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 Requiem pour un fou [fin]

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Kim
¦ Designeuse - Truc qui traîne
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MessageSujet: Requiem pour un fou [fin]   Jeu 24 Juil - 19:16

Le regard céruléen de la jeune femme semblait se perdre dans le vague, embrumé par l'alcool qu'elle avait pourtant ingéré en petite quantité. Comme quoi, quand je disais qu'elle ne devait pas boire plus d'une pinte de bière par siècle, je ne devais pas tellement être sur la mauvaise voie... Grommelant intérieurement sur le manque de prudence de Kayanh – quand on se savait peu habitué à l'alcool, on ne se commandait pas une pinte de bière dans une taverne, même pour la bonne cause – je posai mes mains les épaules de la jeune femme et la secouait doucement, tentant de la ramener à la réalité – je ne savais pas vraiment ce que suivait son regard, mais je n'aurais guère été étonné d'apprendre qu'il s'agissait d'éléphants roses ou de rhinocéros hippies. Mais ce fut un regard empli d'incompréhension que la demoiselle riva sur moi, si bien que je ne me retins guère de soupirer, songeant à reconsidérer notre approche.

« Kayanh ? Kayanh, vous m'recevez ? »

La seule réponse que j'obtins de la demoiselle fut un marmonnement inintelligible, si bien que je laissai échapper un second soupir, avant de river mon regard désabusé sur l'Orisha, qui nous observait sans prendre la peine de dissimuler son scepticisme. Déjà que nombre de mercenaires avaient échoué dans leur tâche alors qu'ils étaient sobres et connaissaient leur métier, je voyais mal comment je pourrais parvenir à amener Kiba devant la justice d'Avalon en étant accompagné d'une demoiselle qui ne savait même plus compter jusqu'à deux. Et je devinai également dans les prunelles vairons de Chani que sa détermination à ne pas remettre les pieds dans la demeure de l'Ange déchu demeurait et que, quoi qu'il advienne, elle refuserait de m'accompagner à la place de Kayanh.

« Chani... »

L'Orisha détourna le regard, anticipant une question qu'elle ne voulait guère entendre. Un sourire désolé se dessina sur mes lèvres, alors que je me déplaçai de façon à ce que Chani soit dans le dos de Kayanh. Pendant un instant, j'avais songé à utiliser ma magie blanche sur la demoiselle afin de la tirer de son état d'ébriété, mais je m'étais finalement ravisé. Non seulement je préférais garder mes ressources pour la confrontation contre Kiba, mais une partie de moi-même était également soulagée par la perspective de se confronter seul à l'Ange déchu. Après tout, je ne pouvais que voir en lui un homme qui avait commis un crime similaire au mien, quand bien même je n'avais personnellement jamais eu affaire à une quelconque justice qui soit. La seule à laquelle j'avais eu droit était la mienne, qui m'avait poussé à renoncer à la vengeance à laquelle les Fées étaient pourtant destinées si elles s'avisaient de perdre leur jardin.

Epargner tant à Kayanh ma douleur que celle de Kiba était au final préférable. Car quand bien même je me voulais émissaire de bonne volonté auprès de l'Ange déchu, je savais pertinemment que me confronter à lui et à ses pouvoirs empathiques démesurés risquait fort de rouvrir des plaies que j'avais pansées seul. Aussi poussai-je doucement la demoiselle aux prunelles céruléennes dans les bras de Chani, qui la rattrapa sans mal, posant ses mains sur ses épaules.

« Prenez soin d'elle. Elle a b'soin de décuver un peu. »

J'accompagnai mes propos d'un sourire ironique. Le sourcil de l'Orisha s'arquant je devinai toutefois qu'elle avait également perçu un soupçon de ma peine, qui resurgissait en même temps que le souvenir évoqué. Celui d'un jardin brûlant de mes mains, celui d'un crime semblable à celui de Kiba. Et alors qu'elle s'apprêtait à protester, songeant certainement à attendre à ce que Kayanh se soit remise des effets de l'alcool afin que je ne m'aventure pas seul dans la maison de l'Ange déchu, je lui intimai le silence en posant doucement mon index sur mes propres lèvres, avant de tourner les talons.

