandis qu'au dos de cette main, une multitude d'ongles semblait lacérer la chair, remontant petit à petit vers mon poignet. L'air que je m'efforçai d'inspirer me brûlait la gorge. Ce n'était que le début. Le Enzel du futur que j'avais vu portait ces marques sur la totalité de son corps.

Mon monde se mua en un monde de douleur et de souffrances. Je n'étais plus conscient de rien. Jusqu'à ce que, soudainement, la magie se retire de mon corps, et que l'air me parut plus respirable. J'avais cru entendre un cri. Mon nom. Et la lame qui s'était retirée de ma main, en même temps que la magie du déchu. A moitié conscient, je sentis un bras poisseux de sang me saisir et me tenir contre un corps blessé. Au loin, la voix de Skarest retentit.

« Le cristal maître n'est pas là ! »

Puis le monde s'effaça de nouveau. Et je sombrai dans l'inconscience pendant qu'autour de nous ne défilent à nouveau les époques, dans un sens inverse de celui dont je me souvenais.

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Mar 20 Aoû - 0:59


Partie III – Le prix d'un avenir


Je me sentais chuter. Chuter dans un gouffre sans fond, sans fin. A travers les époques, sans que je ne puisse me raccrocher à rien, sans que personne ne m'attrape. Immobile, figé dans une gangue de chair et de sang, de larmes et de souffrances, je ne pouvais mouvoir le moindre de mes membres, mobiliser la moindre de mes pensées pour cesser cette chute qui me serait sans aucun doute fatale, au moment où je toucherais le fond de ce gouffre sans fond. Mes yeux refusaient de s'ouvrir, m'interdisant de voir les années défilant en sens inverse, mes oreilles refusaient d'entendre mes propres gémissements de douleur et d'agonie. Mon odorat était submergé par l'odeur métallique de l'hémoglobine. La chaleur refluait en moi, pire qu'une fièvre maligne, laissant ensuite place à une froideur glaciale, pour revenir à nouveau m'assaillir. Et ce, jusqu'à ce qu'une main, fraîche et salvatrice, vienne s'emparer de la mienne, m'entraînant vers le haut, jusqu'à atteindre cette époque qui était la mienne, empruntant un chemin dans les méandres du temps que nous avions perdu au cours de notre chute. Une lumière nous submergea, la chaleur et le froid s'équilibrèrent, mes sens retrouvèrent petit à petit leur intégrité.

Rouvrant doucement les yeux, sentant la brise nocturne caresser ma chair meurtrie, je réalisai lentement le retour à une époque qui était mienne, une époque où la magie circulait librement, où la lune était la lune, où la nature dormait paisiblement, où les Fées dansaient allègrement. Mes doigts sans force s'ouvrirent, lâchant ce à quoi je m'étais cramponné jusque-là, et qui m'écrasait de tout son poids. Et mon regard, se rivant sur cette masse poisseuse de sang, se teinta d'horreur, alors que je me redressai soudainement. Je ne pus retenir un hoquet de douleur en sentant ma main gauche être transpercée d'un millier d'aiguilles invisibles, mais je n'y tins guère compte, prenant par les épaules cet homme qui m'avait serré contre lui tout le long de sa chute, alors que son liquide vital se déversait peu à peu hors de son corps, imprégnant mes vêtements, en même temps que sa vie. De toute mes forces, je le repoussai, m'extirpant d'en-dessous de cette masse sanglante, avant de poser une main sur la blessure béante barrant le torse de cet homme, qui m'avait tenu de toutes ses forces, même dans la chute. Les larmes se mirent à nouveau à couler le long de mes joues maculées de sang, et je précipitai toute la magie que j'avais retrouvée dans la blessure de l'homme aux prunelles améthyste, qui me fixaient sans me voir, ignorant la douleur déchirant ma main et mon avant-bras gauche.

Le silence, entrecoupé par mes sanglots, fut déchiré par un cri de désespoir. Un hurlement informe, communiquant au monde une douleur sourde, une perte irremplaçable. Sans cesser d'insuffler ma magie dans le corps de l'homme aux yeux améthyste, je levai mon regard, et découvris Skarest, le Bélua Sang-Mêlé au totem incongru, effondré sur le corps fragile de la jeune femme aux cheveux bruns dont le cœur avait été transpercé par la lame d'Ekiel. Je laissai échapper un nouveau sanglot, essuyai du revers de la main droite les larmes qui ne cessaient de couler, alors que je voyais du coin de l'oeil Anàrion tenter de se relever, de se tenir sur des jambes qui ne pouvaient plus le porter. Sous le regard de l'astre sélenne, nous portions, tous autant que nous étions, les stigmates d'un futur que nous avions échoué à sauver.

Une main vint se saisir de mon poignet, avec gentillesse mais fermeté. Je baissai mon regard vers le visage de Feyd, ravagé par la douleur. Feyd, qui m'avait tant haï, et qui, au final, m'avait protégé jusqu'au bout, dans cette chute à travers les âges qui avait failli nous perdre. Feyd, dont la rancoeur envers moi était légitime. Feyd, qui, plus que tout autre en ce monde, savait la raison qui se cachait derrière mes ailes noires de jais.

« Arrête... fit-il, faiblement. Tu vois bien... que ça ne sert... à rien... »

La lame, qui avait tranché en diagonale le buste du Tiregan, avait mordu si profondément la chair que l'os sternal en était devenu visible, que l'épaule laissait entrevoir tous ses ligaments, que son sang maculait le tatouage typique de sa race, qui s'étendait sur son flanc gauche. Les inscriptions anciennes étaient devenues illisibles, et le dragon qui s'enroulaient autour de ces lettres antiques s'était abreuvé de sang, sa queue tranchée par la plaie profonde. Et malgré les protestations de Feyd, je continuai à user de ma magie blanche sur cet homme voué à mourir.

« Arrête... répéta-t-il. Ne gaspille pas... cette vie... qu'Erys... et moi... avons protégée... »

La douleur lancinante qui ravageait ma main et mon avant-bras gauche s'accrut, et celle de mon poignet droit, brisé par la poigne du déchu et serrée par la main du Tiregan se réveilla, et ma vision s'effaça un instant, un écran blanc tombant devant mes yeux, une nausée me saisissant et un étau semblant se refermer sur mon crâne. Malgré moi, je sentis ma magie s'affaiblir, et la lueur argentée émanant de mes doigts se dissipa, plongeant la blessure béante du Tiregan dans l'obscurité de la nuit.

« Feyd... Pourquoi... ? laissai-je échapper faiblement. »

Alors que la vision me revenait, je voulus de nouveau activer ma magie, mais la pression qu'exerçait Feyd sur mon poignet brisé s'accrut, me dissuadant d'employer à nouveau mes ressources magiques. Un Tiregan jusqu'à la fin... Tout dans la finesse.

