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 [Niv VI] Les graines de l'espoir

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Kim
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MessageSujet: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Jeu 16 Oct - 1:07


« Mimosa. »

Un souffle, recelant une note de tristesse. Mon regard rivé sur le corps inerte de la Fée, je demeurai immobile, incapable de m'avancer vers la demoiselle et d'effleurer de mes doigts sa peau diaphane, presque transparente. Ses cheveux blonds, d'ordinaire coiffés impeccablement, formaient autour de son visage aux traits tirés une auréole, se confondant presque avec le jaune des pétales sur lesquels elle était étendue. Vêtue d'une simple robe de couleur sable, la Gardienne de la Simplicité avait abandonné chacun des artifices de sa noblesse au Jardin Secret, mis à part son diadème d'or finement ciselé alors que même ses pieds étaient nus. J'ignorais si elle s'était accrochée avec désespoir au dernier legs de son ancienne souveraine ou si elle avait simplement préféré profiter pleinement du Jardin dans ses derniers instants, embrassant de sa peau nue son sol et ses fleurs. Nul ne savait quelle folie avait traversé l'esprit de la Gardienne alors que le monde à l'extérieur semblait vivre ses dernières heures, la magie disparaissant. Elle était demeurée recluse en cet endroit, au plus proche des secrets des hommes et des dieux sans y accorder la moindre attention. Et à présent, son regard céruléen fixait, absent, le firmament de ce lieu éclairé par aucun astre qui soit.

Quelques instants s'écoulèrent encore avant que, d'un battement d'ailes, je ne vienne à la hauteur de la Fée, prenant soin de ne pas poser le pied sur le Mimosa sur lequel elle était étendue. Et je me forçai à plonger mon regard gris acier dans celui azuré de la jeune femme, avant de poser doucement mes doigts sur son front, prêt à les descendre jusqu'aux paupières de la demoiselle. Mais un faible éclat dans son regard interrompit mon geste, alors que ce qui n'était presque plus qu'un murmure parvint à mon oreille.

« Tu es revenu... »

Je demeurai immobile et coi, incapable de démêler le mélange de sentiments contradictoires qu'éveillait en moi la voix faible de la Gardienne. Je comprenais à présent la raison pour laquelle sa fleur ne s'était pas refermée, afin de faire disparaître de ce monde le corps de la Fée. Et je comprenais également l'amertume d'Aubépine, dont le seul regard avait suffi à me faire revenir en ce lieu.

« Neibulla... Il est temps pour moi de partir. »

Son regard, presque vide, fixait toujours le firmament. Ses mots ne faisaient que confirmer ce que j'avais pressenti en découvrant son corps étendu sur sa fleur de naissance, prêt à disparaître. Et si l'énoncé d'une telle évidence aurait pu m'agacer en d'autres circonstances, il faisait à présent émerger en moi un sentiment de malaise et de tristesse étroitement liés.

« Je sais. »

Un sourire d'une tristesse infinie se dessina sur les lèvres de la Gardienne. Un sourire qui ne fit qu'accentuer mon malaise et ma peine. Tout le long du déclin de la magie, nous avions assisté à la déchéance de Mimosa. Folie était un bien grand euphémisme pour décrire le mal qui l'avait atteinte, au fur et à mesure que la nature et le monde se mouraient. Et au cours des derniers jours, j'avais été le seul à pouvoir encore accéder à cet endroit, à pouvoir témoigner de la piètre existence qu'était devenue celle de la Gardienne de la Simplicité. Son esprit bien trop fragile s'était brisé. Et la nature était finalement prête à l'accueillir, sa mort programmée prenant des airs de salut.

« Neibulla... »

Son sourire s'élargit quelque peu, et ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes. Je pouvais presque imaginer l'amusement se peindre sur les traits de ce qui avait autrefois été une Fée espiègle et taquine, ravie de faire sourire par un brin de fantaisie.

« Non, c'est un mensonge... poursuivit-elle, paisible. C'était un mensonge. Nécessaire. Tu n'es pas Neibulla. Tu ne peux l'être. »

Avec légèreté, j'ôtai mes doigts du front de la Gardienne, sentant la fleur aux pétales d'or s'agiter doucement, les mots de la Fée faisant écho au plus profond de mon âme. Myrialuna n'y avait jamais accordé d'importance. Aussi les autres Gardiennes s'étaient-elles faites discrètes sur le sujet. Mais ma naissance n'avait guère eu lieu au sein des pétales de la Neibulla du Jardin Secret.

« C'est vrai, acquiesçai-je à mi-voix. »

Le sourire de la dame s'effaça de ses lèvres, ses yeux se rouvrirent. Son regard, toujours rivé sur un firmament au-delà de la réalité. Faible, sa main s'éleva, ouverte vers ce ciel sans étoiles qu'elle contemplait sans le voir. Et une plainte, me tirant un frisson, franchit ses lèvres pâles, les pétales du Mimosa commençant lentement à se refermer sur son corps.

« Le monde se meurt... Adieu... »

S'il y avait eu une lueur de lucidité dans le regard de la Gardienne, il semblait qu'elle avait à présent disparu. Je me détournai, les pétales de la fleur ayant presque achevé de dissimuler le corps de la Fée, ses derniers mots franchissant les derniers interstices existant entre les pétales du Mimosa.

« … ichaer o rheisin. »
« ... sang des rois. »

832 mots

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Kim
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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Jeu 16 Oct - 1:24


« Mimosa est morte. »

Une lueur de crainte passa fugacement dans le regard onyx de la Fée, qui demeura silencieuse. Bleuet, Gardienne de la Délicatesse, et sa peau aux reflets bleutés, aux cheveux aile corbeau. Et surtout, la déférence nouvelle dont elle faisait preuve envers moi, une déférence presque craintive, alors qu'elle me connaissait depuis que j'étais entré dans le Conseil des Gardiennes du Jardin Secret, débutant avec plus ou moins de maladresse dans le domaine de la politique. Autrefois douce et attentionnée à mon égard, confiante en l'espoir que je représentais malgré moi, la jeune femme n'était plus qu'une étrangère arborant un masque d'indifférence prudente. Et ce depuis que j'étais revenu de la Cité engloutie, depuis que j'avais affirmé être enfin prêt à m'asseoir sur le trône féerique.