Je gravis les marches du perron, avant de poser la main sur la poignée, constatant sans surprise que la porte était déjà déverrouillée. Après tout, Kiba disposait d'une protection bien plus efficace qu'un simple verrou de porte. Prenant une grande inspiration, je tournai la poignée et poussai la porte, pénétrant dans une pièce éclairée seulement par la lumière du jour filtrant à travers une petite fenêtre. Et à peine eus-je refermé derrière moi que je me sentis assailli par un sentiment de peine intense, une souffrance écrasante. Ma main se porta immédiatement à mon cœur meurtri par une telle violence, mais je m'efforçai de lever les yeux, dardant mon regard sur le fond du couloir d'entrée, plongé dans la pénombre. Une porte, entrouverte, ne demandait qu'à être franchie, pour ceux qui auraient eu le courage de faire face à une telle vague de désespoir.

Déglutissant avec difficulté, ma gorge semblant être prise dans un étau de tristesse et de rage mêlées, mon cœur en proie à des sentiments à la fois familiers et étrangers, j'allai de l'avant, mon regard rivé sur cette porte derrière laquelle, je le savais, attendait depuis si longtemps le propriétaire de ces sentiments destructeurs.

J'y étais préparé. Dès le moment où j'avais deviné la nature des pouvoirs du déchu, j'avais mis en place les barrières psychiques qui me seraient nécessaires pour naviguer dans un tel océan de désespoir. N'aurais-je pas été prévenu, nul doute que j'aurais immédiatement tourné les talons et me serait rué à l'extérieur, le cœur pétri de tristesse et de souffrance. Mais j'étais prêt. Prêt à ouvrir mon cœur, à accepter ces sentiments si semblables aux miens car je savais que je n'avais pas la force d'y résister.

Au lieu de tenter de résister au courant, je me laisserais entraîner par lui, dansant avec les flots tumultueux de nos émotions, pour mieux les comprendre, pour mieux les vivre. Chaque pas que j'effectuai en la direction de l'Ange déchu ne faisait qu'accroître l'intensité de cette peine qui me broyait le cœur, et pourtant, je refoulai les larmes et continuai d'avancer. Jusqu'à poser ma main sur la poignée de cette porte qui me séparait de lui, m'y cramponnant comme à une ancre m'empêchant de dériver dans un flot de sentiments.

Et je poussai la porte. Seul et immergé. Seul et esseulé, portant mes secrets. Et mes crimes. Car ils étaient tout ce qui me liait au déchu.

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Kim
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MessageSujet: Re: Requiem pour un fou [fin]   Jeu 24 Juil - 19:18


La mort dans l'âme, j'avançai. Aussi bien dans ce monde que dans celui de mes pensées, de mes sentiments, devenu un vaste océan agité par une tempête d'une violence indicible. Les tourments du déchus me poignardaient le cœur, encore et encore, ravivant un sentiment que je connaissais trop bien, un sentiment qui me rendait aussi fou qu'il me raccrochait à la réalité : elle était morte, de mes mains, telle était la vérité. Il n'y aurait guère de retour en arrière. Et mes pensées se mêlaient à celles de Kiba, tant elles étaient similaires, tant notre peine commune nous liait. Lorsque j'abaissai la poignée de la porte et pénétrai dans la chambre sombre de l'Ange aux ailes noires, son regard parut, pour la première fois depuis des semaines, sortir de ce tourment qui était sien pour se poser sur moi. Moi-même, je scrutai les traits tirés du déchu, encadrés par une chevelure grasse et désordonnée, qui n'avait pas été soignée depuis des jours. Pâle comme la mort, l'homme était assis sur un lit bien trop grand pour une seule personne, penché en avant, ses coudes appuyés sur ses cuisses, ses ailes repliées sur lui-même, semblables à un cocon protecteur. Cet homme avait sombré et sombrait encore, son corps et son âme criaient ce tourment qui ne prendrait fin que lorsque tout autour de lui disparaîtrait, le monde, les hommes, l'univers. Pourtant, son regard aussi profond que les abysses était rivé sur le mien, trahissant l'ampleur de mes propres sentiments, faisant écho à ceux du déchu.