« Amour... et haine... sont... les deux faces... d'une même pièce... »

Ma main gauche se posa doucement sur la sienne, qui enserrait encore fermement mon poignet brisé, et je laissai échapper un énième sanglot. Je m'étais résolu à endurer cette haine que m'aurait voué Feyd jusqu'à la fin de ma vie, alors, pourquoi ? Pourquoi fallait-il que les choses se finissent ainsi ? Pourquoi, au lieu d'avoir essayé de me passer au fil de son épée, le Tiregan m'avait protégé de tout son être ? Pourquoi, à la fin, avait-il choisi de m'aimer, au lieu de me haïr ? L'homme aux prunelles améthyste tendit son autre main sur le côté, et devant ses doigts s'ouvrirent deux petits portails magiques, desquels émergèrent les pommeaux de deux lames, une blanche et une noire, qui, une fois complètement sortie de la dimension tiregane, tombèrent sur le sol en même temps que la main de Feyd. Mon regard embué de larmes se posa sur la lame noire. Etait-ce là la raison... ? Erys, tel était le nom de cette lame, offerte par un être que j'avais tué de mes mains. Une lame qui assistait à présent à la mort de celui qui avait été considéré comme un frère par celle que j'avais aimée. Le regard de Feyd vint se poser sur ma main gauche.

« Heh... Maintenant... Occupe-toi aussi... de tes propres... problèmes... »

Et, sans prévenir, la dernière étincelle de vie présente dans ses prunelles améthyste s'éteignit.

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Jeu 22 Aoû - 1:18


« Feyd... »

La voix, qui contenait à la fois rage et tristesse s'éleva derrière moi. Je ne la connaissais pas, mais mon regard vide était fixé sur cet homme qui, brusquement, venait de quitter ce monde pour rejoindre le prochain. La main du Tiregan, qui avait serré mon poignet jusqu'à la fin, avait relâché son étreinte, et toute douleur qui m'avait perclus jusqu'à présent m'avait déserté, ne laissant qu'en moi le vide, et ce sentiment d'immense perte, que j'avais déjà ressenti par le passé. Un vide qui ne tarda pas être comblé par les mêmes sentiments contradictoires qui étaient venus me hanter quelques années auparavant, alors que je retirai ma lame ensanglantée du corps sans vie d'Erys. Mes doigts se fermèrent, sans que je ne puisse pour autant les serrer totalement. J'étais faible, faible devant la mort, faible devant la réalité de ce monde. J'aurais voulu crier, mais aucun son ne semblait vouloir sortir de ma gorge. Je sentis l'inconnu, qui était venu se placer à ma hauteur, se détourner, et l'entendis émettre un nouveau cri de rage alors que son poing semblait heurter quelque chose – un arbre ou un rocher. Mais au fond, tout cela m'importait peu. J'avais envie que le temps s'arrête, que me soit octroyé un instant de deuil nouveau. Mais le monde impitoyable ne laissait guère ce loisir aux vivants, et les choses continuaient d'avancer inlassablement. Je le savais. J'avais été maintes fois confronté à la mort. Et maintes fois, j'avais fait de mon mieux pour continuer d'avancer.

Luttant contre ces sentiments contradictoires, une volonté d'avancer et un désir de pleurer, je sentis une main se poser sur mon épaule, et, brusquement, je fus forcé de me retourner, la main me tirant en arrière. Je levai un regard perdu sur celui qui était à l'origine de ce contact, que j'avais vaguement cru être Skarest, ou peut-être même Anàrion. Mais je me trompais. Skarest était toujours effondré sur le corps de Shanda, sa rage et sa tristesse se mêlant dans un flot de larmes intarissables. Anàrion luttait toujours contre ce corps qui l'abandonnait, cherchait toujours en vain à se tenir sur des jambes mutilées irréversiblement par la magie noire d'Ekiel. Cet homme, qui plantait son regard ambré dans le mien, m'était inconnu, et pourtant, lui aussi semblait porter le deuil du Tiregan aux prunelles améthyste vides de vie. Ses doigts étaient imprégnés d'un sang qui lui appartenait, visiblement égratignés par le coup qu'il avait donné dans le rocher derrière nous – voire même plus qu'égratignés.

« Pourquoi... ?! lança-t-il au monde avec rage. »

Mû par une soudaine impulsion, je refermai mes doigts sur ceux ensanglantés de l'inconnu à la chevelure de flammes, qui sentit avec surprise ses os se ressouder et ses plaies se refermer sous l'effet de ma magie blanche, se manifestant par une douce lueur argentée, différente de celle des Magiciens. La surprise laissa place à une certaine résignation sur le visage de l'homme, qui serra les dents, comme pour se convaincre que tout espoir n'était pas perdu, mais je ne lui prêtai guère plus d'attention, me levant brusquement et me précipitant vers Anàrion, dont les poings martelaient silencieusement le sol, maudissant son impuissance. C'était une des leçons impitoyables que la vie m'avait déjà apprises par le passé : plus que les morts, ce sont les vivants qui importent en ce monde. Si nécessaire, il fallait que je laisse derrière moi les morts pour m'occuper des vivants. Une autre manière de formuler la nécessité d'avancer, quoi qu'il arrive, le monde n'attendant pas. Je m'accroupis auprès de l'Elfe et attrapai sa main droite avec ma gauche avant qu'elle ne frappe une nouvelle fois le sol, et m'employai à diriger ma magie vers les jambes mutilées du guerrier elfique, dont l'arc brisé gisait quelques mètres plus loin, sous les rayons de l'astre sélène. L'Elfe, dont la chevelure soyeuse était maculée de sang, poussa un soupir de soulagement, et m'adressa un regard à la fois inquiet et reconnaissant. La douleur affluait de nouveau dans ma main gauche, mais je l'ignorai une fois de plus. Je pleurerai Feyd plus tard, si je ne l'avais pas suffisamment pleuré. D'autres choses devaient être faites, et l'espoir ne devait pas être perdu.

Comme pour confirmer ma pensée, le ciel nocturne fut illuminée par l'arrivée de plusieurs Ange au Rocher au Clair de Lune, où nous étions revenus, chacun d'entre eux se dispersant et s'occupant des blessés de chaque groupe qui était parvenu à revenir. La main douce d'une jeune femme se posa sur ma main gauche, joignant sa magie à la mienne, avant de river sur moi son regard d'une pureté infinie et m'adresser un sourire teinté de tristesse. Mais nous n'eûmes guère l'occasion d'échanger, une main se saisissant avec brutalité de mon col et me tirant en arrière, rompant soudainement mon contact avec Anàrion, et la magie que j'avais canalisée de toutes mes forces se dissipa.

« Toi, ça suffit ! grogna le jeune homme au regard ambré, dont j'avais soigné la main avant de me précipiter sur Anàrion. »

Je rivai sur lui un regard empli d'incompréhension. Qui était-il ? Qui était ce jeune homme aux traits fins, aux prunelles ambrés et aux cheveux longs et roux, qui était apparemment présent depuis le moment où nous étions revenus du futur ? Je m'apprêtai à protester, ne pouvant me sortir de l'esprit l'image terrible des jambes d'Anàrion fauchées par la magie noire, mais je fus coupé dans mon élan lorsque, à la vitesse de l'éclair, sa main vint se saisir de mon poignet droit, et que je vis de nouveau trente-six étoiles sous le coup de la douleur soudaine.