« Je n'l'ai pas tuée, grommelai-je, à la fois agacé et dépité. »

J'avais beau ne pas posséder de pouvoir de télépathie, j'avais beau être l'un des enfants Taiji les plus médiocres en terme de psychologie, il ne m'avait pas été très compliqué de deviner les raisons pour lesquelles Bleuet était devenue plus distante. D'autant plus que quelques paires d'oreilles qui m'étaient fidèles traînaient dans les jardins féeriques, me rapportant les espoirs et les craintes du peuple, cristallisés dans le comportement de la Gardienne de la Délicatesse. Et s'il me semblait compliqué de convaincre la jeune femme par de simples mots, j'eus au moins la satisfaction de voir s'étirer sur ses lèvres l'ombre d'un sourire, mêlant amusement et embarras. Elle m'avait connu réfractaire aux formalités, elle m'avait connu brut de décoffrage, récalcitrant à corriger un parler bien plus formaté par les routes de campagne que par la cour des nobles. Et pour être honnête, je me serais bien passé d'exercice verbaux si l'on ne m'avait pas fait comprendre à quel point il était important pour le peuple de comprendre un minimum son souverain.

« Elle est morte de sa belle mort, complétai-je, doucement. »

Le regard onyx de la Gardienne vint fixer le sol, peiné. Son sourire se dissipa et elle joignit machinalement ses mains devant elle, sur le tissu de la robe simple mais élégante, lavande.

« Je suis désolée. Je ne voulais pas vous offenser. »

Je haussai un sourcil, me contraignant au silence. Sa formalité m'agaçait d'ores et déjà, alors que je devrais très probablement supporter ce genre de chose durant une assez longue partie de mon existence – je n'entendais pas monter sur le trône pour abdiquer quelques saisons plus tard à peine. L'envie de répliquer avec cynisme à la demoiselle me démangeait, mais je n'en fis rien, préférant lui laisser l'initiative. Je doutais que nos chemins se soient croisés par hasard.

« Mais... vous devez le savoir. Si le peuple vous acclame et voit en vous un espoir, certaines d'entre nous ne peuvent s'empêcher d'éprouver certaines craintes, de différentes natures. Certaines craignent que vous ne gouverniez que dans l'aversion de ce que nos deux précédentes reines ont effectué. D'autres, en revanche, voient encore planer sur vous l'ombre de feu Myrialuna Aiyena. »

Je me renfrognai, songeant aux propos que m'avait tenu Nastaé. Le peuple n'est qu'un. Il est une entité à gérer avec savoir-faire et habileté. En l'occurrence, je voyais surtout mon peuple devenir multiple, aucune de mes semblables ne semblant avoir la même opinion que sa voisine. Quand bien même j'étais conscient que les craintes rapportées par Bleuet ne siégeaient que dans le cœur d'une minorité. Une minorité cependant existante.

« D'autres voient en vous le guerrier qui s'est illustré lors de la bataille d'Eärudien, et espèrent que celui-ci ne deviendra pas un conquérant. »

Et encore, cette déférence, ce masque de politesse qui, loin de dissimuler les sentiments de la Gardienne, ne faisait que les mettre en exergue.

« Bleuet, l'interrompis-je, peiné, si je dois devenir quelque chose, c'est protecteur du peuple féerique. J'n'entends pas envoyer les miennes se faire décimer pour une quelconque cause mégalomaniaque. C'est absurde. Comme il serait absurde de gouverner aux antipodes de Myrialuna et de Caelina simplement à cause du mécontentement qu'ont suscité leurs politiques. Le concept de subtilité m'est pas totalement étranger... »

Bien que consterné, je retins un soupir. Déverser toute ma frustration sur la Gardienne serait probablement le meilleur moyen de perdre définitivement sa confiance fragile. Quand bien même il était plus que blessant pour moi que l'une de celles qui avait survécu au chaos et géré le peuple féerique à mon côté adopte un tel comportement.

« Je n'ai pas non plus l'intention de continuer sur la lancée de Myrialuna, qu'on se le dise, repris-je. Le peuple ne s'est pas révolté juste pour le plaisir.
- Je le sais bien, répondit la Gardienne, amère. Je ne voulais pas vous blâmer pour quoi que ce soit. Je voulais simplement vous informer que certaines personnes souhaitent vous voir. »

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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Jeu 16 Oct - 1:27


Sans peine, je parvenais à deviner la présence de nombre de mes semblables, juchées sur les rochers, les arbres, les fleurs voire même sur quelques brins d'herbe, la rumeur courant dans cette foule amassée à quelques pas humains de la Rivière Eternité, au pied des Cascades Cristallines. Toutes étaient venues, attirées par la curiosité et le renom, leurs prunelles brillant d'excitation et de respect mêlés. Et au centre de toute cette attention, trois individus, parés de métal et de cuir, l'acier aiguisé de leurs armes brillant sous les rayons d'un soleil montant. Deux Fées et un Illuminae, stoïques, même devant l'agitation qu'avait provoqué leur arrivée, accompagnés de trois félins flegmatiques. En d'autres circonstances, l'effervescence aurait été moindre, mais à la veille de l'avènement d'un nouvel Edelweiss, leur présence ne pouvait que faire chauffer les langues et attiser les regards. Nul doute qu'une nouvelle ballade de ménestrel allait être chantée dans les jardins lorsque le soleil se coucherait sur l'horizon.

Suivi par Bleuet et Aubépine, je me frayai sans mal un chemin jusqu'au centre de l'attroupement, mes semblables s'écartant respectueusement sur notre passage, sans toutefois chercher à dissimuler leur excitation. Et je me posai à quelques pas des trois Fées et des trois félins qui les accompagnaient, avisant d'un œil exercé les détails qui trahissaient leur nature de guerriers hors-pairs. Tous trois étaient vêtus d'armures de cuir renforcées par endroit d'un métal léger, leur hanche parée d'un sabre, les cheveux longs coiffés en une queue de cheval plus pratique qu'esthétique. Au milieu, l'Illuminae attendait patiemment, les bras croisés parfaitement serein, s'imposant par nature comme leader, néanmoins couvé par le regard protecteur d'un chat au pelage sombre, assis derrière lui. Ses ailes, d'un brun sombre, auraient presque put être confondue avec celles d'une Nyxie, mais quiconque s'attardait dans son observation pouvait deviner que le Fé n'était pas de celles rongées par les ténèbres de la vengeance. A sa droite, l'une des jeunes femmes, à peine plus petite que lui, aux prunelles et aux ailes céruléennes, contentait un félin au poil gris clair, sa main caressant avec douceur le pelage de l'animal. Quant à la dernière Fée, elle était demeurée juchée sur le dos du troisième chat au poil roux, ses ailes semblant se confondre avec le pelage chaud du félidé.