Il n'y avait guère besoin de mots. Lui et moi nous fixions, simplement, baignés dans la magie bien trop puissante de l'ancien Ange, véhiculant nos sentiments respectifs. Notre souffrance respective nous rongeait, nous ouvrait les yeux sur la réalité telle que l'autre la percevait, et si j'aurais en d'autres circonstances rechigné à abaisser ainsi les murailles que j'avais bâties autour de mon cœur, je laissai à présent le déchu poser impunément son regard sur cette peine qu'il recelait. Les larmes perlant finalement silencieusement sur mes joues, je m'avançai vers Kiba, mes ailes noir de jais apparaissant entre mes omoplates et, doucement, je posai mes mains sur les ailes de plumes noires du déchu, les écartant lentement. Sa voix, éraillée et faible, me parvint :

« Vous aussi... »

J'acquiesçai silencieusement et l'une de mes mains vint se poser sur l'épaule du déchu. Oui, moi aussi. Moi aussi, j'avais tué celle que j'aimais, submergé par des sentiments qui étaient à la fois miens et étrangers. Moi aussi, j'avais aveuglément souillé du sang d'un être aimé ma lame. Une lame qui m'avait été offerte par cette même personne à laquelle j'avais ôté la vie. Voilà pourquoi le désespoir de Kiba m'était familier. Voilà pourquoi je ne pouvais qu'imaginer le regard de sa bien-aimée, cherchant désespérément le sien l'heure du trépas venue, me rappelant celui de cette femme qui m'avait adressé ce regard. Cette Elfe, qui avait été ma famille, mon amour, mon guide. Le souvenir de ses prunelles versant leurs larmes de souffrance ne me quitterait probablement jamais, tout comme le souvenir de son amour hanterait Kiba jusqu'à la fin de ses jours.

« Pourtant... »

De nouveau, la voix, faible, de l'éploré s'éleva, ses sentiments me transperçant davantage. Je me mordis la lèvre inférieure afin de résister à l'envie déchirante de tourner les talons, d'enfouir au plus profond de moi-même ces secrets que je voulais fuir, enterrer. Le doute, un soupçon d'hésitation parvint à se frayer un chemin jusqu'au cœur de l'Ange déchu, que je ressentis par le biais de l'empathie qui nous liait.

« Pourtant, reprit l'homme, vous êtes là... »

Un sourire d'une infinie tristesse s'étira sur ses lèvres. Et sur les miennes, comme si nous n'étions plus que le miroir de l'un et de l'autre. Son cœur vacillait, hésitait, une lueur semblant naître en son sein. Une lueur chassant les ombres du désespoir, pourtant inspirée par celui d'un autre être.

« Ouais. Le printemps vient. Il faut continuer à vivre. »

Le sourire de l'homme se brisa alors qu'il éclatait en sanglots, ses regrets, sa tristesse, sa peine, ses remords me submergeant à nouveau. Mais la lueur était encore là, aussi nouvelle que fragile. De nouvelles larmes coulant silencieusement sur mes joues, j'obéis à une étrange impulsion, enlaçant cet homme qui était pourtant un étranger, semblable à Chani que j'avais repoussée lorsqu'elle s'était jetée dans mes bras. Mais la tristesse de l'homme m'affectait, et tel un alcool, ôtait les barrières de la raison, me poussant à agir selon mes sentiments. Selon cette peine que j'éprouvais pour lui, avec lui.

« Je sais, sanglota le déchu. Je sais... Mais je ne pourrais jamais me pardonner... »

Je m'écartai doucement du déchu, mes mains posées sur ses épaules, et plantai mon regard gris acier dans le sien, aux profondeurs insondables.

« Je sais. Moi non plus. Rendez-lui justice, et vivez. »

Je n'en dis pas plus. Le reste était véhiculé par ces sentiments profonds que nous, parfaits étrangers, partagions sans impunité. Je ne sus combien de temps je restai auprès de l'Ange déchu, mais et fut et à mesure que les minutes s'écoulaient, je le sentais reprendre petit à petit contrôle sur sa magie, sur son empathie. Ses sentiments se firent plus discrets, jusqu'à disparaître complètement de mon cœur, le sien se fermant également à mes propres tourments. Pourtant, l'émotion demeura encore un moment, avant que Kiba ne finisse par se lever, ôtant doucement mes mains de ses épaules et s'éloigna, m'adressant un dernier regard entendu. J'esquissai un mouvement pour le suivre, mais sa magie s'exprima une dernière fois, me prenant au dépourvu, non pas par la violence d'un sentiment de peine ou de tristesse, mais par la vague de reconnaissance qui déferla dans mon cœur. Dérouté par une telle sensation, je ne repris mes esprits qu'au moment où la porte de la maison se refermait sur le dos ailé de l'Ange déchu, qui s'envola.

Justice serait faite.

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