« Arrête ton char, mec, ou c'est toi qui va crever ! s'écria-t-il en tentant de contenir une certaine frustration. On a vraiment pas b'soin de ça ! »

Je rivai un regard résigné sur le sol, alors que la vision me revenait peu à peu, et que la douleur s'amenuisait, la main du jeune homme ayant lâché la mienne, et poussai un soupir de lassitude. Il avait raison. Il y avait déjà eu trop de morts. Et cela me faisait mal de l'admettre, mais mon acharnement ne conduirait probablement à rien de bon maintenant qu'Anàrion était entre des mains compétentes. Je sentis mes forces me quitter soudainement, et la fatigue accumulée me retomber sur le coin de la figure, si bien que je me serai étalé sur le sol si l'inconnu aux cheveux roux ne m'avait pas retenu, ses deux mains se posant sur mes épaules.

« Qui es-tu ? demandai-je sans même le regarder, mon regard fixant absentément la voûte céleste. 
- Svent, me répondit-il laconiquement. »

Le jeune homme aux cheveux roux s'assit derrière moi, se servant de ses jambes pliées pour me servir d'appui. Je poussai un nouveau soupir de lassitude en me laissant complètement aller vers l'arrière, et fermai doucement les yeux. La douleur lançait toujours ma main gauche, et la totalité de mon corps ne semblait vouloir qu'une chose : se reposer. Mais une question franchit une nouvelle fois mes lèvres, faiblement, dans ce qui était presque un murmure :

« Et maintenant ? »

Et maintenant, que faisions-nous ? Nous avions échoué dans notre tentative, et à en juger par le peu d'éclats de joie provenant d'en-dessous, les autres groupes n'avaient pas eu plus de chance que le nôtre. Bien qu'il existât peut-être un groupe d'aventuriers, quelque part dans le monde, qui avait réussi  à mener à bien la mission confiée par les Maîtres du Temps. Mais celui qui était responsable de notre voyage à nous n'était nulle part, et n'avait donné aucun signe de vie.

« Le Maître du Temps qui vous accompagnait est mort. Et le futur a pas changé. »

Alors, personne n'avait réussi. Si j'en avais eu la force, j'aurais bondi sur mes pieds, j'aurais cherché une réponse un peu plus concrète, et peut-être même aurais-je envisagé de trouver une solution au problème. Mais je n'avais pas cette force. Pas plus que j'avais celle d'envisager un nouveau voyage vers le futur afin de retenter notre chance.

« Mais il y a plusieurs moyens d'changer le futur, poursuivit Svent. Et l'un d'eux consiste à changer le présent. C'est ce qu'il a dit avant de mourir. »

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Jeu 22 Aoû - 1:22


Aux première lueurs du soleil, jouant avec timidité avec les feuilles de grands arbres de la cité de Dhitys, j'ouvris les yeux, émergeant d'un sommeil hanté par les spectres des morts encore trop récentes. Poussant un soupir et chassant de mon esprit l'image d'un homme qui m'avait sauvé après avoir tenté de me tuer, je m'assis sur le bord de mon lit, et posai mon regard gris acier sur les trois autres occupants de la chambre, qui dormaient encore à poings fermés. Machinalement, j'ouvris les doigts deux trois fois, ne sentant plus aucune douleur nulle part, la fracture de mon poignet ayant été soignée par la magie céleste. Je posai néanmoins un regard perplexe sur ma main gauche, dénuée de toute cicatrice, avant de m'attarder de nouveau sur mes compagnons de chambrée. Dans le lit d'en face dormait Skarest, d'un sommeil aussi agité que le mien. Le Bélua sauterelle, dont les blessures avaient également été soignées – tout du moins, les blessures physiques – nous avait menés sans dire un mot jusqu'à la cité des Béluas, afin que nous puissions prendre le repos qui nous était nécessaire. Son silence, bien que pesant, n'avait rien eu d'hostile, et son regard avait été bien plus amical que rancunier, si bien que nous n'avions eu aucun mal à le suivre. Avec une délicatesse silencieuse, il nous avait aidé à escalader les roches qui nous séparaient de l'entrée de Dhitys, vérifiant périodiquement que nous suivions ses traces, et que Svent n'avait pas trop de difficultés à progresser, portant sur son dos l'Elfe blessé qui sommeillait dans le lit voisin de celui du Bélua. Mon regard se voila de tristesse lorsqu'il se posa sur le drap recouvrant les jambes de l'Elfe. Anàrion avait été soigné, mais même avec la meilleure volonté du monde, il avait été impossible d'effacer les stigmates laissés par la magie noire. Le guerrier elfique pouvait de nouveau mouvoir ses jambes, mais elles étaient loin de pouvoir le porter, et encore moins à même de pouvoir le faire marcher. Nul ne savait s'il faudrait des mois ou des années pour que l'Elfe aux cheveux d'argent puisse de nouveau frayer dans les bois avec prestance comme il avait eu l'habitude de le faire avant cette soirée tragique.

Mon regard se riva enfin sur le lit voisin du mien, occupé par le jeune homme à la chevelure flamboyante dont nous avions fait connaissance la veille, suite à notre réapparition catastrophe dans le présent, affligés par la perte. Nous ignorions encore tout de lui, mais j'avais eu le sentiment que la mort de Feyd ne l'avait pas laissé indifférent, et qu'il n'avait aucune intention hostile à notre égard – au contraire, même. Peut-être était-il un membre d'un autre groupe envoyé dans le futur, peut-être le seul survivant de son équipe. Et probablement était-il celui qui avait recueilli les derniers mots du Maître du Temps qui était mort en nous protégeant, nous renvoyant vers le passé avec son dernier souffle de vie. Il avait dit se nommer Svent. Et c'est avec une certaine surprise et une certaine gêne que je croisai son regard ambré, n'ayant guère remarqué son éveil, et je détournai le mien, l'image d'un certain Ondin traversant brièvement mon esprit ne faisant qu'accroître mon embarras. Au nom des chaussettes de l'Aether de l'Amour, à quoi étais-je en train de penser... ? Il fallait vraiment que je remette les points sur les i, croiser le regard d'un autre homme ne m'ayant jamais gêné jusqu'à ce que je rencontre Nastaé.

Grommelant intérieurement – oui oui, c'est possible – et soupirant extérieurement, je me levai le plus discrètement possible, et entrepris de m'habiller avant de sortir de la chambre, rejoignant le rez-de-chaussée de l'établissement afin d'y prendre mon petit-déjeuner. Svent ne tarda pas à me rejoindre, partageant en silence ma collation, un silence qui fut brisé lorsque je remarquai du coin de l'oeil Skarest descendre à son tour, le bras d'Anàrion passé autour de son épaule, le portant presque afin qu'il puisse descendre les marches de l'escalier. Je retins à grand peine la réprimande que je voulus lancer à l'Elfe, par respect pour les autres clients de l'auberge dormant encore au fond de leur lit, et me contentai de lancer un regard de reproche à l'Elfe lorsqu'il s'effondra plus qu'il ne s'assit sur une chaise de l'autre côté de la table. Il fit un geste de la main, accompagné d'un petit sourire, afin de couper court à mes protestations qui n'avaient même pas commencé.

« Je sais, je sais, soupira-t-il, tu vas me dire que je ne tiens pas en place alors que je le devrais. Désolé, je ne supporte pas prendre mon petit-déjeuner au lit. »

Je lâchai ostensiblement un soupir d'exaspération, sans toutefois m'empêcher d'apprécier la légèreté et l'optimisme dont faisait preuve l'Elfe. Ne pas se laisser abattre, voilà qui était encore une de ses nombreuses qualités de leader. De même que le réalisme, ne tardai-je pas à comprendre en entendant la suite de ses propos.