« Cyrfarshion, Iannic-an, saluai-je en m'inclinant légèrement. »
« Salutations, Iannic-an. »

L'Illuminae décroisa les bras, l'ombre d'un sourire se dessinant sur ses lèvres, alors que ses deux compagnes le rejoignaient, se détournant de leurs compagnon félins. D'un commun accord, les trois guerriers s'inclinèrent à leur tour.

« Cyrfarshion, Enzel Taiji, salua en retour l'Illuminae, parlant pour ses subordonnées. »
« Salutations, Enzel Taiji. »

Le silence qu'avait provoqué mon arrivé se volatilisa peu à peu alors que les spectatrices murmuraient entre elles, certaines étonnées, d'autres impatientes. S'il y avait bien une chose qui était incertaine en ce moment au sein du peuple féerique, c'était la manière dont il fallait me nommer, moi, futur souverain ne portant pas encore la couronne, répondant encore officiellement au titre de Neibulla. La neutralité du guerrier quant à ce problème laissait présager le meilleur comme le pire.

« Jamais ne nous sommes-nous rencontrés officiellement, aussi permettez-moi de me présenter : mon nom est Zael Eisen, Ylein des Chevaucheuses Iannic-an. Et voici deux de mes Elein, Yeine et Ceres Tsirael. »

J'acquiesçai d'un signe de tête, l'encourageant à poursuivre. S'il était vrai que je n'avais jamais rencontré l'Illuminae en personne, son nom ne m'était pas inconnu. Tout comme sa fonction et ses prouesses. J'aurais été un bien mauvais Gardien si je ne m'étais pas intéressé un minimum aux illustres individus de mon peuple. Les prunelles bistre de l'homme s'égarèrent du côté des eaux tranquilles, cheminant vers l'aval.

« Les rumeurs courent, les fleurs parlent, reprit l'Ylein. Le printemps revient et avec lui, le renouveau de notre peuple. Les Iannic-an ne peuvent l'ignorer. »

Son regard, droit et fier, vint se planter dans le mien. Un regard lourd à supporter, encore plus lourd que celui de mes consœurs Gardiennes. Et je devinai que cet homme aurait pu gouverner s'il avait vu le jour au sein des pétales blancs de l'Edelweiss. Mais son ambition et ses espoirs se trouvaient ailleurs, je le sentais.

« Il est vrai que nous nous sommes détournées de Caelina et de Myrialuna Aiyena, préférant suivre nos codes plutôt que ceux de ces deux Edelweiss, sans causer de heurts. Mais il est dit que celui qui est à présent voué à devenir Edelweiss emprunte une voie différente. Une voie qui pourrait bel et bien converger avec la nôtre. Enzel Taiji, nous sommes prêtes à vous dévouer nos lames. »

Le regard droit et fier. Les mots qui suivirent, j'aurais pu les deviner rien qu'en plongeant mon regard dans ses prunelles bistre, celles d'un guerrier de valeur, lui aussi déçu par la passivité des deux précédentes reines.

« A condition que vous nous prouviez votre valeur. »

812 mots

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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Ven 17 Oct - 1:29

Un murmure de consternation et d'excitation mêlées parcourut la foule des spectatrices. L'audace du guerrier n'était guère apprécié de toutes, le défi au futur souverain que j'étais pouvant aisément passer pour un affront. Mais je savais pertinemment que cela aurait été une immense erreur de ma part que de prendre les choses ainsi.

Les Chevaucheuses Iannic-an. Telles étaient dénommées celles qui parcouraient les terres du Yin et du Yang à dos de leurs fidèles destriers, qui, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, n'appartenaient pas aux races équestres, mais aux races félines. Autrement dit, ces Fées étaient de célèbres guerrières au sein de notre peuple élevant et montant des chats pour partir au combat, conservant leur taille naturelle. Et quand bien même la chose pouvait paraître risible aux yeux des autres races, les Iannic-an constituaient une élite, s'étant illustrée sur plus d'un champ de bataille, si bien que tout stratège avisé savait reconnaître le danger lorsqu'il entendait le nom de cette élite féerique. Furtives et promptes, les Iannic-an avaient renversé le cours de plusieurs bataille grâce à leurs frappes éclairs, et étaient d'ailleurs à l'origine d'une pratique cavalière bien plus large au sein de l'armée féerique actuelle. Si les Fées partaient en guerre à dos de mini-dragons, d'oiseaux ou d'autres petits animaux, c'était avant tout grâce à l'exemple donné par les Chevaucheuses Iannic-an.

Et bien idiot aurait été celui estimant qu'une Iannic-an n'était rien sans sa monture. Si ces guerrières établissaient effectivement un lien privilégié avec leur félin, presque au même titre que leurs fleurs, elles demeuraient avant tout des combattantes hors pairs, obéissant à des codes stricts et menant un mode de vie des plus spartiates. Aussi, prouver sa valeur aux yeux d'une Iannic-an n'était pas une mince affaire. Mais il était également certain que compter ces Fée guerrières parmi ses alliés était un atout de taille. Soutenant le regard bistre de Zael, je demeurai silencieux, mon attitude seule montrant que j'avais bel et bien accepté le défi de l'Ylain, dont les lèvres avaient esquissé un nouveau sourire.

« Yeine. »

Le bras de l'Illuminae s'était tendu et, le plus naturellement du monde, ses doigts se refermèrent sur la lance que sa subordonnée lui avaient lancé suite à son injonction. A peine eut-il assuré sa prise sur la hampe de l'arme qu'il fondit sur moi, la pointe en acier visant ma gorge découverte. Et si je me devais effectivement de louer la promptitude du guerrier, je fus cependant en mesure de voir précisément arriver son coup, minutieusement calculé, et fis un pas en arrière. Un seul. La pointe de la lance s'arrêta à quelques centimètres à peine de ma chair, sans même l'effleurer. Pendant un bref instant, nous restâmes figés dans cette position. Lui, penché en avant, son coup arrêté, et moi, stoïque, ne me détournant guère de la pointe qui m'aurait été mortelle si je n'avais pas reculé. Son sourire s'élargit, sa lance se rétracta. Pour décrire un large arc de cercle horizontal, n'ayant pour seul but que la décapitation de sa cible. Fléchissant sur mes appuis, je me glissai sous la pointe de la lance et sur le flanc de l'Illuminae, faisant dans le même temps émerger de ma paume ma lame noire, Erys.

Pivotant, j'en profitai pour asséner un coup au Iannic-an, visant ses côtes du plat de ma lame, qui rencontra cependant l'acier de sa hampe. D'un bond, le guerrier reprit ses distances, provoquant un mouvement de recul chez les Fées un peu trop curieuses qui s'étaient approchées. Les ailes colorées dansèrent, les demoiselles s'envolant pour trouver un autre perchoir leur permettant de ne rien rater du spectacle.

« Ne vous retenez pas. »

Le ton de l'Illuminae se voulait détaché, mais je décelai dans sa voix un soupçon de satisfaction. Un sourire discret se dessina sur mes lèvres alors qu'une seconde lame émergeait de ma peau, d'un acier blanc aux reflets bleutés.

« Valeria, hedfan â. »
« Valeria, vole. »

Telle une flèche tirée par un arc puissant, la lame nacrée fusa dans les airs, fondant sur l'Ylein des Iannic-an. Ouvrant les doigts de mon autre main, je lâchai à son tour ma lame noire, qui lévita au-dessus de ma paume, par la magie de la télékinésie.

« Erys, slaes â. »
« Erys, tranche. »

Franchissant un Portail, la lame noire réapparut dans le dos de mon adversaire, qui fit décrire à sa lance une spirale déviant mes deux fers l'ayant pris en tenaille, avant de fondre à nouveau sur moi, ses ailes brunes le propulsant à grande vitesse. D'un bond, je m'écartai de sa trajectoire et refermai mes doigts sur le pendentif de Vive, qui reprit instantanément sa forme naturelle. Mes deux autres lames revenant harceler le guerrier, nous ne tardâmes à nous envoler, valsant au-dessus des eaux de la rivière d'une danse d'acier, aussi élégante que dangereuse.

800 mots

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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Lun 20 Oct - 0:33

« La valeur ne réside pas seulement dans les faits d'armes, vous m'excuserez pour cette divergence d'esprit. »

Un sourire, honnête, se dessina sur les lèvres de l'Ylein, nonobstant la douleur qui devait très probablement le tarauder, alors que j'exerçai mon savoir-faire de médecin sur son corps quelque peu malmené par la confrontation que nous venions tout juste d'achever. Si Zael avait protesté en premier temps en me voyant me pencher ainsi sur ce qu'il jugeait n'être que des égratignures, il avait rapidement abandonné les réticences, autant par lassitude que par discernement. Il n'était guère difficile de reconnaître mon obstination sur certains sujets, et la magie blanche était l'un de ceux-ci.

« Une divergence qui, ma foi, n'existe pas réellement, répliqua l'Illuminae, une lueur d'espièglerie dans son regard bistre. 
- Oh. »

Lâchant le bras du guerrier, je lui coulai un regard empli d'ironie. Zael Eisen avait beau être Ylein des Iannic-an, il n'en demeurait pas moins un Fé, aussi malicieux que ses congénères. S'il était dit que les Illuminae étaient moins espiègles que leurs semblables féminines, une ou deux taquineries de notre part n'étaient guère surprenantes. Même quand elles concernaient une bonne partie de notre peuple. Autrement, Zael et moi n'aurions pas conclu notre affrontement à l'abri des regards, nous engouffrant dans un Portail nous ayant téléporté entre les fleurs d'un prunus aux pétales rosés.

« Auriez-vous eu arrêté votre choix avant même que nous ne croisions le fer ? demandai-je, malicieux.
- Qui sait ? me répondit-il sur le même ton, son sourire se faisant mystérieux. Nous autres Iannic-an avons notre sens de l'honneur et de la fierté. »

Songeur, je fis machinalement tourner ma baguette d'ébène entre mes doigts, avant de la faire disparaître dans un halo de lumière argentée. Il était vrai que les Chevaucheuses étaient tout aussi réputées pour leur compétence que pour leur fierté, inhérente à un code d'honneur défini, qu'elles respectaient à la lettre. Loyauté, force et rigueur n'étaient là que quelques-unes des valeurs tant chéries par ces combattantes redoutables.

« Heureusement, commentai-je distraitement. Sinon, je n'aurais pas donné cher de ma peau. »

Un rire franc s'échappa des lèvres du guerrier, assis en tailleur sur l'une des branches du prunus, le plus naturellement du monde, sa lance reposant sur ses genoux.

« Modestie, fit-il avec un geste de la main, comme s'il écartait mon commentaire avec nonchalance. L'issue n'était pas aussi claire que vous semblez le penser. »

Je haussai les épaules, désinvolte. Peu importait, à présent que j'étais certain du soutien des Iannic-an. Les considérations martiales étaient certes importantes, mais étaient loin d'être les inquiétudes premières du peuple féerique. Comme je l'avais fait savoir à Bleuet plus tôt dans la journée, il n'était guère dans mes intentions de devenir un conquérant mégalomaniaque. Un miaulement me tira de mes pensées, et j'avisai le félin au poil long grimpant lestement dans l'arbre dans lequel nous nous étions plus ou moins dissimulés – quand bien même il était certain que nos semblables finiraient par nous retrouver.