« Vous allez partir, n'est-ce pas ? Continuer ce que nous avons commencé. »

Ce n'était pas vraiment une question, puisqu'il connaissait déjà notre réponse. Nous acquiesçâmes néanmoins en silence, avec une certaine gravité. L'ombre d'un sourire flotta sur le visage de l'Elfe, un sourire qui ne tarda pas à se teinter d'amertume.

« De tout mon cœur, j'aurais souhaité vous accompagner. Mais j'ai conscience de la réalité des choses, et vous aussi. Je ne peux donc que vous souhaiter bonne chance, et prier pour que mes pensées vous accompagnent jusqu'au bout. »

Nous hochâmes une nouvelle fois la tête en silence. Le regard de Skarest était baissé sur la table, à présent débarrassée de notre repas. Celui de Svent fixait intensément celui d'Anàrion, sans faillir, tandis que je m'efforçai de ne pas détourner le mien des prunelles émeraude du guerrier elfique. Et celui-ci vint hardiment chercher le regard du Bélua.

« Ne vous en faîtes pas pour moi. Je serai entre de bonnes mains. Faîtes ce que vous avez à faire. Quoi que cela puisse être, pour changer notre futur. »

Il y eut un bref instant de flottement. Qui connut sa fin lorsque Svent se leva, lentement mais avec détermination, et nous lança un regard plein de signification.

« Chercher Ekiel. Voilà c'que nous allons faire. C'est pas lui qui a le cristal maître, mais il fait partie de ceux qui ont permis l'avènement de c'futur que nous voulons pas. »

Skarest et moi nous levâmes en même temps, échangeant un regard entendu. D'un mouvement du chef, l'Elfe aux cheveux argent nous donna son approbation, ainsi que sa bénédiction, et après de brefs adieux, nous quittâmes l'auberge, Svent menant la marche. Peut-être connaissait-il l'Ekiel du présent, car il ne montrait aucun signe d'hésitation. En silence, nous quittâmes la cité de Dhitys, suivant les pas déterminés du jeune homme aux cheveux roux. Et, bien évidemment, nous ne tardâmes pas à briser le silence, histoire de savoir où nous portaient nos pas.

« Svent, c'est ça ? demanda Skarest. On va où, au juste ? 
- Dans ton... Nan, j'rigole. On va à l'Université de Magie. Y'a des chances pour qu'Ekiel y soit. »

Voilà qui rendait notre parcours un peu moins mystérieux. Après tout, nous n'avions fait qu'errer depuis quelques heures dans la forêt entourant le Rocher au Clair de Lune, à la recherche de quelque chose. Et le quelque chose en question semblait être un accès à l'Université de Magie, celle-ci étant accessible à partir de n'importe quel continent, grâce aux innombrables galeries souterraines qui y étaient connectées.

« Sympa, comme lieu d'habitation, ironisai-je.
- Et ça t'est venu comme ça ? demanda le Bélua, sans animosité, mais plus par curiosité.
- Nan. Ekiel a juste trouvé amusant d'nous raconter sa vie avant d'nous latter la tronche. »

Skarest demeura silencieux, et je ne pus m'empêcher de grimacer. Au moins, c'était clair, Svent avait également mordu violemment la poussière à cause de l'Ange déchu. Il devait donc bien faire partie d'un autre groupe envoyé dans le futur pour se casser les dents contre la magie effroyable des alliés du détenteur du cristal maître. Mon regard se posa brièvement sur Skarest, qui semblait être ailleurs – probablement en train de lutter pour que les souvenirs de Shanda ne remontent pas à la surface – avant de pointer du pouce une certaine direction, alors que le jeune homme aux cheveux roux hésitait quant au chemin à emprunter.

« En plus de ça, il avait un don d'ubiquité ? soupirai-je, quelque peu blasé. Génial. »

Svent m'adressa un sourire crispé avant de suivre, sans mot dire, la direction que je venais de pointer du pouce. Ce n'était pas ma première balade dans le coin, et les végétaux autochtones avaient, qui plus est, glissé gentiment quelques indications dans mon oreille de Fé, inaudibles par mes deux compagnons dépourvus de l'essence naturelle. Si bien que, une heure plus tard, nous parvînmes à l'entrée d'un tunnel souterrain, à peine visible, cachée derrière un mur de plantes grimpantes. Remerciant discrètement mais sincèrement les végétaux du coin, je m'aventurai dans les ténèbres, avant de m'arrêter, et proposer une ultime pause avant de nous enfoncer dans cet environnement particulier qu'était l'Université de Magie.

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Dim 25 Aoû - 3:10


Partie IV – Réjouissances douce-amères

Distraitement, je passai une énième fois mon doigt sur le fil de ma lame noire, que j'avais nettoyée et aiguisée avec soin, mais que je ne parvenais toujours pas à remettre dans son fourreau, comme si de rien n'était. Mon regard fixant absentément cette arme qui m'avait été offerte par un être cher et qui semblait vouloir demeurer l'instrument de mes sacrifices, alors que les souvenirs qui allaient me hanter pendant de longues nuits ne cessaient de tourner en boucle dans mon esprit – un peu masochiste sur les bords, il fallait croire. Je poussai un profond soupir, avant de lever les yeux vers les étoiles, illuminant une nouvelle fois une nuit sans nuages ni lune. Cela faisait deux jours que nous étions sortis de l'Université de Magie. Ou plutôt, que j'étais sorti de l'Université de Magie, ayant égaré stupidement mes deux compagnons, qui s'étaient de toute façon faits silencieux une fois le corps de l'Ange incinéré grâce à la magie du Bélua. Moi-même m'étais fermé comme une huître suite à la mort d'Ekiel, et leur silence pouvait être tout aussi bien le fruit d'une révision de jugement qu'un embarras compatissant. Ne voulant subir ni l'un ni l'autre, avoir égaré mes compagnons au détour d'un couloir magique m'avait plus arrangé qu'autre chose, même si à cause de cela, j'avais mis bien plus de temps que prévu pour sortir de l'Université de Magie.

Ce qui, en soi, m'indifférait. A présent, j'avais tout mon temps. Nous n'étions pas les seuls à lutter contre le futur sans espoir qui nous avait été montrés, et dans lequel nous avions tous subis de cruelles défaites. Et je ne doutais pas que d'autres guerriers s'étaient attaqués aux responsables du chaos sur les terres du Yin et du Yang du futur, dont celui qui avait réuni tous les fragments du cristal maître. La mort d'Ekiel n'était qu'un petit rouage dans ce mécanisme complexe que les Maîtres du Temps avaient décidé d'enclencher afin de changer le futur. Les autres pouvaient avoir échoué, mais j'étais conscient de mes propres limites. Je n'avais aucune autre information sur les responsables du chaos futur, si ce n'est le nom de celui qui avait réuni le cristal maître, qui avait déjà dû être une cible de choix, alors que nous nous enfoncions dans les profondeurs de la terre afin de changer le futur d'Ekiel. Je ne pouvais donc pas faire grand chose, si ce n'est attendre qu'un Maître du Temps ou qu'un autre guerrier de l'espoir se montre devant moi afin de me guider, de m'indiquer la prochaine tâche à accomplir afin de changer le futur.