« Et bien, qui voilà... commenta Zael, amusé. Lyrl, n'abîme pas les fleurs ! »

Un nouveau miaulement, que je devinai presque offusqué, répondit à l'Ylein, qui sourit à nouveau, narquois. A n'en pas douter, le félin était son compagnon, que j'avais déjà aperçu avant la confrontation, bête majestueuse à la prunelle ambré et au poil brun strié de blanc. Mon sourire, comme celui de Zael, s'effaça cependant lorsque j'avisai la paire d'ailes translucide d'une Fée gravissant l'arbre, suivant l'animal, sa chevelure aux reflets bleutés parsemée de mèches vermeil malheureusement familière. Dépassant le félin, la demoiselle parvint à notre hauteur en quelques instants, son regard aussi froid que les neiges éternelles de la montagne de l'Edelweiss se rivant sur moi.

« Arum... Non, Liselle. »

Un sourire dénué de toute sympathie se dessina sur les lèvres de la Gardienne déchue, dont je n'avais eu aucune nouvelle depuis l'abdication de Myrialuna. Destituée en même temps que l'ancienne souveraine, la jeune femme avait tout simplement disparu dans les suites de la révolution, sûrement par crainte des représailles d'un peuple dont elle n'avait plus la confiance.

« Ravie d'avoir marqué suffisamment ton esprit pour qu'il se souvienne de moi, répliqua-t-elle avec ironie, s'inclinant légèrement, ô nouveau roi, piétinant avec mépris sur un chemin que tant d'autres ont lutté à tracer. »

Silencieux, je me contraignis à l'indifférence, alors que l'ancienne Arum plongeait à nouveau son regard dans le mien, brûlant d'un ressentiment presque palpable. Du coin de l'oeil, je perçus un mouvement de la part de Zael, mais lui intimai de demeurer passif d'un geste de main.

« Myrialuna a eu tort de te faire confiance, Enzel. Tout ce que tu parviendras à faire, c'est à ruiner le peuple féerique. Les Nyxies ne nous apporteront que le malheur et la défiance, la décadence et le chaos. Ce n'était pas ce que souhaitait notre Edelweiss ! 
- Ton Edelweiss n'est plus, répliqua froidement Zael. Tout comme ta sagesse, autrefois louée, visiblement. »

La Fée jeta un regard noir à l'Ylein, qui demeura impassible. Et je lui coupai l'herbe sous le pied alors qu'elle s'apprêtait à répliquer au guerrier.

« Paix, Liselle. Le moment pour créer davantage de dissensions au sein de notre peuple est mal choisi. Tu aurais voulu que je continue à ignorer toute une partie du peuple féerique qui ne demande qu'à être entendue ? C'est cela qui aurait entraîné notre décadence. Il n'y a qu'à se rappeler de ce qu'il s'est passé au cours de l'avènement du printemps précédent le déclin de la magie pour le comprendre. 
- L'avènement du printemps n'a fait que nous rappeler la vraie nature des Nyxies, répondit l'ancienne Gardienne, acerbe. Duplicité, fourberie. J'ai eu tort de croire que tu étais différent. Tu n'es, au final, que l'un des leurs, sinon leur marionnette, méprisable ersatz de souverain. »

Sa haine et son mépris, ainsi crachés directement à la figure m'auraient stupéfié un instant si Zael n'avait pas bondi de sa branche, brandissant sa lance en direction de la jeune femme.

« Si ce n'est que pour cracher ton venin que tu es ici, va-t'en, misérable. Je ne tolérerai pas une insulte de plus. »

Un rictus méprisant tordit la bouche de la Fée, qui obtempéra cependant, s'écartant rapidement du fer de l'Illuminae et s'envolant, disparaissant entre les fleurs rosées du prunus, sa magie l'enveloppant afin de changer son apparence. Ses derniers mots nous parvinrent cependant, comme murmurés par les pétales mêmes des fleurs qui nous entouraient.

« La mort de Kyliam ne vous sera jamais pardonnée. »

1 092 mots

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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Mar 21 Oct - 0:54


« Hum... Vous me voyez désolée d'une telle contrariété. »

J'en aurais soupiré d'exaspération si l'heure n'avait pas été à la maîtrise de mes émotions. Levant mon regard vers la cime du prunus, j'avisai la Fée aux ailes noir de jais venant de faire son apparition, son sort d'invisibilité se dissipant pour dévoiler un sourire amusé. L'instant d'un battement de cœur, l'ambre de ma synesthésie parut dans mes prunelles, me permettant ainsi de déceler la présence de quatre autres Fées volant en direction de notre prunus, dont les fleurs, auparavant indifférentes, s'éveillaient à la curiosité d'un tel rassemblement.

« Cependant, si vous me le permettez, la mort de Luria et celle de Kyliam ne sont que le fruit de l'incompétence de Myrialuna, pas de la vôtre. »

L'agacement de Zael était presque palpable, cependant, son fer s'abaissa et seul son regard dénué de tout préjugé se posa sur la Nyxie, perchée sur une branche plus haute que la nôtre, ses doigts fins jouant machinalement avec une baguette blanche finement sculptée. Visiblement, l'Ylein appréciait aussi peu le mépris de Liselle que l'effronterie de la Fée aux ailes noires.

« Je pourrais vous rendre service, ceci dit, poursuivit innocemment la jeune femme aux longs cheveux bruns. »

Je fronçai imperceptiblement les sourcils, mon regard suivant la direction qu'avait emprunté Liselle en quittant l'arbre, dont j'avais également perçu la magie en usant de ma synesthésie. Si le sous-entendu de la Fée aurait pu paraître obscur aux yeux de n'importe quel individu lambda, il n'était que d'une effroyable clarté pour moi. Et pour Zael, dont le regard bistre fut traversé par un éclair d'indignation.  

« Non merci, répliquai-je avec un détachement parfaitement feint. Sans vouloir vous offenser, la nature de vos services est quelque peu discutable en ce jour, Sela. »

Un rire cristallin s'échappa des lèvres de la demoiselle. Je n'aurais guère pu être plus prévisible... Mais en même temps, je n'avais guère envie de faire couler le sang alors même que je n'étais même pas officiellement couronné Edelweiss. Loin de moi l'envie de confirmer les craintes de Bleuet, même en gardant les mains propres en confiant à Sela l'exécution des tâches immorales.

« En effet, ce jour est un jour faste, reprit la jeune femme, taquine, une fois son rire calmé. Ce soir, notre peuple aura un Roi. Un Roi qui aura su faire des Nyxies ses alliées et des Iannic-an son épée. Je danserai pour vous cette nuit, Chevaucheur, ajouta-t-elle en lançant un regard charmeur à Zael, qui détourna le regard.
- C'est pour la nature que nous dansons, Nyxie, rectifia le guerrier, feignant le désintérêt. 
- Bien sûr... acquiesça la jeune femme, pas le moins du monde offensée. … Oh ! »

Virevoltant dans les airs, la jeune femme quitta promptement sa branche, esquivant ainsi la patte du félin qui était parvenu à se hisser jusqu'à cette hauteur avec une discrétion remarquable. Quelque peu frustré par la fuite de son nouveau jouet, Llyrl émit un miaulement en foudroyant du regard la Nyxie, avant d'entreprendre de lustrer son poil.

« Charmante créature... commenta Sela, visiblement perplexe. Il faudra que vous m'appreniez à les apprécier autant que les fleurs. »

J'ignorais si son commentaire était ironique. Plus que toutes les autres, les Nyxies étaient attachées à leurs fleurs et avaient le mépris aisé pour tout ce qui était susceptible de leur nuire. Y compris, parfois, la faune négligente. Mais ni Zael ni moi eurent le loisir d'approfondir la question.

« Notre futur Edelweiss nous rend bien les choses difficiles, fuyant ainsi les regards. »

Guère surpris par l'apparition d'une Fée aux ailes ambrées, j'offris à la nouvelle venue un sourire faussement innocent.

« Vous m'en voyez navré, répliquai-je sans l'once d'un remord cependant, Senaidhie Inis Cyrhiel. C'est un honneur que de vous recevoir sur ces terres.
- Ne soyez pas ridicule, me gourmanda la Fée aux ailes d'or avec une moue désapprobatrice. Je survolais ces terres bien avant que vous ne soyez Pyxie, ma venue n'a rien d'exceptionnel. Celle de ces dames, en revanche, l'est bien plus, poursuivit-elle en rivant son regard sur les trois Fées s'approchant de notre perchoir devenu soudainement bien peuplé. »

Mon regard suivit le sien, à l'instar de ceux de Sela et de Zael. Deux paires d'ailes améthyste encadrant une paire d'ailes translucide. Mon regard se perdit à nouveau dans le lointain, teinté d'ambre, et un sourire mi-figue mi-raisin se dessina sur mes lèvres lorsque j'avisai la foule féerique qui volait en direction de notre prunus, suivant les trois demoiselles mentionnées par Inis.

« Vous exagérez, Inis, protesta l'une des Fées aux ailes d'un violet sombre.
- En effet, nous exagérons, toutes autant que nous sommes, acquiesça la Senaidhie, malicieuse. Nous aurions toutes pu attendre ce soir avant de harceler notre pauvre souverain, mais voilà que la curiosité l'a emporté sur le reste. Je ne nous félicite vraiment pas. »

Je lus dans les prunelles de Zael un mélange de consternation et d'embarras. Dans celles de Sela, de l'amusement. Et dans celles des trois nouvelles arrivantes, la curiosité se disputait à la gêne. Inis Cyrhiel, érudite reconnue du peuple féerique, ne semblait guère embarrassée à l'idée de profiter de sa présente renommée pour réprimander ses congénères. Aussi importantes soient-elles, les dernières arrivées n'étant nulles autres que les représentantes des communautés féeriques de la chaîne de la Montagne de l'Edelweiss enneigé.

« Du vent, mesdemoiselles, conclut-elle. Les présentations officielles se feront ce soir. »

906 mots

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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Mer 22 Oct - 2:15


« Et ainsi, j'offre une lumière nouvelle aux Aos Fae Li, filles de la nature et gardiennes des fleurs. »

Aubépine, Gardienne de la prudence et doyenne parmi les siennes, vint chercher avec élégance la lueur solaire présente au creux de mes mains, que je lui présentai dans la plus grande humilité, agenouillé à même le sol, le regard baissé. Doucement, les mains de la Fée entourèrent la lueur, avant qu'elle ne lève les bras, montrant à toutes le concentré de lumière magique, avant que celui-ci ne se disperse en une multitude de boules venant imprégner et éclairer toutes les fleurs alentours, sur lesquelles étaient juchées la plupart des spectatrices. Si certains peuples avaient pour coutume d'élever le souverain lors de son intronisation, le nôtre, en cette occasion, avait choisi de faire l'inverse.

« Et ainsi, notre peuple accueille une nouvelle Edelweiss. »

La voix douce mais ferme de la Gardienne de la Prudence fit frémir l'assemblée, qui demeura néanmoins silencieuse, et ce malgré l'excitation presque palpable. Quant à moi, je m'efforçai de demeurer impassible, en dépit de la nervosité et de la multitude de regards qui étaient rivés sur moi. Ne pas voir l'impatience de toute cette foule était presque plus insupportable que d'avoir à lui faire face directement. Avec légèreté, Rose vint se poser à côté de sa consoeur aux cheveux d'or, lui présentant de ses deux mains un diadème en argent, serti d'un joyau de verre féerique. Il n'était guère dans les mœurs féeriques que de faire l'étalage d'une opulence excessive, et quiconque possédait un zeste de culture féerique était capable d'apprécier la valeur de cette couronne d'une élégante simplicité. Et, avec grâce, Aubépine vint ceindre mon front d'un tel joyau, que je savais pertinemment être le premier à porter. Les marques de royauté de Myrialuna avaient été détruites au cours de la révolte qui avait mené à son abdication.

Je me relevai, doucement, m'efforçant d'ignorer les battements bien trop rapides de mon cœur tambourinant dans ma poitrine. Et alors que Rose et Aubépine se reculaient d'un pas, je m'inclinai, lentement, la main sur le cœur, l'esprit ouvert à celui de toutes les fleurs environnantes.