Au fond de moi, je souhaitais que tout soit fini, que mon succès ait été partagé par d'autres. Car je redoutais d'avoir à, de nouveau, plonger mon épée dans le cœur d'un être bénéfique, quand bien même le stade de corruption de l'être en question était déjà avancé. J'étais médecin de vocation, pas meurtrier, et pourtant, je ne cessai d'ôter la vie de ceux qui étaient dans le besoin, à mon plus grand damne. Pourquoi l'avais-je fait, alors ? L'éternel secret m'avait fait savoir qu'Ekiel avait déjà mis les deux pieds dans la déchéance, et qu'il n'avait manqué que l'avis de l'archange de la justice afin que ses ailes se ternissent et que son aura de pureté le quitte. Je poussai un deuxième soupir, tentant d'écarter toutes ces réflexions qui ne mèneraient nulle part, sinon à une énième nuit blanche à l'abri d'un pétale de tulipe. Au fond, je savais que je ne regrettais pas mon acte, et y réfléchir des centaines et des centaines de fois n'y changerait de toute façon pas grand chose. La seule chose que je pouvais faire à présent était de graver dans ma mémoire le nom, les actes et le visage de cet Ange que j'avais passé au fil de ma lame. Tout comme je n'oublierais jamais Erys et sa mort, je n'oublierais jamais Ekiel et la sienne. C'étaient là des crimes que je me devais d'assumer.

Je jetai un regard à la petite fleur qui avait gentiment accepté de m'offrir un abri pour la nuit, et qui attendait seulement que je daigne de reprendre une taille féerique pour venir me blottir entre ses pétales roses. Tant que notre attention envers la nature ne changerait pas, celle-ci ne manquerait pas de nous rendre notre affection, quels que soient nos crimes et nos péchés. Tel était mon privilège d'Illuminae.

« Ah bah c'pas trop tôt ! »

Je sursautai, et fus à deux doigts de laisser échapper Erys de ma main, manquant de peu de me couper de la manière la plus stupide du monde. Me retournant vers le propriétaire de cette voix qui m'avait plus que surpris, je rivai avec étonnement mon regard sur Svent, ce jeune homme aux cheveux roux que je ne pensais plus jamais revoir à présent que nos chemins s'étaient séparés de la manière la plus fortuite qui soit, mais qui aurait pu arranger tout le monde.

« J'étais à deux doigts de désespérer de te trouver. La prochaine fois, envoie une fusée de détresse ou un truc du genre. »

Je lui adressai un pâle sourire avant que Skarest ne fasse à son tour son apparition, toujours aussi imperturbable que la première fois où je l'avais rencontré, au sommet de ce Rocher qui culminait des kilomètres plus loin.

« A moins de me faire moi-même fusée de détresse, j'ai pas vraiment ça sur moi, répliquai-je ironiquement. »

Me levant du rocher sur lequel j'étais assis, je jetai un dernier coup d'oeil à ma lame, avant de la glisser doucement dans son fourreau, tirant un chuintement métallique à ce dernier. Avec nonchalance, je plongeai mes mains dans les poches de ma longues veste noire, mon regard fixé sur la tulipe avec laquelle j'avais prévu de passer la nuit – sans arrière-pensée étrange.

« Alors, qu'avez-vous prévu d'faire ? demandai-je avec désinvolture. T'as eu une autre illumination, Svent ? »

Je plantai mon regard acier dans celui ambré du jeune homme aux cheveux roux. Celui-ci écarquilla les yeux, semblant réaliser quelque chose, et détourna le regard, comme honteux de la vérité que j'avais découverte à son sujet. Devant son silence, Skarest me répondit, toujours impassible.

« Les Maîtres du Temps nous ont contactés. Le futur a changé. Et ils nous invitent à aller voir le résultat en personne, comme lorsque nous avons vu pour la première fois le futur qui nous attendait. Svent a insisté pour qu'on te retrouve avant.
- Je vois. Et ben allons-y, fis-je sans cesser un instant de fixer le jeune homme aux cheveux roux. »

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Dim 25 Aoû - 3:11



Svent m'adressa un sourire crispé, avant que sa magie ne s'active, enveloppant son corps d'une douce lueur orangée, qui, petit à petit, fit disparaître son corps. Celui de Skarest et le mien ne tardèrent pas à être enveloppés à leur tour par la magie des Maîtres du Temps, et, une nouvelle fois, nous fûmes plongés dans cet étrange espace dans lequel le temps défile sous nos yeux sans que nous ne puissions discerner quoi que ce soit qui nous entourât. La seule chose dont nous avions conscience était ce temps s'écoulant autour de nous, bien plus rapidement qu'il n'aurait dû le faire, et ce grâce à la magie conséquente des Maîtres du Temps. Cependant, comme lors de notre premier voyage, nous sentîmes également toute consistance physique nous abandonner, ne nous laissant aucune possibilité d'affecter notre environnement, excepté par la parole. Lorsque le paysage autour de nous se stabilisa, que le temps reprit son cours normal, mais des siècles plus tard, nous eûmes le loisir de poser les yeux sur la cité d'Avalon, resplendissante, tout aussi éclatante voire plus encore que l'Avalon du passé que nous connaissions. Les murs ternis, les rues maculées de sang et parsemées de chair putréfiées n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Les Anges déchus volaient librement dans le ciel, leurs ailes noir de jais caressées par la brise agréable du matin, la vie ayant repris son cours normal. Ou plutôt, poursuivant son cours, le futur sombre que nous avions connu avant notre combat n'ayant jamais existé pour ces êtres encore libres de frayer avec les plaisirs de la vie.

« Ca le mérite d'être mieux... fit le Bélua, d'une voix chargée d'émotion. »

Je rivai un regard surpris sur le Bélua de Sang-mêlé, dont l'impassibilité avait disparu pour laisser place à un mélange de sentiments forts et mêlés. Ses prunelles brillaient à la fois de joie et de tristesse, toutes les pensées de Skarest tournées vers celle qu'il avait perdue au cours de notre combat. Même sans être télépathe ou empathe, je pouvais l'affirmer. Le Bélua détourna les yeux pour admirer une nouvelle fois les environs, poser derechef son regard sur les individus déambulant dans une des rues principales de la ville, menant leur petite vie, sans remarquer les pâles silhouettes que nous étions, dans une ruelle adjacente, offrant également la vue sur la Rivière Eternité et le Palais d'Orae, dont le sommet des tours renvoyaient avec un éclat doré les rayons de l'astre solaire. Lequel brillait dans un ciel bleu dépourvu du moindre nuage. La Rivière Eternité était à nouveau un fleuve d'eau pure, au-dessus de laquelle danseraient peut-être les Fées le soir venu, plusieurs centaines de kilomètres en aval. J'étais moi-même loin d'être indifférent au changement qu'avaient provoqué nos actions combinées à celle de tous les individus qui avaient lutté pour le futur des terres du Yin et du Yang. Mon regard finit toutefois par croiser une nouvelle fois celui du Bélua sauterelle, et je n'eus guère besoin de mots pour comprendre ses intentions. J'acquiesçai d'un simple signe de tête, imité par Svent, qui n'avait pas dit un mot depuis notre arrivée dans le futur. Skarest nous répondit tout aussi silencieusement avant de tourner les talons et de s'élancer en courant dans le dédale des ruelles d'Avalon, son objectif précis en tête.