« Pour vous toutes, je m'élève et je brille. »

Mes ailes, qui n'émettaient jusque-là qu'une faible lueur blanche, s'illuminèrent davantage, produisant une lumière presque aveuglante, dissimulant presque totalement leur noirceur. Et je m'élevai, décrivant une spirale gracieuse, laissant dans mon sillage une poussière féerique des plus pures, digne de l'Edelweiss que j'étais devenu. Les murmures commencèrent à gagner l'assemblée, et bien assez tôt, ce fut une foule de mes semblables qui me suivit, alors que je m'éloignai en direction de la Rivière. Nul besoin de palais, nul besoin de fioritures pour introniser un roi : la nature était un cadre d'un prestige suffisant pour ce faire.

Une fois au-dessus des eaux, je décrivis un virage, avant de saisir la main de la première Fée qui m'avait rattrapé, découvrant avec un sourire Loryë, qui virevolta volontiers en ma compagnie pendant quelques instants.

« Que la danse commence ! »

Une clameur accueillit mon invitation, et nombre de mes semblables ne tardèrent pas à s'élever à leur tour au-dessus des eaux, semant derrière elle des grains de poussière féerique aux couleurs diverses et variées, s'immergeant volontiers dans l'ivresse du spectacle débutant, la nature fébrile et impatiente ne demandant qu'à être illuminée par la lueur du soleil capturée dans nos ailes. Et pendant un laps de temps qui me parut aussi court qu'éternel, je dansai également, m'abandonnant à l'empathie, embrassant la nature toute entière comme je ne l'avais jamais fait auparavant. Avant de quitter la danse, pour venir me jucher sur l'une des pierres de la falaise, observant, un sourire aux lèvres, le spectacle se poursuivre. Et s'ensuivit le moment le plus long de la nuit.

Mehilde Deowyn, Heda Harda, Linis Shrira de la Montagne de l'Edelweiss enneigé. Shynma Trinil, Rhen Elil du Rocher au Clair de Lune. Silke Eril de Stenfek. Finis Lorel, Cyrial Valil, Nimel Isen d'Eärudien. Milla Sabielle, Zaia Danie de Dhitys. Aya Yue d'Orihime. Vana Leoba d'Utopia. Et bien d'autres encore, qui vinrent se présenter officiellement, reconnaissant en moi le souverain légitime du peuple féerique, au nom de toutes celles qu'elles représentaient, venant des quatre coins du monde. Et ce fut au terme de ce long cérémonial que je remerciai intérieurement Inis Cyrhiel de me l'avoir épargné plus tôt dans la journée. J'ignorais si c'était là l'effet de la couronne ou du spectacle, mais je me sentais bien moins nerveux que lorsque j'avais discuté avec Sela et Zael, perché dans notre prunus.

Et alors que l'une des représentantes des Fées océanes retournait à la danse après m'avoir salué, j'avisai un visage quelque peu familier s'élever dans ma direction, éclairé par deux prunelles émeraude. Je ne pouvais affirmer connaître parfaitement Kea Elize, mais je m'étais suffisamment entretenu avec elle au cours de ces derniers mois pour ne plus la considérer comme une étrangère. Maintes et maintes fois, nous avions discuté du passé et de l'avenir de l'armée féerique à laquelle elle appartenait, en sa qualité de chef de cohorte.

« Vous ne dansez pas, Kea ?
- Pour tout vous avouer, je ne suis guère très à l'aise au milieu d'un tel rassemblement. »

La demoiselle avait détourné le regard pour scruter les différentes lueurs féeriques virevoltant au-dessus des eaux. Il n'était guère difficile de deviner le manque de sincérité de la militaire.

« Vous ne devriez pas tant vous inquiéter, pas cette nuit en tout cas. Je sais que vous prenez votre devoir très à cœur, mais... profitez-en. L'aube ne va pas tarder. »

Et ne lui laissant guère le choix, je délaissai mon rocher et lui tendis la main. Un grommellement inintelligible s'échappa des lèvres de la Fée aux prunelles émeraude, qui accepta cependant mon invitation et se laissa entraîner vers le cœur des festivités. Mon esprit s'ouvrant à nouveau, je sentis le sien en faire de même, ainsi que l'euphorie croître à nouveau parmi mes congénères et nos fleurs, toutes ravies de voir l'Edelweiss se joindre une nouvelle fois à elles.

1 013 mots

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Dernière édition par Kim le Mer 22 Oct - 2:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Niv VI] Les graines de l'espoir   Mer 22 Oct - 2:20


L'extase de la communion. Cette symbiose parfaite entre la Fée et les fleurs, entre les fleurs et les Fées, entre les Fées entre elles. Même si ce n'était que l'espace d'un instant, toute différence s'effaçait pour ne laisser qu'une certitude : nous étions une avec la nature, la nature était une avec nous. Nous venions toutes du même endroit. Et nous y retournerions toutes. Le peuple n'était qu'un, indivisible. Entre mes doigts, Aedd Dhu se matérialisa une nouvelle fois, et dans cette valse harmonieuse, je disparus, sans provoquer le moindre heurt.

Rouvrant les yeux, je redécouvris avec un sourire le plus beau des jardins s'étendre devant moi, les fleurs majestueuses entourant un arbre millénaire, précieux trésor de cet endroit le plus secret de tous. Et malgré les murmures féeriques de plus en plus audibles à mes oreilles, je ne m'approchai pas de l'arbre, résistant à la tentation auquel l'esprit faible aurait cédé. Libérer tous les secrets de ces terres n'était guère le rôle de celui ou celle qui accédait au rang d'Edelweiss.

Inspirant profondément, j'emplis mes poumons de l'air pur du Jardin des Secrets, humant le doux parfum de ses fleurs. Et perçus l'accueil chaleureux de ces dernières, dont la gentillesse ne semblait avoir guère de limites. Feu Mimosa rongée par la folie et le désespoir, elles ne l'avaient pas rejetée, mais accueillie en leur sein, pour qu'elle puisse s'y éteindre dans la plus grande des sérénités. Et malgré le funeste sort de la Gardienne, je ne pouvais qu'éprouver de la reconnaissance envers ces fleurs pour avoir offert la paix à l'ancienne Gardienne de la Simplicité.

Aubépine m'offrit un sourire chaleureux alors qu'elle se matérialisait au-dessus des pétales de sa fleur, sa baguette d'un bois rouge reposant entre ses doigts fins. Son silence valait bien plus que ses mots, le regard entendu qu'elle me lança confirmant mes soupçons. Nul ne m'avait instruit quant au dénouement. Mais à présent, j'en devinais la nature. Bleuet et Rose ne tardèrent pas à leur tour à apparaître, baguette en main. Et si Bleuet manifesta une légère surprise en découvrant le Jardin, dans lequel elle n'avait pas consciemment prévu de se rendre, Rose ne fit que m'adresser un regard semblable à celui d'Aubépine. Et en silence, nous nous regroupâmes, laissant la fatalité parler pour nous.

Inis Cyrhiel fut la première. A peine nous étions nous regroupées que, dans une douce lueur dorée, l'érudite aux ailes ambrées apparut au-dessus de la fleur de la Simplicité, alors que celle-ci avait vu le jour même mourir l'une de ses protégées. Et la surprise succéda rapidement à l'enthousiasme aussi noble que réservé de la Fée.

« C'est donc ici que les appels mènent... commenta-t-elle avec un regard empli de respect pour la majesté du lieu.
- En effet, acquiesça Bleuet. »

Balayant les environs du regard, s'imprégnant de la pureté de l'endroit, Inis s'envola, s'approchant lentement de nous, jusqu'à ce que son regard ne se rive sur l'arbre troué trônant au centre du Jardin Secret. Mais avant qu'elle ne puisse émettre le moindre commentaire, une autre lueur apparut, au-dessus de l'une des plus jeunes fleurs du Jardin. Une lueur azurée, qui, se dissipant, dévoila un visage que je n'aurais jamais cru un jour voir en ces lieux. Loryë. Ouvrant les yeux, elle découvrit avec le même émerveillement qu'Inis le Jardin, mais elle se figea lorsque son regard se posa sur moi.

« Tu n'auras cesse de me surprendre, Illuminae, fit-elle avec une pointe d'ironie. »

Nul ne releva la familiarité de la jeune femme envers son souverain. Tous les regards se rivaient d'ores et déjà sur la fleur voisine de celle de Loryë, au creux de laquelle une lueur améthyste se dissipait. Et ce ne fut que par un sourire mystérieux que la Nyxie Sela nous salua, quand bien même elle ne parvint pas totalement dissimuler sa surprise.

Nous n'eûmes pas à attendre très longtemps avant que n'apparaissent les deux dernières lueurs, l'une brune étincelant au-dessus des pétales d'une fleur dans laquelle j'avais longtemps cru être le fruit, et l'autre se déposant délicatement aux pieds de la fleur des Querelles. Et j'anticipai la question de Zael Eisen :

« Bienvenue dans le Jardin Secret. Je sais que nombre de questions se bousculent dans votre esprit, mais laissez-moi y répondre par une seule : avez-vous la force, la volonté et la compétence pour guider un peuple ? »

Inis la première sembla comprendre l'implication de mes propos. Son regard se tourna vers l'arrière, se rivant sur la fleur aux pétales dorés, au-dessus de laquelle elle était apparue. Si elle n'avait jamais mis les pieds dans le Jardin Secret, je la soupçonnais de faire partie des quelques individus qui en devinaient presque l'existence. Peu d'individus au sein du peuple féerique pouvait se vanter de posséder une sagesse pareille à la sienne, quand bien même elle n'aimait guère s'en vanter.

« Mimosa, la Simplicité... songea-t-elle à voix haute. Et cet arbre, ces murmures... poursuivit-elle en levant les yeux vers l'objet de son attention, et ces orifices... »

Cela suffit à faire étinceler dans le regard de Sela un éclair de compréhension. Le regard de la Nyxie se leva vers la fleur au creux de laquelle elle était apparue. Et ce fut Rose qui alla à sa rencontre, alors que je m'approchai d'Inis. Qui s'agenouilla spontanément devant moi, prononçant les quelques mots arrêtant sa décision :

« Qu'il en soit ainsi. Ce sera un honneur pour moi de vous servir, Edelweiss.
- Mimosa. Relève-toi en Gardienne, de la Simplicité, de ce Jardin, des secrets de notre peuple et de ceux des autres. »

Inis se releva, alors que les doigts frêles de Rose effleuraient les pétales améthystes de la fleur de Sela.

« Digitale. La dernière née de ce Jardin. »

La Gardienne de l'Amour véritable n'eut guère droit à plus qu'un coup d'oeil de la part de la Nyxie, dont le regard se planta dans le mien, ses lèvres toujours closes, la Fée murée dans un silence dont je devinai sans mal la signification, ses sentiments devenant les miens l'espace d'un battement de cœur.

« Duplicité. Tu en seras la Gardienne. Pour notre peuple tout entier et pour son avenir. »

Dans la foulée, je rivai mon regard dans celui bistre de Zael, dont la détermination s'était peinte sur son visage, sa volonté et sa loyauté ne laissant place à aucun doute.

« Neibulla garde et représente le Courage. Porte-le bien. »

D'un signe de la tête, l'Illuminae acquiesça, mais mon attention était d'ores et déjà reportée sur Kea Elize, dont le regard émeraude était rivé sur l'arbre renfermant les secrets d'un monde entier. Son doute mais également son excitation me saisirent, mais je parvins à m'en distancer pour appréhender avec justesse la totalité des sentiments de la Fée militaire.

« Laissez-moi tenter ma chance, déclara-t-elle finalement.
- C'est des Querelles que Chardon en est la représentation, avertit Aubépine. T'en sens-tu réellement capable ?
- Je veux le croire. »

Et finalement, Loryë. Dont les doigts couraient avec délicatesse le long de la tige de sa fleur, son esprit dialoguant d'ores et déjà avec cette dernière. Et je ne pus dissimuler un sourire amusé en voyant la facilité avec laquelle la Fée acceptait sa génitrice et nouvelle protégée. Je n'avais guère besoin d'empathie pour comprendre son choix.

« Héllébore, Gardienne de l'Espoir... laissa-t-elle échapper, songeuse. A l'aube de ce jour, à l'aube de cette nouvelle ère...
- … nous sommes toutes et tous les graines de l'espoir du peuple féerique, complétai-je sans me départir de mon sourire. »

1 256 mots

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