Le Bélua parti, je me tournai vers le jeune homme aux cheveux roux, dont le regard ambré était indéchiffrable. Et je ne pus m'empêcher d'afficher un sourire teinté d'amertume lorsque la main du jeune homme m'invita à le suivre. Une partie de mon être avait pensé, ou plutôt, désiré, que le jeune homme imite Skarest et parte également de son côté, afin de trouver ce qu'il avait à trouver. Mais il semblait que Svent n'avait rien à trouver, même dans ce futur dont l'espoir avait été sauvé. Le suivant une nouvelle fois en silence, je le laissai me mener vers une rue moyennement fréquentée et frapper à la porte d'une maison qu'il semblait connaître. Il y eut un temps de latence, pendant lequel nous entendîmes quelqu'un dévaler les escaliers – manquant apparemment de manquer une marche – avant d'ouvrir la porte. Et le quelqu'un en question fut tout aussi surpris que moi lorsque nos regards se croisèrent. Et, du coin de l'oeil, je remarquai le regard amusé de Svent, qui, forcément, ne pouvait que trouver cocasse la présente situation.

« Vous êtes pas des patients, j'suppose, finit tout de même par dire le jeune homme qui avait ouvert la porte. »

Mon sourire se fit aussi narquois que celui de Svent, et suite à l'invitation du propriétaire des lieux, j'entrai à sa suite dans ce qui était apparemment une petite clinique, où nous croisâmes deux autres personnes dans le couloir, dont la réaction fut à peu près semblable à la mienne en découvrant celui qui nous ouvrait la porte. Le jeune homme qui nous guidait enfonça avec une certaine désinvolture ses mains dans les poches de sa blouse blanche, poursuivant :

« Soit j'ai un double dans ce monde de dingues, soit je suis en train de m'parler à moi-même.
- Réponse B, répondis-je non sans espièglerie. »

Le jeune homme, dont l'apparence n'était différente de la mienne qu'au niveau vestimentaire, m'adressa un sourire ironique en ouvrant la porte de ce qui semblait vaguement être un bureau de consultation.

« Quelque part, ça m'étonne pas vraiment de moi, fit-il à moitié songeur, à moitié sarcastique. Alors, tu m'expliques ?
- Comme si t'avais pas déjà deviné, répondis-je avec une moue faussement désapprobatrice. J'viens juste voir à quoi ressemble mon éventuel futur, si j'fais pas trop de bêtises dans les siècles à venir. Enfin, dans tes siècles passés à toi.
- Depuis quand j'ai autant d'estime pour moi-même ? fit-il, faussement ennuyé. »

Le rire qui s'éleva, doucement, mais bel et bien amusé fut celui de Svent, qui suivait notre dialogue singulier depuis le début, sans mot dire, riant très probablement sous cape, jusqu'à ce moment. Le regard d'Enzel du futur se posa sur le jeune homme aux cheveux roux, interrogateur. Ce dernier ne fit que lui rendre un sourire énigmatique, tout en me désignant du regard.

« Bon, admettons, soupira mon moi futur. Comme t'as pu l'voir, j'm'en sors plutôt pas mal, j'ai même monté ma propre clinique. J'sais pas vraiment pourquoi à Avalon, mais j'trouvais le coin sympa, sur le moment. Pas trop loin des cascades. »

Les cascades où se déroulaient assez fréquemment les spectacles féeriques, devinais-je. Mais se contentait-il de les regarder, ou y participait-il ? Probablement que j'aurais la réponse moi-même si je me contentais de poursuivre ma vie après cette bataille pour le futur.

« Doc' ! interpella une voix féminine, dans le couloir. Si ce serait pas trop vous demander, on a besoin de vous ! »

Mon moi futur haussa les épaules en soupirant, avant de sortir de la salle, nous demandant de patienter quelques instants afin qu'il revienne vers nous après avoir réglé le problème urgent mais pas trop. Je me retrouvai donc à nouveau seul avec Svent, et je vins planter mon regard gris acier droit dans le sien.

« Alors, tu comptes faire quoi ? »

Le jeune homme aux cheveux roux détourna le regard vers la fenêtre, en haussant les épaules, dans une dernière tentative de me faire croire qu'il ne comprenait pas la portée de ma question, et la portée de ses actes. Je retins un soupir, et avec une voix aussi droite que mon regard, je l'appelai par son nom, que l'éternel secret avait fini par me révéler :

« Feyd Yul Svent. »

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Dim 25 Aoû - 3:12


Le regard ambré du jeune homme aux cheveux roux ne se détacha pas de la fenêtre, quand bien même je savais pertinemment que ce n'était pas le paysage qu'il fixait d'une manière aussi absente. Ses bras vinrent se croiser lentement sur son torse, alors que tout sourire disparaissait de son visage. La voix qui s'éleva ne fut qu'un murmure, une question inachevée, dont j'en compris pourtant la visée :

« Depuis quand... ? »

Je n'eus pas grand peine à comprendre l'effort que lui avait demandé son projet, surtout de la part d'un jeune homme, non, d'un Tiregan comme lui, impulsif et intuitif, comme l'étaient pratiquement tous les membres de sa race. Le regard de Feyd Yul Svent était fixé sur cette fenêtre, ses doigts étaient crispés sur ses bras, probablement pour ne pas laisser apparent le tremblement qui les animait. Et la frustration le disputait à la peine dans ses prunelles dont la teinte semblait se foncer, virant au orange – je n'étais pas surpris, après tout, les Tiregans avaient également la capacité de modifier leur apparence à souhait, afin de pouvoir se fondre dans la masse, même si, sous le coup de l'émotion, leur apparence physique pouvait revenir vers celle d'origine.

« Depuis l'Université, répondis-je avec un sourire peiné. On ne cache pas de secrets à une Fée. »

La formulation était certes un peu abusive – tout dépendait de la puissance de la Fée en question – mais toujours était-il que lorsque l'éternel secret m'avait révélé le péché d'Ekiel, il m'avait également révélé le nom de ce jeune homme, qui fit quelques pas vers la fenêtre, posa sa main sur la poignée de celle-ci et l'ouvrit, afin de profiter de l'air frais et de la légère brise matinale caressant avec douceur la cité des déchus. Visiblement, le jeune homme avait abandonné tout espoir de conserver son secret jusqu'au bout, son secret qui n'en était plus un à mes yeux. Ses doigts avaient pu, sans aucun problème, ouvrir la fenêtre, alors que les miens seraient passés à travers la poignée. N'aurais-je pas eu confiance en mes pouvoirs d'Illuminae, cela aurait suffi à transformer mes doutes en certitude quant à ce jeune homme qui avait eu bien trop de certitudes au cours de cette bataille pour qu'il ne soit qu'un simple guerrier de l'espoir comme Skarest ou moi.

« Je n'sais pas. J'ai plus rien ici, soupira le Tiregan. Je suis un paradoxe qui a été assez stupide pour en dev'nir un. »

Oui, évidemment. Feyd Yul Svent venait de ce futur que nous avions défait, ce futur dénué d'espoir dans lequel le Tiregan s'était battu jusqu'à ce que nous autres, combattants du passé, fassions éruption dans cette sombre époque et nous mordions la poussière devant la puissance incommensurable des alliés du détenteur du cristal maître. A présent que ce futur n'était plus, le jeune homme aux cheveux roux n'était plus qu'un artefact, qui ne devait sa survie probablement que grâce à ses pouvoirs de voyage temporel. Des pouvoirs qui lui avaient permis de nous suivre après notre défaite face à Ekiel, et de nous prêter main-forte par la suite.

« Pourquoi portes-tu le nom de Feyd ? demandai-je, brisant de nouveau le silence. »

Le regard orangé du Tiregan se planta dans le mien, évaluant la franchise de ma question. Je venais d'affirmer que l'on ne cachait aucun secret à une Fée, mais je n'avais en réalité pas assez de pouvoir pour deviner tout des secrets de mon interlocuteur. J'ignorais si un jour je serais capable d'apprendre davantage à l'aide de la magie féerique, mais je devais avouer que l'éventualité m'effrayait plus que ne m'enchantait. Et pour en revenir à la situation présente, je préférais que ce soit le Tiregan lui-même qui se confesse plutôt que j'aie à jouer à la pêche aux informations à l'aide d'un pouvoir que j'utilisais assez rarement.

« Parce que j'n'en avais pas avant qu'Feyd Doï Arkh n'me donne une partie du sien. Il était comme un frère pour moi. Ou p'tetre même un frère. »

Les doigts du jeune homme aux cheveux roux se crispèrent de nouveau, sur le rebord de la fenêtre cette fois-ci, alors que j'avais moi-même du mal à demeurer indifférent à l'évocation de cet être dont la mort était encore trop récente. Feyd Doï Arkh. Je n'avais jamais su son nom en entier, et lui-même n'y avait jamais accordé grande importance. Ou tout du moins le pensais-je. A mes yeux, Feyd avait toujours été Feyd, frère de cœur d'Erys. Mais à présent, j'étais forcé de réviser ma pensée. Si Feyd Doï Arkh avait donné une partie de son nom à un autre, c'était que le reste de son nom devait autant importer que la partie en question. Enfin, tout n'était que supposition. Cela, je ne le saurais jamais. Feyd était parti, ses secrets avec lui.

« J'l'ai vu mourir. Deux fois. »

Les jointures de Svent avaient blanchi tellement ses doigts serraient avec force le rebord de la fenêtre. Sa voix n'était que peine et frustration contenues. Et si j'avais pu voir ses yeux, nul doute que j'y aurais trouvé des larmes ne demandant qu'à être déversées. Son silence perdura, mais je devinais sans peine la suite de ses pensées. Il avait voulu le sauver. Et s'était retrouvé impuissant devant l'agonie de Feyd, incapable de le sauver. La seule attache en ce monde qu'il avait voulu préserver s'était rompue d'elle-même, le laissant dériver dans un océan inconnu.

« Désolé. »

Ce fut la seule chose qui me vint à l'esprit. Je ne savais que faire, que dire devant cet individu perdu, qui avait pourtant eu la force de lutter jusqu'au bout pour changer un futur qui était son présent, se battant pour l'éradication d'une réalité qui avait été la sienne. Tout ce que je savais, c'était que l'homme qu'il avait voulu sauver était mort afin de me protéger. Que devais-je faire ? En assumer les responsabilités ? Mais comment ? Je ne pouvais décemment pas le laisser à charge de mon moi futur, mais j'avais bien du mal à envisager autre chose. Toujours est-il que, loin de se lamenter pendant une éternité sur son sort, le Tiregan eut le mérite de faire un pas en avant, comme s'il avait été sensible à mon indécision – et à autre chose.

« C'est pas grave. J'vais faire à sa place ce qu'il aurait dû faire. »

Je voulus objecter. Dire que si, c'était grave, que ses efforts n'étaient pas récompensés à leur juste mesure. Qu'il n'avait pas à se contenter de remplir un vide qu'avait laissé notre combat, qu'il n'avait pas à se forcer à être une autre personne que celle qu'il était actuellement. Qu'il ne pouvait, en aucun cas, remplacer Feyd Doï Arkh, quand bien même celui-ci lui avait légué une partie de son nom. Mais mes objections demeurèrent coincées dans ma gorge, incapable de franchir mes lèvres. Cloué par le regard droit et déterminé du Tiregan, je n'osais pas ébranler les bases de sa nouvelle existence, qui était la seule à laquelle il pouvait se raccrocher.

Derrière moi, la porte se rouvrit, laissant entrer mon moi futur, qui poussa un soupir de lassitude, avant de poser un regard perplexe sur nous.

« J'crois que j'ai manqué un truc... Bah, pas grave. Vous aviez autre chose à demander, voir, regarder, visiter ? »

Il fallait croire que ma nonchalance s'était accrue avec les années. Ce qui ne m'étonnait pas plus que cela, en fait. Comme quoi, ce type était bel et bien moi. Et il m'était à présent plutôt étrange de penser à mon moi alternatif que j'avais trouvé enchaîné au fin fond du palais d'Orae la première fois que j'avais visité le futur.

« Erm, pas qu'je sache. »

Et, comme si les Maîtres du Temps avaient guetté la fin de nos questions et de nos découvertes, je sentis le temps se modifier autour de moi, l'environnement s'effacer petit à petit, et la dernière image que j'eus de mon moi futur fut un sourire accompagné d'un salut ironique. Au carrefour du temps et de l'espace, il me sembla être de nouveau réuni avec Skarest, et également être accompagné par une douce lueur orangée, dont je devinais sans peine la nature.

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MessageSujet: Re: Ce futur que l'on construit [Event]   Dim 25 Aoû - 13:18



Le ciel nocturne, éclairé par une multitude d'étoiles, nous attendait. Les époques cessèrent à nouveau de défiler devant nos yeux, comme un film rembobiné, sans que nous n'ayons à frôler la catastrophe cette fois-ci. Et un instant à peine après que nous eûmes posé un pied dans le temps qui était le nôtre, la lueur orangée qui nous avait accompagnés tout le long du voyage temporel prit forme et se dissipa petit à petit pour laisser place à Feyd Yul Svent. Celui-ci ignora le regard interrogateur de Skarest, et planta son regard orangé dans le mien, comme pour me mettre au défi de le détourner de la voie qu'il avait choisi. Devant une telle provocation, digne d'un Tiregan, je laissai échapper un simple soupir de résignation, avant que le Bélua ne brise le silence, posant sur moi un regard indéchiffrable :

« Enzel. Pourquoi l'as-tu tué ? »

Enfin. Cette question, qui avait dû hanter l'esprit de Skarest autant que celui de Feyd, était enfin formulée, posée à voix haute, bien plus tardivement que je ne l'avais pensé. Si le voyage du retour de l'Université m'avait été pesant, c'était en partie à cause de cette question silencieuse, qui planait au-dessus de nous sans pour autant être formulée, et à laquelle je m'étais résolu de répondre que si elle m'était posée. Une question dont je connaissais la réponse, une réponse que je voulais garder pour moi, au fond. Car je ne jugeai pas nécessaire de voir Skarest et Feyd assumer mes actes, surtout criminels. Autrefois, je n'aurais même pas répondu à la question. Mais à présent, je ne pouvais décemment pas laisser cette question sans réponse hanter leurs esprits, ce qui aurait été bien pire que d'y répondre.

« L'envie est son péché. C'est le secret qui m'a été révélé. »

Je lus dans le regard de Feyd qu'il venait de comprendre que c'était à cause de ce secret que le sien avait été révélé à mes oreilles féeriques. Mais peu importait, à présent, et son regard, comme celui de Skarest, continua à me fixer. J'aurais été idiot de croire qu'une explication aussi laconique et aussi vague les aurait satisfaits.

« Il avait déjà sombré. »

Son cœur s'était ouvert au désespoir. Il savait qu'il était voué à la déchéance, et cette connaissance n'avait fait que distordre son esprit fragile, mis à mal par ce péché qu'était l'envie, l'envie de pouvoir et d'autre chose, apparemment. Feyd l'avait dit lui-même : c'était au sein de l'Université de Magie qu'Ekiel avait sombré, qu'il avait décidé de s'abandonner à cette étrange folie du désespoir, qui avait fait d'Ekiel un être à la fois extrêmement lucide et malsain. Un être qui avait cru détenir toutes les vérités quant à la nature profonde des êtres, et au sort qui devait leur être réservé. La preuve en était ce pouvoir de sanctuaire qui n'aurait pas dû s'étioler ainsi lorsque Skarest avait tourné le dos à l'Ange. Aurait-il eu encore un cœur de pureté, je n'aurais pu lever mon épée contre lui, quand bien même mon acte n'était pas une conséquence directe de mon agressivité.

« Le moindre mal, c'est ça ? C'est ton jugement, à toi seul, et il t'appartient. »

Je soutins le regard ambré du Bélua, répondant ainsi silencieusement à sa question, mais avec autant de force que si j'avais confirmé ses propos à voix haute. Nous nous fixâmes pendant plusieurs secondes, chacun lisant dans le regard de l'autre des convictions différentes des nôtres, mais que nous respections. Finalement, le Bélua tourna les talons, et s'enfonça lentement dans la forêt, ne me jetant qu'un dernier regard.

« Adieu, Illuminae aux ailes sombres. »

Je ne pus m'empêcher d'afficher un sourire désabusé. Décidément, cet homme était bien plus perspicace qu'il ne semblait l'être. Pas une seule fois Anàrion, Skarest ou Shanda n'avaient vu mes ailes, et pourtant, le Bélua avait su deviner leur couleur, seulement par déduction. Parce qu'il avait deviné que j'étais l'une de ces Fées sombres dont la partie la plus noire et la plus vile n'avait pas disparu suite à la destruction de mon jardin. La subtilité étant que je ne désirais pas voir cette partie disparaître, pas plus que je ne désirais la voir prendre le dessus sur le reste.

« T'as pas changé. Toujours aussi pénible. »

Je me retournai vers Feyd, quelque peu surpris par cette constatation sortie de nulle part. S'entendre dire que l'on n'a pas changé de la part d'un être provenant du futur était classable dans la catégorie des propositions les plus singulières à entendre dans sa vie de mortel. Surtout lorsque le constat était accompagné par ce qui était loin d'être un compliment.

« Feyd m'a beaucoup parlé de toi. Et j't'ai déjà vu deux trois fois dans l'futur. C'est pour toi que j'me suis fracassé les dents contre la magie d'Ekiel. Parce que l'frère de mon frère est l'mien. »

Le frère ? Etait-ce ainsi que Feyd Doï Arkh en était venu à me considérer, dans un futur où il avait vécu plus longtemps que dans ce présent où je me trouvais ? Il m'avait affirmé que l'amour et la haine étaient les deux faces d'une même pièce... Il était alors très probable qu'il ait pris conscience de cette réalité en voyant les années s'écouler, et le désastre frapper les terres du Yin et du Yang. Je fus tiré de mes pensées lorsque je sentis la main du Tiregan se poser sur mon poignet gauche, levant ma main hauteur de mon regard.

« Tu croyais qu'j'avais pas r'marqué ? Allez, active ta magie. Essaye d'invoquer une arme. »

Je grommelai intérieurement. Non seulement le petit jeune commençait à se mêler de mes oignons – j'aime bien garder mes oignons pour moi tout seul – mais en plus Feyd avait apparemment jugé essentiel de l'informer sur mes capacités magiques particulières, qui n'avaient normalement rien à faire dans une conversation visant à présenter un ami à un autre. Ne pouvant toutefois pas me dérober, je m'exécutai, et ma main gauche s'illumina d'une lueur argentée caractéristique de ma magie, et la pointe d'une épée commença à émerger de ma paume. Et en même temps, une douleur qui n'avait rien à voir avec le sort transperça ma main gauche. Je m'efforçai cependant de ne rien laisser transparaître.

« Stop, intima le Tiregan en accroissant la pression qu'il exerçait sur mon poignet. »

La pointe de l'épée que j'avais commencée à matérialiser disparut dans ma paume, et la lueur argentée commença à se dissiper. En revanche, les marques qui étaient apparues sur le dos de ma main et sur mes doigts, réagissant à ma magie, demeurèrent apparentes.

« Ca fait mal ?
- Non, mentis-je – le sort n'ayant pas été complété, j'avais conservé l'usage de ma voix. »

Le regard de Feyd se fit sévère. Un parfait inconnu aurait probablement gobé le mensonge, mais comme il le disait si bien lui-même, il semblait qu'une certaine de mes connaissances l'avait bien informé de mes travers, de mon défaut à garder un certain nombre de choses pour moi, même la souffrance. J'émis un claquement de langue agacé, et tentai de soustraire ma main stigmatisée par la magie d'Ekiel à la poigne du Tiregan – ce qui, évidemment, ne fut aucunement efficace.

« C'est pas tes oignons, grommelai-je.
- Si. Je t'ai dit que je f'rai ce que Feyd aurait dû faire. »

Je poussai un soupir agacé, réalisant que, quoi que je fasse, j'étais bon pour avoir un Tiregan sur le dos le reste de mes jours. Un Tiregan qui me faisait obstinément savoir qu'il porterait mon fardeau avec moi, que je le veuille ou non.

« C'est pas grave, soupirai-je. Ca va disparaître, petit à petit. Enfin, la douleur en tout cas. »

La marque, elle, demeurerait probablement à vie, s'inscrivant sur ma main à chaque fois que j'utiliserais ma magie – après tout, elle était profondément gravée dans mes circuits et flux magiques. Mais comparé aux autres pertes que nous avions subies, ce stigmate prenait une importance dérisoire. Soudainement, l'étreinte que le Tiregan exerçait sur mon poignet se relâcha. Et toute tension dans le corps du jeune homme aux cheveux roux sembla disparaître, si bien qu'il s'effondra sur moi, alors qu'il mesurait bien une tête de plus que moi.

« J'espère qu't'es sûr de ton coup... soupira-t-il, alors que je me débattais pour ne pas être écrasé sous son poids. »

Je basculai en arrière, perdant cette bataille de poids lourds, et heurtai le sol, ma chute amortie par le sol herbeux. Et à moitié écrasé par un Tiregan qui semblait avoir perdu conscience. Je posai ma main sur son front, et grimaçai en découvrant la fièvre accablant le jeune homme aux cheveux roux.

« Sans rire... ?! m'exclamai-je avec dépit. »

Il me sembla entendre, au loin, le remerciement d'un Maître du Temps, mais c'était devenu le cadet de mes soucis. J'avais entre les pattes un Tiregan qui avait décidé de m'accabler à plus d'un titre...

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